‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 54 sur 73 · COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS

« Le Club des hommes du 10 août fut accusé, en brumaire an II, d'être composé en partie d'hommes entachés d'aristocratie et même d'hommes reconnus très suspects... »

« Un membre fait l'éloge du patriotisme des citoyens qui composent ce Club; mais il observe que dans ce moment certains individus, dont la conduite n'est pas des plus pures, se font recevoir dans des Sociétés populaires pour être réputés patriotes (3). »

« Dans plusieurs hôtels de Paris, ceux des aristocrates qui n'ont pu s'échapper depuis l'affaire du 10 (août 1792), tuent leur temps auprès d'une petite guillotine en acajou qu'on apporte sur la table au des-

(1) Elle fut exécutée plus tard.

(2) Papiers d'un émigré, le baron de Guilhermy, Paris, 1886, p. 34.

(3) Journal de Paris, numéro du 25 brumaire an IL

sert. On y fait passer successivement plusieurs poupées dont la tête, faite à la ressemblance de nos meilleurs ma^strats, en tombant laisse sortir du corps, qui est un flacon, une liqueur rouge comme du sang. Tous les assistants, les femmes surtout, se hâtent de tremper leurs mouchoirs dans ce sang, qui se trouve être une eau ambrée très agréable (1). »

Les royalistes entretenaient ainsi la haine des citoyens contre les républicains.

Dumouriez, bientôt, fut démasqué dans ses agissements, en même temps que le général Biron.

« Nouvelles. — Depuis dix jours, le grand général Dumourier (sic) a quitté son armée pour venir intriguer à Paris. Il y a huit jours qu'il tient des conciliabules secrets chez sa nymphe, n» 23, rue Neuve- Saint-Marc ; chez celle de Barot, rue Bayette, maison du vitrier, au fond de la cour, et chez celle de Rouret, n° 8, rue d'Orléans-l'Égalité. Le général Biron et tous les membres de la faction y assistent régulièrement depuis huit heures du soir jusqu'à deux heures de la nuit. Le but de ces conciliabules est de machiner réellement contre Pache et de feindre de renvoyer Roland. On prétend qu'il y fut aussi question de gagner les nationaux des départemens pour faire arracher le tyran au supplice (2) . »

En 1793, « ceux qui avaient signé des pétitions contre-révolutionnaires, ou fréquenté des clubs et sociétés anti-civiques, » furent considérés comme suspects.

Des rapports de police signalaient les faits suivants à l'attention des gouvernants :

En mai 1793, les prêtres réfractaires continuaient leurs assemblées aux Missions Étrangères, rue du Bac. On n'y entrait que par billets deux ou trois fois la semaine (3).

Le séminaire des Missions-Étrangères avait été supprimé en 1792.

Autre rapport :

« Il existe à Yvry {sic] des ci-devant qui méritent d'être surveillés, entre autres le ci-devant seigneur et une ci-devant marquise (4). »

Dans le Petit-Château d'Ivry-sur-Seine est morte la duchesse d'Orléans, mère de Louis-Philippe I".

(1) Révolutions de Paris, numéro du 8 septembre 1792.

(2) Journal de la République française, n" XCXVI, janvier 1793.

(3) Rapport de la police, du 24 au 25 mai 1793.

(4) Rapport de la police, du 8 septembre an II.

Autre rapport :

« Il existe un rassemblement de gens suspects des deux sexes au Palais-Égalité, dans ce local qu'occupait le club de 1789 ou de l'abbé Syes (Sieyès) ; l'ordonnateur de ce club est un nommé la Grive, de Lyon, très suspect par ses propos. Des Lyonnais de la même trempe s'y rendent assidûment (1). ».

Qui peut dire où s'arrêtait le rôle inoflfensif des gens qui s'opposaient à la Révolution? Ils avaient la prétention de n'être pas dangereux, d'agir avec modération, et, soupçonnés de comploter depuis la prise de la Bastille, ils n'imaginaient pas qu'on pût ne pas les laisser libres, en surveillant les révolutionnaires.

Les clubs et les réunions populaires furent, à diverses époques, l'objet des attaques des réactionnaires, qui s'indignaient des violences commises par les patriotes au Palais-Royal, ou par les clubs des Jacobins et des Gordeliers.

Le 28 février 1791, le marquis Foucault de Lardimadie, député de la noblesse du Périgord, demanda la suppression des sociétés populaires. On passa à l'ordre du jour. « Puisqu'on passe à l'ordre du jour, dit le chevalier de Murinais, député de la noblesse du Dauphiné, n'espérons pas avoir la tranquillité dans le royaume tant que vous aurez le Club des Jacobins (2). »

Quelques mois auparavant, il fut fondé un Club ou Société des Neuf-Sœurs, dont les membres promettaient, en entrant, de s'interdire toute opinion sur la conduite des ministres et autres agents du pouvoir exécutif, sur le Commandant, sur l'état-major de la Garde nationale, en un mot sur tous les gens en place (3). Ses membres, dispersés, fondèrent, en l'an III, à l'Oratoire du Louvre, la Société libre des sciences, lettres et arts de Paris.

Il exista un club joyeux de Midi à quatorze heures, où se rassemblaient, entre autres membres, Laujon, Philipon de la Madeleine, Vial père et Gailly. Plusieurs ennemis de la Révolution s'y glissaient.

En 1791, cédant à la mode du jour, Beffroy de Reigny s'avisa de faire représenter au Théâtre de Monsieur (salle Feydeau) une petite pièce en deux actes et en vers. C'était un ouvrage fort modéré, dans

(1) Rapport de la police, du 19 septembre an II.

(2) Journal logographique, par Le Hodey, t. XXII, p. 124. — Foucault émigra, servit dans l'armée de Condé, rentra en France en 1802.

(3) Révolutions de Paris, n° 73, du 27 novembre au 4 décembre 1790. Eti note.

lequel l'auteur rêvait une révolution sans la moindre violence, même une réconciliation générale. Jouée le 24 septembre, à la fin de ce mois la pièce causa plusieurs fois du tumulte parmi le public. Elle disparut de Taffiche après la septième représentation. Beffroy de Reigny, le Cousin Jacques, s'était exposé à paraître contre-révolutionnaire aux yeux des avancés.

D'une part, dans un but de propagande républicaine, les réunions exaltaient les esprits; d'autre part, quand le gouvernement devint réactionnaire en fait, elles l'effrayèrent. Un temps vint où le pouvoir ne toléra pas plus celles qui étaient dans le sens des idées révolutionnaires que celles qui combattaient la République. La réaction marchait à grands pas.

Le Directoire ferma (mars 1795) les réunions politiques du Salon dit des Princes^ à Paris; la Réunion de la maison Sérilly ; la Société dite des Echecs (1). au Palais-Egalité; la Société du Panthéon; la Réunion dite des Patriotes, rue Taranne.

Le 5 brumaire an III, les présidents du Club électoral ou de l'Évêché furent arrêtés.

Nous savons ce qui arriva pour les grands clubs, si célèbres, de J789àl800.

(l) Le Club des Échecs était tout à fait royaliste.

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