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COMITÉ ORLÉANISTE

On lit, dans le Martyrologe national, cette oraison dominicale : « Notre père d'Orléans, qui êtes à Londres, que votre nom soit glorifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite dans tout le royaume, comme elle s'est faite à Paris et à Versailles. Donneznous aujourd'hui autant d'argent que nous en avons reçu de vous par le passé; pardonnez à vos ennemis comme Louis XVL vous a pardonné lui-même; et ne nous induisez flus en tentation on délivrez-nous du mal. Ainsi soil-il (1). »

Un pamphlet, ayant pour titre : Aon, d'Orléans, tu ne régneras, pas! lui jette à la face ses prétentions au trùne, et contient ces phrases extrêmement injurieuses :

« Monstre que l'enfer a vomi pour le malheur des humains...

« Ton meneur en intrigues, ton précepteur en scélératesse, ton compagnon Laclos... (2).

« Rotondo, l'infâme Hotondo, ton aide de camp...

« Sillery, oui Sillery, l'intendant de tes honteux plaisirs et ton lieutenant dans tes criminels exploits... (3). »

Lorsque le duc d'Orléans fut promu divisionnaire, le quatrain suivant courut de bouche en bouche :

Pour consoler dans sa disgrâce Mons d'Orléans, on va, dit-on, Le proclamer chef de division; Il n'aura pas changé de place.

La Chronique scandaleuse, journal royaliste, paru en 1791, contenait ces phrases :

J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon... Et Philippe un poltron...

Et Barnave un gredin...

Et Champcenetz un drôle... Et Talleyrand un gueux...

Et Ghampfort un plat-pied..., etc.

Aux Derniers les bons ou le Trou d'enfer-, au caveau du Palais- Royal, brochure, par Desmarets, sergent^ rue des Prouvaires, s'élevait contre la faction orléaniste.

(1) Le Martyrologe, n" 2. — Bib. de la Chambre des députés, W 251.

(2) Secrétaire et confident du duc d'Orléans; deux fois emprisonné plus tard comme orléaniste.

(.3) Brocimre de 8 p. ia-8', sans date, mais très probablement parue à la fin d'octobre 1789. — Rotondo, arrêté en 1791, par ordre du Comité des recherches, comme agitateur dans Paris.

544 LES CLUBS GONTRE-RÈVOLUTIONNAIRES

Dans les Crimes de Pai'is, poème paru en 1790, le duc d'Orléans, La Touche et La Clos furent violemment attaqués.

Un individu fut arrêté au Palais-Royal, en juillet 1790, comme porteur de brochures avec gravures obscènes, parmi lesquelles la Vie du duc d'Orléans.

On l'accusait d'avoir « payé » les gens qui saccagèrent la manufacture de papiers peints que Réveillon possédait. On disait qu'il « consultait le diable dans les carrières de Montrouge (1). »

A propos de la maladie de Louis XVI, avril 1791, il parut plusieurs pamphlets contre le duc d'Orléans, notamment : « Les monstres pensent déjà à la régence! (2; »

Plus tard, on publia :

« l'assassinat Dt: la familli: royale.

(( Plan présenté à Monseigneur le duc d'Orléans par le marquis de ***, trouvé sous le portail du Louvre, près le jardin de l'Infante (3). »

Plus tard, encore, une pièce s'attaqua à « la Cabale d'Orléans », une autre :

(( Au régicide d'Orléans (4). »

Les partisans du duc répondirent aux pamphlets et aux brochures ; de plus ils se concertèrent pour soutenir avec vigueur le duc et Mirabeau.

La Clos, le principal meneur, proposant la déchéance de Louis XVI en juillet 1791, voulait faire appeler le duc d'Orléans à la régence. Il déclara qu'il « voulait une monarchie... pour éviter l'oligarchie (5). »

Le 25 août 1791, le duc monta à la tribune de l'Assemblée pour protester contre l'article constitutionnel qui déclarait les membres de la famille des Bourbons incapables d'exercer les droits de citoyen. S'il était adopté, il aurait le droit d'opter entre le titre de citoyen

(1) Chateaubriand. Mémoires d" Outre-Tombe, t. 111, p. 99. ln-8°; Paris, 1849.

(2) S. 1. n. d., iu-8^ 8 p. (Bib. Nat.. Lb. 39/9815.)

(3) Brochure in-8o de 8 p. (sans date). — Bib. de la Chambre des députés, IJf" 222 (t. LVII).

(4) Brochure in-S" de 4 p. (sans date). — Idem.

(.■)) Journal des Amis de ht C'>usfif,nlio», n» 33 (12 juillet au II).

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français et son droit éventuel au trône. Dans ce cas, il renonçait au trône. Sillery fit des allusions à la situation du duc. Ce fut le seul acte d'ambition directe tenté par le parti d'Orléans, dont le chef restait indécis.

En décembre 1792, Robespierre aîné se demandait comment Sillery, confident de la maison d'Orléans, ou plutôt d'Egalité, n'abandonnait pas la société de Brissot et de Pétion, comment Louvet l'accusait, lui, Robespierre, de « vouloir donner la couronne à d'Orléans ? »

Un citoyen, aux Jacobins, disait que d'Orléans « avait un parti, que tous ses amis allaient se rallier à lui pour le défendre (1). » Thuriot prétendait le contraire.

Le Sans-Quartier, ou le Hogomiste national, attaquait le duc d'Orléans, que Louis XVI nomma amiral de France, quoiqu'il fût membre du Club des Jacobins. Bientôt lié avec les Cordeliers et les membres de la Commune, membre de la Convention, ayant perdu l'espoir de régner, il ne négligea rien pour garder son influence personnelle, jusqu'au jour où, devenu suspect, il fut jugé comme girondin et condamné à mort. Le général Biron, son ami, fut guillotiné deux mois après lui.

Certains historiens ont eu mauvaise grâce à nier l'existence du Comité orléaniste. Son chef, suivant l'usage traditionnel, voyait avec joie les embarras de Louis XVI ; ses prédécesseurs sur les degrés du trône s'étaient toujours empressés, eux aussi, de mettre à profit les fautes ou les malechances de leurs parents au faîte du pouvoir. Ils avaient conspiré, en ayant soin d'obtenir grâce en raison de leur situation de famille. Rien n'étonne donc dans les agissements de Philippe-Égalité, préférant le titre de citoyen à celui de prince, mais nourrissant toujours l'espérance de régner, et, pour cela, cherchant à se réconcilier plusieurs fois avec Louis XVI et n'y parvenant pas, en conséquence des sentiments que les purs royalistes manifestaient à son égard.

Sur la politique active le Comité orléaniste n'exerça que très peu ou point d'influence. Malgré ses apparences, le parti d'Egalité fut contre-révolutionnaire.

Rappelons que, le matin du jour où des Parisiens promenèrent dans les rues les bustes de Necker et du duc d'Orléans, les partisans de celui-ci firent crier une motion par laquelle il proposait qu'on se cotisât pour le soulagement des pauvres, et s'inscrivait pour trois

(l) Séance du dimanche. 16 décembre 1792.

cent mille livres. Plus tard, entre Montagnards et Girondins, VOrléanismc fut l'injure mortelle.

Relatons un fait, qui se rapporte à la lutte établie entre Danton et Robespierre, au plus fort de la Terreur.

Danton, dans sa maison de campagne située sur le coteau de Sèvres, recevait des confidents intimes qui méditaient des coups d'Etat, contraires aux Robespierristes, sans s'accorder avec les idées des Girondins; son secrétaire, Miger, fut chargé par lui do voir le duc d'Orléans pour l'élever « au trône de la Révolution », dit Lamartine. Philippe-Égalité refusa sa coopération et son nom à l'entreprise.

En février 1794, la Société républicaine de PAmi du peuple envoya à ses correspondantes un arrêté relatif à la cabale connue sous le nom de Philippolins (Fabre d'Eglantine, Chabot, Proly, etc.) (1).

On ne s'en tint pas au duc d'Orléans, on prétendit que les Jacobins faisaient des efforts pour placer le fils de ce prince sur le trône (2).

(1) Bib. Nat., Lb 40/2194, iii-4o. sans date, 4 p.

(2) Bib. Nat., Lb 2/2376, pièce, in 8', sans dale, 7 p.

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