COMITE ORLÉANISTE
D'abord très populaire, prince faisant de l'opposition, comme tous les d'Orléans passés, présents et futurs^ le duc d'Orléans ne tarda pas à être soupçonné de n'agir que dans son intérêt personnel et par ambition. Aussi, malgré ses affirmations de patriotisme, il compta des ennemis acharnés parmi les révolutionnaires avancés comme à la cour de Louis XVI II fut accusé même d'appartenir au Comité autrichien (1), sans doute à cause de son rang dans la famille des Bourbons, de son mariage avec la sœur du prince de Lamballe.
Dès les premiers temps de la Révolution, on signala l'existence d'un parti, d'une « faction orléaniste » ; il y eut des orléanistes avérés, des a philipotins » ; et l'on accola au nom de d'Orléans toutes sortes d'épithètes injurieuses : on l'appela « le prince Philippe - Rouge, » par allusion à ses accointances avec des Jacobins. Au palais du duc, il existait des conciliabules, une sorte de conspiration à portes ouvertes, que voilaient les réunions littéraires.
Selon le chancelier Pasquier, ce fut dans un diner chez Trudaine (juc l'abbé Sabattier, assez intimement lié avec le duc d'Orléans, et qui passait pour être un de ses conseillers secrets, prononça pour la première fois le mot d'États-Généraux. Il s'agissait alors de faire acte d'opposition aux courtisans qui ne parlaient que d'assemblée des Notables.
Le duc d'Orléans, député de Crépy, allait se mêler aux députés des communes.
Nul doute qu'il se soit formé un ou plusieurs comités, travaillant pour seconder les projets que l'on prêtait au duc d'Orléans, tout au moins pour le défendre contre ses ennemis, lesquels l'accablaient de sarcasmes, soit quand le peuple porta son buste en triomphe dans
(1) Viiir plus haut, Cymité autrichien.
o42 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES
les rues de Paris, à la veille de la prise de la Bastille, soit à propos des journées des 5 et 6 octobre, qu'on l'accusa d'avoir provoquées, soit entin quand l'Assemblée constituante déclara qu'il y avait lieu à accusation contre lui, après sa prétendue mission en Angleterre, exil volontaire que ses amis lui avaient conseillé, que La Fayette avait jugé nécessaire, car il considérait le duc comme un prétendant.
Un parti tout dévoué à la personne du duc d'Orléans, approuvant ses actes les plus inconséquents, essaya de l'aire durer la popularité de ce prince. Mirabeau, d'abord porté pour le duc, abandonnait cette cause, et se rapprochait du comte de Provence et de la Cour.
Le principal comité du parti d'Orléans était établi à Montrouge ; il donnait l'impulsion au mouvement du parti contre la Cour. Ce conciliabule, dans le principe, était composé de Mij'abeau, de Sieyès, de Laclos, du comte de la Touche, et de quekjues autres orléanistes. C'est là qu'on traçait au prince la conduite qu'il avait à tenir.
En juillet 1789, le comité lui conseillait de demander à Louis XVI la place de lieutenant -général du royaume. Le duc n'osa pas, demanda seulement, par l'intermédiaire du baron de Breteuil, la permission de passer en Angleterre, ce qui lui fut accordé sans difliculté(l). La Fayette lui avait dit, dans le salon de madame de Coigny, qu'il lui fallait partir pour l'Angleterre, « parce qu'on abusait de son nom pour exciter le désordre. »
Depuis longtemps, déjà, il avait une sorte de cour qui fréquentait les appartements du Palais-Royal, dont madame de Genlis, éducatrice des enfants du duc, faisait l'ornement par ses talents agréables* Cette femme le poussait dans son opposition aux actes royaux, lui qui s'était signalé dans sa protestation faite, de concert avec les princes, contre les édits de Maupeou.
Dès 1776, le duc d'Orléans devint le cheï du. parti des p^-uices conh-Q le parti de la reine, quand Marie-Antoinette s'avisa de lui manquer d'égards et de s'attirer sa haine. En 1787, il avait autour de lui, dans des conciliabules nocturnes, les jeunes conseillers du Parlement; d'où son exil à Villers-Cotterets. Il présidait la Loge de% Neuf^Sœurs, située rue Dauphine.
Bien des pamphlets, bien des brochures attaquèrent le duc d'Orléans, en 1789, surtout après les journées des 5 et 6 octobre. Dans un d'eux, il est appelé le Prince Rouge-Gorge, Laclos est appelé Loscla, et Mirabeau Iramba.
(1) Bcaulicu; liéouUdiun de France, t. ï. p. 345 et 346, in-S"., Paris, an lX-1801.