‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 65 sur 73 · CHEZ GATTEY · texte numérisé non relu

CHEZ GATTEY

La boutique du libraire Gattey était située au Palais-Royal, n°* d3 et 14. Elle avoisinait l'établissement du restaurateur Beauvilliers (1).

On disait Gattey ancien espion de police. Sa librairie fut plus d'une fois envahie ; la foule jeta plus d'une fois au dehors les livres et journaux qii'il vendait : un soir, elle les brûla dans le jardin.

La librairie de Gattey faisait un débit considérable d'écrits de toutes sortes, contre-révolutionnaires pour la plupart.

Là, dans, cet « antre infernal de l'aristocratie », où l'on entendait perpétuellement « rugir l'aristocratie », dans ce « foyer de l'aristocratie », dans ce « gouffre infernal des aristocrates » (2), se pressait une armée de colporteurs. Le journal se répandait par tout Paris. Gattey avait en magasin et vendait, non seulement des journaux royalistes, mais encore un grand nombre de pamphlets, libelles et

(1) Voir Cafés, Restaurants. — Et Introduction, p. 8.

(2) Catalogue de la Bibliothèque nationale, n" 3432.

brochures aristocratiques, la plupart sans nom d'auteur et d'imprimeur.

Un ordre du département de police de la municipalité de Paris (14 mai 1790) fut donné au commissaire Grandin de faire exacte perquisition chez le sieur Gattey de tous ces pamphlets, libelles et brochures. Le commissaire Grandin dressa un procès-verbal constatant l'existence de quantité d'imprimés sortis de la plume du vicomte de Mirabeau, de Pelletier (sic), du baron d'Eaubonne, désignés chacun sous son titre, notamment des suivants : Le Coucher ou la Vérité toute nue, la Lanterne magique nationale, le Rêve ou la Vérité voilée^ la Moutarde après dîner, la Tasse de café sans sucre, le Déjeuner du Lundy, la Lettre de Rabelais aux quatre-vingt-quatorze rédacteurs des Actes des Apôtres, etc. (1).

Loustalot raconte [Mouvements populaires) que le peuple songeait à débarrasser Gattey des monceaux de brochures aristocratiques qui obstruaient sa boutique de librairie (2). Mais la police de la municipalité de Paris prit les devants. Le sieur Gattey, craignant un mauvais parti, afficha sur toutes les arcades du Palais-Royal une amende ^onoroè/e volontaire, et parvint à désarmer le peuple. Par une distinction jésuitique, suivant l'expression de Loustalot, le libraire en question déclara que, s'il avait vendu comme « marchand » des brochures aristocratiques, il était loin d'en adopter les principes comme « citoyen ».

Dans les Annales de Carra, du 11 mai 1790, nous lisons : « Le dernier effort des anti-patriotes.

« Elle est maintenant publique la protestation clandestinement minutée au conventiculedes capucins; elle se trouve chez Gattey (3), libraire au Palais-Royal, dont la boutique est devenue le réceptacle des poisons anti-civiques.

« Cette protestation, qui attaque le décret du 13 avril, est revêtue de 304 signatures. . . »

« La publicité de cet écrit anti-patriotique va cependant être pour les bons citoyens un grand soulagement.... »

On y voit le nom de tous les dissidents.

(1)^ Arch. Nat., minutes (2 pièces), Y 13320. — dévolutions de Paris, n» 46.

(2) Cette boutiaue comprenait trois arcades du Palais-Royal.

(3) Gatfey, né a Autun en 1756, fut condamné à mort et exécuté le 23 germinal an IT. Sa maison et sa librairie furent aussitôt vendues.

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