‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 47 sur 73 · COMITÉS, SOCIÉTÉS, RÉUNIONS DIVERSES PRIVÉS OU PUBLICS · texte numérisé non relu

COMITÉS, SOCIÉTÉS, RÉUNIONS DIVERSES PRIVÉS OU PUBLICS

Forâmes pendant la Révolution.

Nous avons park^, jusqu'ici, des clubs proprement dits, des associations politiques visant ouvertement à la propagande. Notre travail, pour retracer les actes de la contre-révolution après 1789, serait incomplet si nous laissions de côté les comités, les sociétés, les réunions diverses, les conciliabules plus ou moins latents, en un mot les manières d'association employées comme des forces, qui s'établirent aussitôt que l'Assemblée nationale eut commencé son œuvre de rénovation politique, de guerre aux abus.

Le principal comité contre-révolutionnaire, ayant un caractère privé, profondément occulte, mais presque officiel en fait, qui apparaît pendant la Révolution, est, sans contredit, le Comité autrichien, dont on a vainement nié l'existence, aujourd'hui à peu près reconnue.

Sans avoir le nom, sans avoir l'organisation d'un club, le Comité autrichien ne manqua pas de direction, visa un but déterminé, tendit par tous les moyens à sauvegarder les prérogatives de Louis XVI et de la famille royale, résista secrètement aux décrets de l'Assemblée nationale devenue constituante.

XuQ Comité autynchien recueillit des adeptes zélés en France et à l'étranger, chercha à corrompre des députés, eut ses agitations, ses fluctuations, ses ardentes querelles, et influa considérablement sur la conduite et le sort de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qu'il perdit en voulant les sauver.

Assurément on ne saurait trouver une liste des personnes qui le composèrent pendant les années 1789, 1790, 1791 et 1792. Elles n'ont pas fait connaître, à quelques exceptions près, d'une manière nette, à plus forte raison d'une manière oflicielle, leur passage dans les conciliabules des Tuileries. Cependant, des documents sérieux, — correspondances, articles de journaux, aveux indirects, brochures, pamphlets, pièces diverses, etc., — prouvent que les contemporains ne se trompaient pas quand ils dénonçaient le Comité autrichien aux partisans de la Révolution, quand ils en redoutaient la fatale intluence,

Lorsqu'on songe, d'ailleurs, à la situation précaire de la monarchie à la mort de Louis XV, aux craintes des courtisans eh voyant le public demander, exiger même la réforme des abus, il n'y a rien que de logique dans ces assemblées secrètes d'un groupe de gens unis pour conserver les privilèges dont ils jouissaient impunément depuis un temps immémorial, pour ne pas transiger avec les nouvelles doctrines, pour s'appuyer, au besoin, sur la diplomatie étrangère, notamment sur celle de l'Autriche qui, en raison de l'alliance con-

due entre Marie-Antoinette et Louis XVI, devait s'efforcer de travailler au maintien de la royauté absolue en France.

Tout démontre que, avant de recourir aux coalitions armées, les souverains de l'Europe voulaient enrayer la propagande des idées nouvelles en essayant de moyens pacifiques, et que, avec eux, la noblesse et le clergé des divers pays se croyaient solidaires de notre clergé et de notre noblesse, qui en avaient dans l'aile.

Plus tard, ne réussissant pas, ni par la diplomatie, ni par les menaces, les uns et les autres en appelèrent aux armes. La contrerévolution affirma, au-dedans, ses espérances par des menées secrètes ou par des clubs politiques; au dehors, par l'émigration qui se joignit aux souverains coalisés.

Dans ces circonstances, le Comité autrichien ne cessa pas d'agir, de conspirer; et des négociations secrètes avec l'étranger, négociations soupçonnées seulement d'abord, puis dévoilées d'une façon irréfutable, compromirent au plus haut point le roi Louis XVI et Marie Antoinette. Les courtisans, dangereux amis de leur maître, contribuèrent à perdre celui'dont ils cherchaient, soit par intérêt, soit par attachement, à restaurer l'omnipotence.

Voyons quelles furent les différentes phases du Comité autrichien, ce qui le précéda, et ses développements successifs.

Dès que Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche, fut mariée au dauphin de France (depuis Louis XVI), il exista du trouble à la cour ■de Versailles. Le mariage, imposé pour ainsi dire par Marie-Thérèse, eut lieu le 18 mai 1770. Aussitôt il se forma, parmi les courtisans, et même parmi les membres de la famille royale,.un groupe très hostile à la jeune princesse. Ses tantes par alliance, mesdames Adélaïde et Victoire, ses beaux-frères, le comte de Provence et le comte d'Artois, son cousin, le duc d'Orléans, se signalèrent par leurs attaques.

A Meudon, madame Adélaïde chanta :

Petite reine de vingt ans, Vous qui traitez si mal les gens.

Vous repasserez la frontière!

Après huit années de mariage, la reine accoucha de son premier enfant. Le comte d'Artois, qui aspirait à la succession au trône pour le sien, s'acharna de plus en plus contre sa belle-sœur. Des pamphlets ignobles parurent : Y Autrichienne en goguette, les Amours de Chariot et de Toinette, les Amusements d^ Antoinette, etc., avilirent la reine au point que Louis XVI acheta ces libelles pour les faire disparaître. Les princes furent soupçonnés de les avoir inspirés.

Le parti qui considérait l'union de Louis XVI et de Marie-Antoinette comme contraire aux sentiments et aux intérêts de la France, s'augmenta parmi les courtisans. Madame Adélaïde était à la tête des mécontents :'ce fut elle, déjà, qui avait surnommé VAuti'ickienne la fille de Marie-Thérèse arrivant à Versailles. Le comte d'Artois changea alors de rôle, devint le « thermomètre sûr de la faveur de la princesse », dont certains nobles appelaient l'entourage « canaille aristocratique ».

Ces intrigues de cour transpiraient dans le public, par suite des pamphlets répandus, par suite de l'affaire du collier et des accusations que le comte de Provence avait lancées contre la reine.

Quelques années s'écoulèrent, sans grands changements dans l'attitude respective des princes et des courtisans. Lorsque la politi(jue commença de préoccuper les masses, celles-ci s'empressèrent d'adopter le surnom que des familiers du château avaient donné à Marie-Antoinette, non plus seulement à cause de la légèreté, des inconséquences, de l'amour des plaisirs que l'on reprochait à la reine, mais pour sa conduite vis-à-vis des hommes et des choses de la Révolution. Elles prirent ce surnom en très mauvaise part et l'intligèrent comme une injure à iMarie-Antoinette, surtout lorsque circulèrent des bruits de guerre avec l'Autriche, qui soutenait les intérêts des émigrés.

Le peuple cria tous les jours, à Paris : A bas l'Autrichienne! et il maudit V autrichianisme , à propos des réunions de princes et de courtisans qui se tenaient au château de Bagatelle et ailleurs (1). Aussi lisons 'nous, dans la (Chronique de Paris :

« Il y a eu jeudi, 10 juin 1790, une assemblée nombreuse et très secrète à Bagatelle. Toutes les portes ont été fermées. »

A n'en pas douter, sous la pression des événements, Marie-Antoinette, dauphine encore ou devenue reine, et ayant reçu, en 1781, la visite de son frère Joseph II, s'enhardit et composa son entourage avec la coterie autrichienne. Elle renseigna la cour de Vienne sur les vues de celle de Versailles, éleva aux emplois, grâce à son influence sur Louis XVI, des hommes déférents à l'Autriche, et bientôt orienta la politique du gouvernement français dans le sens des intérêts autrichiens. Elle écrivit à Marie-Thérèse, le 5 mai 1778, que « c'était l'affaire la plus importante de sa vie (2) ». Elle fut bientôt l'âme de tous

(1) Voir plus bas, Réuniuns de Da{/atelle et de Bellevite.

(2) DArnoth et Geffroy, Murie-Anluinelte, t. 111, p. 199.

les conseils dans le château des Tuileries, lorsque le roi et sa famille vinrent habiter l'ancienne demeure des rois.

A mesure que les événements se précipitèrent, s'opposèrent aux prérogatives du roi et de la reine, lorsque l'émigration commencée par les princes, comtes d'Artois et de Provence, se fit dangereuse avec les Polignac, le marquis de Bouille, le marjchal de Broglie (1), Galonné, surtout avec le prince de Condé, « jurant de s'ensevelir sous les ruines de la monarchie, annonçant à la France une ligue de toutes les aristocraties et de toutes les monarchies de l'Europe », les courtisans restés à Paris se livrèrent à des intrigues politiques. Ils entretinrent des relations suivies avec ceux qui avaient quitté la France, qui formaient, après la prise de la Bastille, un rassemblement assez considérable près d(' nos frontières, sous le nomd'uarmée de Condé ».

Le comte Mathieu Dumas, qui se trouvait à Versailles à la fin de septembre 1789, a écrit : « Je partageais avec mes amis les intrigues (jui se tramaient au château (2) ».

Après les journées des 5 et G octobre, les intrigues de Versailles se continuèrent à Paris.

La coterie se transforma en un groupe actif, qui tint des séances fréquentes dans lappartement de Marie-Antoinette. Là, on peut croire que ce fut sous la présidence nominale de la reine, sinon en sa présence, que le groupe se réunissait. Il avait pour but d'attirer les armées étrangères sur le sol de la patrie, afin de rétablir le roi dans tous ses droits et dans toutes ses prérogatives. Plusieurs ministres furent justement soupçonnés d'en faire partie, entre autres Montmorin. Peu après, on disait « que le sceptre de Louis XVI n'était plus que la quenouille de l'Autrichienne, » et le comte de Viricu appelait Marie- Antoinette « la Magicienne ».

Certainement, elle était l'agente la plus active du cabinet au'richien (3) : à dater de mai 1787, la reine gouverna ostensiblement, assistant à tous les conseils de Louis XVI. En 1790, lors de la Fédération, yirieu, montrant la reine àMontlosier, disait : «Je ne compte pas sur le roi, mais je compte sur celle-ci. Voyez-la; c'est une ma-

(1) Ministre de la guerre, commandant les forces militaires que Louis XVI voulait réunir contre la Révolution

(2) Souvenirs du lieutenant-général comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publiés par son fils, Paris, 1839, t. I, p. 450.

(3; La Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Aryenteau, par MM. d'Arneth et A. Gctfroy.

gicienne. >> Virieu, on le sait, était un des fondateurs du Club des Impartiaux (J).

Le Comité autrichien faisait répandre à profusion, dans tout le royaume, des libelles et des journaux hostiles aux idées nouvelles. Louis XVI lui-même s'en inquiéta, à la suite de la publication d'une lettre écrite confidentiellement par lui au roi d'Angleterre. Il ordonna une enquête contre le Comité autrichien^ qui dirigeait d'une façon occulte k politique de la France, retenait ou communiquait sa correspondance la plus secrète auprès des gouvernements étrangers. Celte enquête ne parait pas avoir eu de suites, et pour cause : la reine elle-même eût été gi-avement compromise.

Le Comité aulriclnen tenait quelquefois nuitamment ses séances à Saint-Denis, à Auteuil, et dans l'intérieur dé Paris. Alors il se rassemblait par portions chez quelques grands personnages.

D'octobre 1789 à mars 1790, on découvrit à peu près un complot par mois, ayant des ramifications avec la cour (Augeard, Favras, Maillebois, etc.). Le baron de Besenval appartenait à la coterie autrichienne. Il était l'homme de la reine, l'ex-confident des plaisirs de Trianon. Le comte de Maillebois fit un plan de contre-réyolution. Favras vivait dans l'intimité du comte de Provence. Augeard était secrétaire des commandeïnents de Marie-Antoinette, membre du Club de Valois^ et très probablement du Club monarchique (2).

fjC comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de Vienne à Paris, très dévoué à la royauté et à Louis XVI, conseiller secret, sorte de mentor de Marie-Antoinette, fut compromis par une lettre de d'Estaing, dans le complot pour la tra^nslation du roi à JVletz, désigné comme étant le directeur du Comité autrichien, et obligé de quitter Paris en 1790 à cause des accusations dont il était l'objet. Il savait par Fabbé de Vermond, auquel rien ne pouvait échapper, ce que la reine aurait cherché à lui cacher (3).

Citons encore le comte de la Marck, qui entretint les rapports de Mirabeau avec la cour, le comte de Fersen, le comte de Vaudreuil, Bertrand de Molleville, le ministre Montmorin. Chacun de ces personnages, à des titres différents et par des moyens plus ou moins avouables, soutenait le parti de la cour, apportait son opinion dans

(1) Voir, plus haut. Club des Impartiaux.

(2) Voir, plus haut, Club de Valois et Club des Amis de la Constitution monarchique.

(3) Correspondance secrète du comte de Mercy-Arr/enteau avec l'empereur Joseph II et te prince de Kaunitz, Introduction, p. LXXXV. Paris, Imprimerie natio^ ual, 1891.

528 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTIOMNAIRES

l'entourage de Louis XVL Chacun avait son complot tout préparé, et chaque petit complot avait ses affiliés (1). De là nomhre de divergences dans les vues, et, par suite, manque d'unité dans l'action; des divulgations imprudentes, mettant le public en éveil, et, souvent, des rivalités de zèle ou des actes d'intérêt personnel qui nuisaient à l'amvre d'évasion de Louis XVL Le 1" décembre 1789, Vaudreuil écrivait au comte d'Artois : « J'ai des raisons pour croire que la Cour a un plan qu'il ne faut pas croiser par des démarches qui effraieraient et causeraient peutêtre de nouvelles insurrections et les plus redoutables malheurs (2).»

Madame Elisabeth, sœur du roi, patronnait l'idée de transporter la cour à Lyon; elle s'efforça de l'inculquer à Louis XVL Elle écrivit à madame de Bombelles,donl le mari, ambassadeur en Portugal, démissionnaire, émigré, servait dans l'armée de Condé :

« Je regarde la guerre civile comme nécessaire ».

Lyon était un point stratégique important, assez rapproché de Turin, capitale de l'émigration naissante. Lyon renfermait beaucoup de mécontents, et l'on y conspirait en même temps que les émigrés conspiraient à Turin ; sa garnison renfermait des groupes d'officiers contre-révolutionnaires. Des émigrés y paraissaient fréquemment.

A l'intérieur comme à l'extérieur, le Comité autrichien agissait. En octobre 1789, Mirabeau écrivait, dans une note à la cour : « Le roi est-il en sûreté? Je ne le crois pas. »

Mirabeau avait un plan de démocratie royale^ lorsque le comte de La Marck parvint à lui ménager un rapprochement secret avec la cour. La première de ces notes date du l*"" juin 1790; sans doute, on chercha à lui cacher les projets de fuite. La cour ne voyait en lui qu'un conspirateur. De là l'échec du plan de Mirabeau, non suivi dans ses appréciations.

Il disait : « Le roi n'a qu'un homme, c'est sa femme ». Marie- Antoinette et ses plus fidèles se concertaient en dehors des hommes, des courtisans qui craignaient de trop dangereuses imprudences.

Montmorin écrivait à Mercy :

« Il était indispensable que le Roi et la Reine eussent un conseil

(1) Correspondance du gouverneur Morris, t. H, p. 221.

(2) Correspondance intime du comte de Vaudreuil, t. I, p. 48. — Creutz, donnant des Conseils à Gustave 111, roi de Suède, pour son voyage en France, lui disait que M. de Vaudreuil « disposait de l'opinion de la Reine. » (Gustave III, Jugé cjmme roi et comme homme, par le, baron de Beskow. lu-S'', Stockholm, 1868.)

ignoré de tout le monde et qui eût dirigé leur conduite particulière et publique, et il aurait fallu pouvoir la combiner avec le dehors... «

Cette combinaison était tentée. Le conseil de Montmorin était adopté. Quatre personnes seulement étaient dans le secret du projet de fuite du roi : Breteuil, Mercy, Bouille et Fersen (1). Ajoutons Montmorin, et probablement le gouverneur des Tuileries, M. de Champcenetz (2).

Les habiles meneurs comptaient sur la réussite du projet, surtout à cause du petit nombre de gens qui en avaient connaissance.

Itoy a lis te fougueux, Hyde de Neuville, «tout jeune, faisait partie de plusieurs réunions, de sociétés politiques où Ton ne cessait de rêver chaque jour la contre-révolution... Le marquis de Champcenetz, gouverneur des Tuileries, me lit délivrer, écrit-il, une carte pour pouvoir entrer à toute heure au château... »

Au lendemain de la Fédération, le 2G juillet 1 790, un pamphlet sans nom d'auteur, assurément de Marat, et intitulé : C'en est fait de nous! appelait les citoyens aux armes pour garderie roi et le Dauphin, emprisonner VAutnchienne et Monsieur (comte de Provence), arrêter les ministres, la municipalité et La Fayette. Il n'avait pas tout à fait tort.

Dans une lettre, datée du 3 mars t791, Arnauld de Laporte, ministre de la maison du roi, informa Louis XVI de la rupture déclarée entre Mirabeau et les chefs des Jacobins :

« Ceux-ci paroissent décidés à le pousser à bout, dans l'espérance de le regagner en l'effrayant. Cet avis me vient de leur directoire secret, n n'est donc question que de soutenir M. de M... (Mirabeau) dans la résolution qu'il paroît avoir prise de son côté de rompre toutes les mesures de ces forcenés ., (3). »

Marat dénonçait journellement tous ces gens-là comme des traîtres. Il n'était pas le seul à soupçonner la cour de nouer des relations avec l'étranger, contrairement aux intérêts de la France.

(1) Axel do Ferson, Suédois, vint jeune eu Franco, où il commanda le régiment Royal-Suédois.

(2) Père de Louis de Champcenetz, le pamphlétaire et le chansonnier, officier des gardes-françaises, collaborateur aux Actes des Apôtres.

(.3) Arch. Nat.,C. ll.i;}3, dans les pièces recueillies pour le procès de Louis XVI.

Dans une lettre datée du 3 décembre 1790, Louis XVI demanda au roi de Prusse de former un congrès, appuyé d'une force armée. Il espérait, écrivait-il, que ce souverain « lui garderait le secret le plus absolu sur la démarche qu'il faisait près de lui (1). »

Dès le mois de mai 1791, Louis XVI s'entendait secrètement avec l'Autriche contre la nation française, par l'entremise du comte de Durfort (2) (conférence de Mantoue).

En juillet de la même année, le comte de Provence, émigrant, avait, en qualité de régent, les pouvoirs du roi pour traiter avec l'étranger.

Puis Augeard, acquitté sur le chef de complot tendant à l'évasion de Louis XVI, alla à Francfort trouver Léopold (3), de la part de la reine, pour demander son intervention, 11 s'agissait d'ailleurs de faire fuir Louis XVI à Metz et à Montmédy. Augeard rédigea luimême le manifeste des princes, daté de Bruxelles, protestant contre la Constitution.

Outre l'intervention de l'empereur d'Autriciie, le Comitr autrichien songeait à obtenir aussi celle de la cour de Berlin. Marie-Antoinette avait de sinistres pressentiments et ne voyait de salut que dans la contre-révolution opérée par la noblesse française et les rois de l'Europe.

L'auteur des Réflexions sur la rëvoluiion de France, livre lu dans toutes les cours de l'Europe, l'anglais Edmond Burke, correspondait avec Marie-Antoinette. Il conseillait au roi et à la reine de ne pas accepter la Constitution; il pressait l'Autrichienne de défendre la cause de tous les souverains enveloppée dans la sienne ; il lui écrivait : « La fermeté seule vous sauvera. »

Louis XVI devait s'enfuir et aller rejoindre Bouille qui l'attendait avec son régiment Roi/al-Allemand. Ce fut l'ambassadeur russe qui délivt'a un passeport à Marie-Antoinette au nom de la baronne de Korff. Le passeport était signé par le roi et contre-signe par Montmorin. Donc Louis XVI ne fut pas enlevé ; il s'enfuit de bon vouloir à l'étranger, par suite des trames ourdies dans son entourage.

L'arrestation du roi à Varennes ne changea rien aux menées du Comité autrichien et à ses correspondances avec l'étranger.

(1) Lettre trouvée dans les archives de la chancellerie de Berlin.

(2) Etienne, comte de Durfort, lieutenant-général, attaché à la cour depuis su jeunesse, devint aide-de-camp du comte d'Artois.

(3) On sait que Léopold II, favorable à Louis XVI, voulait empêcher la Constituante de toucher à la prérogative royale en France.

Le '26 septembre 1791, Marie-Antoinette écrivait à Fersen : « Les folies des princes et des émigrants nous ont forcés dans nos démarches; il était essentiel, en acceptant, d'ùter tout doute que ce n'était pas de bonne foi... Plus nous avancerons, plus ces gueilx-ci sentiront leur malheur. Peut-être en viendront-ils à désirer euxmêmes les étrangers... (1). «

Il arriva à la reine, voulant pousser tout au pire, de préférer Pétion à La Fayette, d'engager les royalistes à voter pour Pétion comme maire de Paris.

Elle se jeta plus encore dans les intrigues de conciliabules; elle compta sur Léopold 11 et le roi de Prusse, sur la déclaration de Pilnitz, promettant des secours à l'armée de Condé.

Pendant les mois d'octobre et de novembre 1791, les lettres de Marie-Antoinette au comte de Fersen roulèrent sur la nécessité du congrès armé et sur les moyens de le faire réussir. De son côté, Fersen lui indiquait un plan de conduite, et lui traçait le canevas de ses diverses lettres. Pour engager Marie-Antoinette à suivre ses conseils, il lui montrait les frères du roi et les émigrés décidés à agir (2).

La reine écrivait, le 25 novembre :

« Nous désirons arriver à un état de choses supportable, mais qui ne peut pas s'établir par des Français. 11 faut donc que les puissances viennent à notre secours. »

Lorsque, en 1792, François II, fils et successeur de Léopold II, commença d'être, avec l'Angleterre, le principal agent delà coalition des gouvernements européens contre la France, le Comité autrichien devint plus actif que par le passé, et Louis XVI, loin d'ignorer ses agissements, marcha d'accord avec lui. Le roi et la reine expédièrent aussitôt un envoyé secret à leur neveu François II.

Ce qui lit dire à Pétion, en août 1792 :

« Le chef du pouvoir exécutif est le premier anneau de la chaîne Contre-révolutionnaire. »

Les négociations secrètes de Louis XVI et du baron de Breteuil avec la cour de Berlin, de décembre 1791 à juillet 1792, prouvent que le roi et la reine de France provoquèrent l'invasion de leur royaume par l'étranger. Marie-Antoinette avait, depuis longtemps déjà, l'idée

(1) Lettre à h'erseii, 2G septembre. Fersen, t. I, p. 192.

• (2) Ktinctiwostrom, Le comte de Fersen et la Cour de Fraucej Paris, 1878) t. I,

* p: 233 et suiv. — Le comte de FefscU avait débuté, eu France, comme intime dans la cour de ïrianon;

(luii congrès européen armé; elle eut aussi l'idée, un peu plus lard, d'un manifeste menaçant adressé à la France par les puissances coalisées contre la Révolution (1).

Mallet Du Pan, envoyé par Louis XVI au nouvel empereur d'Autriche et au roi de Prusse, présenta à ces souverains un projet de manifeste déclarant « qu'ils s'armaient contre les factieux et non contre la nation ». Marie-Antoinette écrivit à Mercy que le manifeste devait rendre l'Assemblée nationale responsable de la vie du roi et de sa famille. Mercy lui répondit <i (|u'il y aurait une déclaration menaçante. »

Le manifeste de François II émanait évidemment de la cour et du Comité aulricliien. Ce fut la cause de l'adoption par l'Assemblée de l'acte d'accusation contre Delessart, « plutôt ministre de Léopold que de Louis XYl », dit Girardin. En effet, Delessart s'était opposé à la déclaration de guerre contre l'Autriche. 11 avait succédé à Montmorin, dans le ministère des affaires étrangères.

Daté de Coblentz (25 juillet 1792), signé par le duc de Rrunswick- Lunebourg, le manifeste dit de /h'unswick eut pour réponse, chez nous, la proclamation de la patrie en danger.

Alors le Comité autrichien ne recula pas devant les trahisons. Ses correspondances avec l'ennemi devinrent plus pressantes.

Le gouvernement autrichien avait été mis au courant des plans de campagne formés par Dumouriez. Un agent secret de Louis XVI et de Marie-Antoinette avait appris à François II que « la faction (jui maîtrisait le royaume voulait, sans délai, faire deux attaques à la fois dans l'Empire germanique et sur le territoire de Sardaigne. Il importait essentiellement que les forces du roi de Hongrie et du roi de Prusse marchassent en avant sans attendre la déclaration des autres puissances et se réunissent immédiatement sur le Rhin. »

La reine avait écrit (2) à Mercy le projet de Dumouriez de prévenir la marche des troupes étrangères par une attaque sur la Savoie et une autre sur le pays de Liège. « C'est l'armée de La Fayette qui doit servir à cette dernière attaque. Voilà, ajoutait Marie-Antoinette, le résultat du conseil d'hier. »

Or, Mercy aA'ait une influence occulte sur ce conseil, et, de Bruxelles où il gouvernait la Belgique pour l'Autriche, il ne cessait de correspondre avec la reine. Il lui exposait le plan que l'empereur d'Autriche voulait proposer aux puissances. ' 4

(1) .Iules Flammeriuout, Négociations secrètes de Louis XVI et du baron de * Breleuil avec lu Cour de Berlin. — passim. Paris, iii-S" de iil p.. 1885. '

(2) Lettre datée du 26 mars 1792.

Monlmorin, resté conseiller de Louis XVI et de Marie-Antoinette, engagea les généraux autrichiens à s'attacher plus particulièrement à l'armée de La Fayette, afin que « quelque échec honteux fit évanouir ce fantôme constitutionnel » au profit de la vraie monarchie (1).

Cependant, les appréhensions des amis de la Révolution se traduisaient non seulement en soupçons, mais presque en certitude. On dénonça au public le Comité autrichien.

Dès avril 1791, les colporteurs criaient dans les rues de Paris « La grande trahison du roi des Français », qui cherchait à s'enfuir. Une lettre de Mercy à la reine fut interceptée et transmise au Comité des recherches de l'Assemblée nationale :

« il faudrait, disait le conseiller de Marie-xVntoinette, faire des sacrifices... favoriser les vues du roi de Sardaigne sur Genève et lui céder quelque territoire dans la partie française des Alpes et sur le Var. Il faudrait pareillement céder à l'Espagne quelque terrain du côté de la Navarre, et offrir quelques avantages en Alsace aux princes allemands qui y avaient des fiefs... Mais, le préalable à tout, c'est la fuite du roi... Tout serait perdu si cette mesure manquait (2). »

Cette révélation ne fut pas rendue publique. Cependant, elle transpira, et la presse redoubla d'ardeur pour prémunir les patriotes contre les menées de la Cour, que depuis longtemps elle trouvait vraisemblables.

De 1789 à 1793, les Révolutions de Paris ne cessèrent de dénoncer le Comité autrichien^ assemblée de conspirateurs, dont l'Autrichienne Marie-Antoinette est l'âme, qui est prête, avec les émigrés revenant à Paris, à faire un « coup de main », et qui compte à sa tète Montmorin et Bertrand de Molleville.

En 1791, un article de VOrateur du peuple (3) révéla « /e.v horreurs soutej'reinea [sic) et ministérielles du Cabinet OMtrichien des Tuileries., par demandes et réponses. En mai 1792, Carra apostropha ainsi le Gazetier universel, qui niait l'existence du Comité autrichien :

« Le fourbe Gazetier universel demande, avec sa niaiserie ordinaire, où est le Comité autrichien qu'il appelle un rêve. Mais ce Comité n'est pas toujours au château; il est tantôt chez Montmorin, tantôt chez Bertrand, tantôt chez d'autres membres de ce même Comité; et c'est

(1) Lettre datée du 19 mai 1792. put)li6e à la suite do la Correspondanco de Mirabeau avec le comte de Lamarck.

(2) Lettre datée du 7 mars 1791.

(.•?) Tome VIII: iT 41.

tantôt d'un lieu, tantôt d'un autre que les courriers secrets portent la correspondance de ce Comité. Que. la police fasse épier les conciliabules qui se tiennent tantôt à Auteuil, dans une certaine maison où va certaine dame, et tantôt dans quelques autres maisons de campagne des environs, et l'on saura parfaitement à quoi s'en tenir sur ces conciliabules (1). »

Carra dénonça le Comté autrichien, et dans ses écrits et à la tribune des Jacobins. Il annonça que Montmoi'in et Bertrand de Molleville en faisaient partie, étaieut à sa tète, avec Barnave, Duport, Lamelb, Chapelier, Duportail, Duport-Dutertre, Laporte, Durosoy, Clermont- Tonnerre, Saint-Priest, et plusieurs anciens ministres.

Barnave, qu'une caricature déclarait « l'homme de la Cour ->. Duport et Lameth, comme lui d'abord Jacobins, passaient donc pour transfuges, conquis par la reine.

« C'est la Cqur, disait Camille Desmoulins, qui fermente parmi nous ce schjsïue, et qui a inventé ce moyen perfide de perdre le parti populaire ; elle connaît bien les Lameth, les La Fayette, les Barnave, les Duport et autres premiers figurants de la Société des Jacobins. Qx\e voulaient tous ces courtisans? s'est-elle dit. Ils ne voulaient qu'être portés aux grandes places par les flots de la multitude et par le vent de la popularité, des commandements, des ministères, surtout de l'or... »

Le schisme, c'était la scission des Feuillants et des Jacobins (2). On ne peut nier qu'il aidait aux projets du Comité autrichien, qu'il venait de gens préférant la souveraineté royale à la souveraineté du peuple. D'ailleurs, d'autres défections devaient être prévues.

Gensonné établit l'existence du Comité autrichien, d'après des renseignements officiels parvenus au Comité de surveillance, et prouvant la réunion, à Paris, d'un grand nombre de ci-devant privilégiés, qui ont ouvertement annoncé dans leur département qu'ils s'y rendaient pour contenir l'autorité dn roi, l'enlever, s'il était nécessaire, et dissondre l'Assemblée nationale. Il résulte de ces pièces, qu'il se fait }iq,bituellement des rassemblemens nombreux de ces nouveaux émigTçés avec les gens de la Cour, à Saint-Denis, à Auteuil, à Bagatelle; et parmi les affiliés de ces conciliabules, on cite presque toujours Bertrand (de Molleville) et Montmorin. L'abbé de Vermond venait

(1) Annales patriotiques de Carra, numéro du lu mai 1792.

(2) Voir, plus haut, Club des Feuillants.

dans le salon do la reine, avec Breleuil et Mercy-\rii;enteau, créature de Kaunitz, tous Autrichiens.

Après Gensonné, Brissot dit :

« J'ai dénoncé Texistence du Comité autrichien : je vais prouver qu'il a existé, qu'il existe encore; je vais appeler la vengeance des lois sur un coupable, la lumière sur ses complices. Il importe de fixer d'abord le caractère de ce Comité autrichien ; ensuite je vous lir^i les pièces qui constatent son existence.

« Qu'entend-on par Comité autrichien? C'est une faction d'ennemis de la liberté qui, tantôt gouvernant au nom du roi qu'ils trompaient, tantôt dirigeant son ministère, ont constamment trahi le peuple et sacrifié les intérêts de la nation à ceux d'une famille. L'asservissement de ce Comité à la maison d'Autriche est son signe principal, et sous ce rapport il n'est qu'une branche du parti qui domine lii France. Les intrigues de ce parti datent du funeste traité de 1756, traité que nous devons à la perfidie du ministre Kaunitz. Esclaves de ce système autrichien, les Montmorin et Delessart n'ont été tour à tour que des mannequins dont les fils étaient à Vienne : c'est M. Merci (1) qui dirigeait le cabinet de France, lorsque le peuple a renversé la Bastille ; c'est lui qui le dirige encore à présent. Voilà ce qu'on a appelé le Comité autrichien; c'est, en d'autres ternies, le conseil clandestin qui jusqu'ici a favorisé tous les projets c|es ennemis extérieurs de la Constitution. »

BrissQt fixe les traits caractéristiques du Comité autrichien :

« 1" Dévouement absolu à ce que l'on appelle la prérogative royale et aux intérêts de l'Autriche;

« 2° Nulle alliance avec la Prusse et l'Angleterre, malgré le rapprochement d'intérêts;

« 3" Indulgence envers les rebelles émigrés ;

« 4° Opposition à la guerre d'Autriche, après l'avoir provoquée;

« 5p Projet d'établir deux chambres. » « Les conspirations de ce genre, dit-il, ne s'écrivent pas. » Jl voit les prei^ves de celle-pi dans les correspondances des ministres; il fait grâce à Montmorin des faits antérieurs an premier juin, et mênie du passeport donn« par Un 4 H reine, sous le nom de madanie de Kprff. U cite nne lettre 4e lui à

(I) Voir la Correspondance secrète du comte Mercy-Argenteau avec l'empereur Joseph II et le comte de Kaunitz, par M. Jules Flauirperinoiit, pulDliép dan^ la Collection des documents inédits relatifs à l'ïlistoire de France, gr. iiî-S», Paris, 1889, Trapriinerio nationale.

Noailles, ambassadeur à Vienne, du 3 août 1791, dans laquelle Monlmorin disait :

<( Les meilleurs esprits de l'Assemblée nationale, ceux qui, jusqu'à présent, y ont eu le plus d'influence, se sont réunis avec les véritables serviteurs du roi, pour soutenir la monarchie, et rendre à sa Majesté le pouvoir et l'autorité nécessaires pour gouverner... Il ne s'écoulera pas quinze jours avant que l'état affligeant oîi se trouvent le roi et la famille royale ait cessé. . »

Et plus bas...

« Des mesures sévères ont été prises avec eux pour réprimer les factieux que nous avons h combattre... »

On reconnaît là, suivant lui, la marche du Comité autrichien, son dévouement servile au roi, la preuve indubitable de son existence à l'époque de la revision, et son projet d'augmenter l'autorité royale. Quant à son dévouement à l'Autriche, Montmorin éci'ivait, le 30 avril, à Noailles : « Les meilleurs esprits apprécient les avantages de cette alliance, et l'on travaillera àen resserrer les liens aussitôt après le rétablissement de l'autorité du roi. On ne voudra pas s'écarter des principes suivis jusqu'à présent, et on s'en tiendra à l'alliance avec l'Autriche. Cet objet me tient infiniment à cœur (1).

Brissot conclut en disant :

« J'ai prouvé l'existence du Comité autrichien ; j'ai prouvé que M. de Montmorin y jouait le principal rôle; j'ai prouvé qu'il avait trahi les intérêts de la France, etc., etc. La loi pénale est formelle sur tous ces crimes; il n'y a donc pas à hésiter : il faut le décréter d'accusation, et appeler le plus grand jour sur le Comité autrichien, »

Selon Chabot, dans la séance du 4 juin 1792, à l'Assemblée législative, il existe un Comité secret : il en a été tenu plusieurs à Sainl- Denis, Saint-Ouen, Auteuil, chez le prince Montbarrey (2) ; Rivaldy, officier de l'empereur ; de Nivernois (3) ; le ci-devant évêque de Larochefoucauld ; Vienne, architecte ; Daguesseau, etc.

(1) Analyse du Moniteur universel, numéro du 24 mai 1792, séanco du 23 mai.

(2) Ancien ministre de la guerre, qui émigra en Suisse. (.3) Le due de Nivernois. ancien conseiller de Louis XVÎ.

Ribbes, député de la droite, dénonce d'Orléans, Dumouriez, Bonne-Carrèr^, comme les vrais membres du ComiU autrichien.

Verron veut qu on déclare que l'opinion de Ribbes est le résultat d'une imagination en délire.

Assurément, c'était aller trop loin dans les dénonciations. Malgré leur invraisemblance, elles se comprenaient pourtant, dans le désarroi où se trouvèrent les esprits au moment où la royauté se mourait, où la guerre menaçait d'accabler le pays, déjà trahi çà et là par ceux qui auraient dû le défendre.

Quand La Fayette, sortant de l'Assemblée législative, où il parut le 28 juin 1792, après la journée d'insurrection, alla aux Tuileries, le roi le reçut froidement. Quand il se retira, madame Elisabeth s'écria :

« Il faut oublier le passé, et nous jeter avec contiance dans les bras du seul homme qui puisse sauver le roi et sa famille. »

Marie-Antoinette répondit :

« Mieux vaut périr que d'être sauvé par La Fayette et les constitutionnels (1). » Son avis prévalut.

Antérieurement, lorsque Servan, ministre de la guerre, proposa à l'Assemblée d'établir un camp de vingt mille hommes sous Paris, camp formé avec cinq gardes nationaux de chaque canton de la France, les Feuillants et Robespierre combattirent le projet de Servan. Alors Brissot et les journaux girondins accusèrent Robespierre d'être d'accord avec le Comité' autrichien (2).

Les dénonciations allèrent leur train, pendant que les comités examinaient celle qu'avaient formulée Brissot et Gensonné.

En juillet 1792, Joseph Chénier communiqua aux Jacobins une lettre à lui adressée de Metz, en date du 26 de ce mois. On y lisait :

« Le maréchal-de-camp Berthier (3) a été à Paris prendre langue avec le Comité autrichien; on l'appelle ici respioii de la reine {\). »

En 1792, le Journal de Paris publia en Variétés des articles sur le Comité autrichien et sur ses dénonciateurs. Leurs auteurs en nièrent l'existence; « ce nom, écrivaient-ils, répété par tant d'imbéciles ou de fous, n'a pu être inventé que par un homme d'esprit... » Ils réfu-

(1) Mémoires de La Fayette , t. 111, p. 33G; Mémoires de madame Campan. t. Il, p. 222.

(2) Dans les premiers jom-s de juin 1792.

(3) Depuis maréchal d'Empire, prince de Neufchcltel, connétable, enfin pair do France et commandant une compagnie des ofardes-du-corps de Louis XVIII.

(4) Journal des Jacobins, n" 2.

lèrent Gensonné, ils défendirent Montmorin. Mais bientôt Guadel eut une entrevue secrète, la nuit, avec le roi et la reine.

Marie-Antoinette écrivait, en juillet, ce billet :

« Je me sens plus que jamais enorgueillie d'être née Allemande (1). »

KUe communiquait elle-même à son frère les plans des généraux français (2), et voulait, à tout prix, sortir de Paris, quitter la France, ou reprendre sa vie d'autrefois, au milieu de ses amies et de ses courtisans.

Revenir au passé était impossible, car les dépenses royales ne pouvaient plus être les mêmes. On les surveillait.

D'après le Livre rour/e, 228 millions avaient été accordés généreusement aux gens de la Cour (3). Des sommes considérables avaient été employées poiir acbeter des consciences. Duquesnoy, disait-on, avait son journal l'H»»» des patriotes payé par la liste civile (4). l\ résulte de pièces de comptabilité saisies cbez Laporte, que les frais d'impression et de distribution des Folirs d'un moi^ étaient supportés par la cassette du roi (5).

De plus, les gens du Comité autricbien avaient été très souvent volés par les intermédiaires dont ils se servaient pour tâcher de corrompre les chefs révolutionnaires. Après la journée du 20 juin, tout le monde faisait de petites tracasseries dans le château des Juileries, et le public en savait bien (Quelque chose.

Dans une lettre adressée au peintre du roi, Boze, avant le 10 août, Vergniaud, Guadet, Brissot et Gensonné donnaient des conseils au roi, ce qui les fit accuser de! complicité avec la Cour. Joseph Bpze, alors, fut dénoncé pour une négociation entre Louis XVI et plusieurs députés girondins, mais donna des explications si satisfaisantes qu'il fut admis aux honneurs de la séance.

Les Parisiens ne croyaient plus aux serments du roi, qui n'avaient aucune durée et que contredisaient les vétos. Ils appelaient la portion 4vi jïH'fliïi 4es Juilefies réservée îJUx prpnienq,(les de la fî^mille roy^^le « le territoire f^utrichiep », « \e territoire de Cptdèntz »• |ls

(1) Feuillet de Conches, Louis XYI, Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, tome VI.

(2) Georges Cogordan, Le Ministère des Affaires étranç/eres pendant la période révolutionnaire. (Revue des Deux-Mondes, 15 août 1877, p. 222.)

(3) Robert, député, disait : « Stanislas Clermont (Tonnerre), pensionné (le |a cour, salarié par un seul homme, pour traîner à sa suite une vie inutile. »

(4) Voir, plus haut, Société de 1789, p. 389 et suiv.

(5) Publiées par ordre de l'Assemblée législative. Voir la Bibliof/rap/iie de M. Maurice Tourneux, t. I, n' 360.5, et t. 11, n" 10719.

remarquaient que la cocarde noire, adoptée par beaucoup de royalistes, était une « cocarde autrichienne. »

Et, plus tard, le conventionnel Thuriot dit à madame Mathieu Dumas, quand son mari fut sur le point d'être arrêté à Soisy, en 1793 : « Citoyenne, ton mari est un aristocrate, un membre du Comitô autrichien^ mais c'est un brave homme qui aur^tit bien servi la république s'il avait voulu... (1). »

Les efTorts des royalistes pour sauver Louis XVI par la force populaire, au besoin par la guerre civile, étaient évidents. Il était distribué dans l'armée, au commencement de janvier 1793, un factum en faveur du roi, avec cette épigraphe :

« Ton maître est dans les fers; on le ti-aine au supplic(>, soldaf : et tu te tais ! . . . »

Ce factum avait pour titre : Adresse a l'armée française, par un officier français émigré .

Lorsque Louis XVI fut emprisonné au Temple avec sa famille, le Comité autrichien disparut, et le royalisme se réfugia dans les complots des émigrés de l'extérieur et de l'intérieui-.

Comme dépendances de ce comité, ajoutons que la Cour établit, par l'entremise du ministre Bertrand de MoUeville, un Club national dans une maison du Carrousel. Son titre pouvait tromper. C'était une réunion anti-révolutionnaire, composée de royalistes, de gardes parisiennes vendues, dans laquelle on fit entrer sept à huit cents ouvriers choisis k qui Ton donnait une paye de deux à cinq livres par jour, que l'on ne manqua pas d'armer de piques, de coiffer du bonnet rouge (2). Les frais d'établissement de ce club coûtèrent 9,000 livres environ, et ceux de son entretien 1,000 livres par jour.

Après avoir quitté le ministère, Bertrand de MoUeville fonda à * Paris un autre club, semblable à celui du Club national. « Il y réunit, dit Dulaure, une troupe d'hommes intrépides, propres aux coups de main, et mit à leur tête un nommé Lieutaud, connu à Marseille pour sa violente opposition aux principes de la liberté. »

Autres dépendances du Comité autrichien, après sa disparition :

Dès 1794, le comte de Provence, régent, forma à Paris une agence royaliste, correspondant avec son conseil de Vérone, où se trouvaient Flaschlanden, Jaucourt et La Vauguyon.

Cette agence, où l'on voyait l'abbé Brotier, Despomelles, la Ville-

(1) Mathieu Dumas avait donné sa démission de directeur-général du dépôt do la guerre. Il recouvra sa liberté. — Souvenirs, t. III, p. 25.

(2) Bertrand de MoUeville, Mémoires, t. Il, chap. xxix, p. 303.

heurnois et Duvcrne de Presles, recevait des fonds considérables de la cour de Russie. Elle inspirait les délibérations du Club de Clicliy (1). Jaucourt était colonel de l'armée de Condé : La Vauguyon avait le titre de ministre de Louis XVIII.

Les princes couvrirent d'agences la France entière: ces agences coûtaient des sommes énormes. L'Angleterre y pourvut pour beaucoup. Louis XVIII chercha à obtenir de la Russie des subsides nécessaires, disait-il, « pour alimenter le royalisme en France (2). » Mallet du Pan trouvait la cliose dangereuse, jetant sur la cause royale de la défaveur, de la confusion et du mépris (3).

(1) Voir, plus haut, Cluh de Clichy.

(2) Lettres de Louis A' 177/ au comte de Siaint-I'riest. p. 41.

(3) Mallet (lu Pan. Mémoires, t. I. p. 160.

Page 1