PREMIÈRE PÉRIODE
Fondé le 11 Févi-ier- 1789
LeCli(/f de Valois ûtuitsiUié au Palais-Royal, aiTado (il passage de Valois, 11° 177. Un des principaux fondateurs élait Tabbé Sieyès, alors partisan du duc d'Orléans (1). Ce club, le premier du Palais-Royal, leçut du duc, tout naturellement, asile et protection : de là sa réputation d'orléaniste, quoiqu'il semblât neutre.
Il s'établit, le 11 février 1780, dans un grand local appartenant aux sieurs Frestel et Menneville, lesquels n'en tn-ent pas partie; ils en étaient seulement les « entrepreneurs ».
D'après l'/l/ma^acA du Club de Valois pour 1790(2), celte réunion comprenait 616 membres. On y lisait 35 <( papiers publics », ou feuilles périodiques, les unes politiques, les autres littéraires et financières, plusieurs venant de l'étranger.
La noblesse d'épée ou de robe, ainsi que la haute bourgeoisie, se rencontraient dans ce club, où la politique active ne faisait guère ligure, mais où les opinions les plus diverses avaient des représentants.
Parmi les membres, un assez grand nomijre, les plus reinar([ués, n'ont pas tardé à appartenir au Cluh monarchique , Quelques-uns s'inscrivirent sur la liste (les/4)w/s de la Constitution, même desJacohins; quelques autres se mirent avec les Feuillants. Beaucoup émigrèrent; plusieurs portèrent leur tète sur l'échafaud, ou, tout au mmns, furent empi'isonnés, soit comme conspirateurs, soit comme suspects.
Si une foule de gens, dans ce groupe, sont restés obscurs, inconnus,
1) Mémoires de Malouel, t. I, |). ITJ. ,ù) Hôtol Carnavalet, Hibli..tho(|iif, cle :>6,'J1.S.
32 LES CLUBS CUNTRE-RÉVOLUTIONNAIRKS
oubliés, certains ont acquis, par la suite, une grande célébrité. Citons La Fayette, Talleyrand, Sieyès, Biron, Bergasse, Bougainville. Chamfort, Condorcet. les Lameth, etc. Sieyès y présenta Montlosier. « C'était le seul club peut-être où la similitude des opinions ne fôt pas une condition rigoureuse d'admission (1) », selon le chancelier Pasquier.
Assurément, dès son origine, le Club de Valois n'aflicha pas des idées rétrogrades, et, parmi les hommes de lettres ou les savants qui s'y trouvèrent, on peut dire que la majorité suivit le mouvement philosophique et scientifique de la iin du dix-huitième siècle. A ce point de vue, il forme une sorte de transition entre les sociétés purement littéraires et celles qui se livrèrent presque exclusivement à la politi(}ue; il prélude aux assemblées militantes.
Ce club tenait, à la fois, de la simple réunion de personnes qui voulaient jouir des plaisirs de la conversatioji, se distraire en commun, et de la réunion choisie de membres de l'Assemblée nationale, en dehors de l'enceinte politique; de députés « ne payant aucune rétribution », comme membres, ainsi qu'on le veri'a par les détails donnés dans V Almanach reproduit ci-dessous.
Au fond, l'opinion royaliste dominait. « Je passais ma vie au Club de Valois, dit le chancelier Pasquier, club composé, en grande partie, d'hommes partageant mes opinions et avec lesquels j'échangeais mes tristes appréhensions (2) »... « Notre réunion de Valois... a eu cela de remarquable que, pendant les quatre années de sa durée, des querelles assez vives ont eu lieu dans son sein, et par suite des propositions de duel assez facilement accommodées, mais qu'il n'en est sorti, ni pendant, ni après, aucun acte qui ait compromis aucun de ses membres. On s'y disputait sur la foi des gentilhommes, et lorsque, durant le règne du Comité de sûreté générale, la liste des abonnés fut demandée comme très propre à servir d'élément à celle des swspects, elle se trouva perdue, et ne fut suppléée par la mémoire d'aucun des domestiques de l'établissement (3). »
L'existence du Club de Valois a été de trois années environ, 1789, 1790, 1791. Le chancelier Pasquier, seul, lui donne quatre années . d'existence.
Sa disparition ne lit pas de bruit. Les politiques l'avaient négligé pour se rendre plus assiduement à d'autres clubs, ce qui le transfor-
{\) MéDioires du chancelier Pasquier, l. î, p. til), in-S", l'aris, l.SOo. {■2) Mémoires du chancelier Past/uier, t. T, p. 12. {'•]) Mémoires du chancelier Pasf/uier, t. I, p. 75.
mait en cabyjet de lecture, en cercle de Valois, comme on en trouvait plusieurs dans Paris (1).
Il nous a paru bon d'annoter beaucoup de noms, d'indiquer soit la naissance, soit la position sociale, soit la carrière politique, soit la mort de membres qui ont joué un rôle pendant l'époque révolutionnaire, même sous l'Empire et les deux Restaurations.
Le Club de Valois touchait certainement à l'aristocratie, lorsque s'ouvrirent les États généraux.
Donnons maintenant des détails complets, puisés à bonne source, sur sa formation, ses règlements, avec la liste de ses membres :