CABINETS LITTÉRAIRES
Dans les Chambres de lecture elles CabineH littéraires venaient des gens pour lire des livres et des journaux, ou pour en emporter chez eux.
Un prospectus de cabinet de lecture, en date de 1784, contient les phrases suivantes :
« La distribution des livres se fera tous les jours, depuis huit heures du matin jusqu'à midi, et depuis deux jusqu'à huit heures du soir, à l'exception des fêtes et dimanches. On trouvera dans le cabinet le Journal encyclopédique, V Année littéraire, les Annales politiques, les Mémoires historiques, le Journal des causes célèbres, le Mercure de France, le Journal politique de Bouillon, la Gazette de Finance, une gazette étrangère, et les livres nouveaux à mesure qu'ils paraîtront. Les ouvrages contre la religion, l'État et les mœurs en seront bannis. »
Le propriétaire de ce cabinet voulait, on le voit par la dernière phrase de son prospectus, éviter d'avoir maille à partir avec le lieutenant de police, chargé de veiller à ce qu'il ne courût pas dans le public des livres ou des feuilles périodiques censurés.
Au Palais-Royal, le « cabinet de littérature » de la dame Vaudefleury était très fréquenté par des gens de toutes conditions, surtout par des lettrés.
« Quand le duc de Chartres fit abattre les arbres du Palais-Royal, afin de construire les galeries marchandes, un certain nombre d'oisifs, qui avaient l'habitude de se réunir chaque jour sous ces beaux
arbres, pour s'entretenir de nouvelles, se trouvèrent fort embarrassés de leur temps et de leurs personnes. Un spéculateur leur offrit de les recevoir dans un appartement où ils trouveraient les journaux. Le lieutenant de police (Lenoir) autorisa l'ouverture du Club politique^ sous la condition que les abonnés ne parleraient ni de gouvernement ni de religion (1782). — En même temps se multiplièrent les Musées^ entre autres V Athénée, où l'on faisait des lectures et des cours plus suivis que ceux du Collège de France. — Le 28 janvier 1788, de Breteuil recommanda à de Crosne d'empêcher l'établissement au Palais- Royal d'une assemblée de « Conversation anglaise », simple prétexte d'un club politique. »
Précédemment, le même baron de Breteuil écrivait à M. de Crosne la lettre suivante (1) :
« 19 août 1787.
« L'intention du roi, monsieur, est de faire cesser tous les clubs, salons, lycées et autres sociétés ou assemblées par souscription. Je vous prie de vouloir bien prendre sur-le-champ les mesures nécessaires pour cette suppression. Si vous avez besoin à cet égard d'ordres du roi, j'expédierai tous ceux que vous me proposerez (2). »
Le Cabinet littéraire de Henri /F, salle neuve du Palais (3), « donnait à lire les feuilles périodiques et les ouvrages nouveaux concernant tout ce qui avait rapport à la Révolution. »
« Ce cabinet était ouvert tous les jours, depuis huit heures du matin jusqu'à neuf heures du soir. »
Sous le Consulat, quand Zoppi eut le café Procope, il y installa un cabinet littéraire.
Dans le Club des Quatre-Nations, à l'Hôtel du Musée, rue Dauphine, on « donnait à lire tous les Journaux... »
Nous avons remarqué que le nom de clubs se confondait parfois avec ceux de réunions littéraires, et de lycées, ajouterons-nous.
Les « chambres de lecture », qui existaient en Bretagne avant la tenue des États-Généraux, s'occupaient de faire lire les papiers publics et d'oeuvres philanthropiques. Ils mêlèrent peu à peu la politique à
(1) Cité par M. Monin, dans VÉtat de Paris en 1789, p. 354, dans les Documents relatifs à l'Histoire de Paris pendant la Révolution française (1889).
(2) A M. Thiroux de Crosne, lieutenant-général de police.
(3) Palais de Justice.
CHAMBRES DE LECTURE ET GABIN KTS LITTÉRAIRES C05 leurs discussions, quand la mode vint de traiter en réunions des affaires d'État. Les chambres de lecture se propagèrent dans quelques provinces.
Rue du Jour, un grand cabinet littéraire occupait en partie l'ancien hôtel de Royaumont, et l'archevêque de Cambrai touchait le prix de la location.
Une portion des hommes qui avaient fréquenté les chambres de lecture en Bretagne organisèrent le Club breton à Versailles en 1789 (1).
Un établissement qualifié de littéraire^ à Paris, fondé par Luneau de Boisgermain, se chargeait de faire parvenir, par la posté, à leurs adresses, les livres et les journaux.
On soupçonna, en 1791, les commis de Luneau d'envoyer des 'prospectus de journaux incendiaires et anti-patriotiques.
Dans le bureau du Journal de Paris^ situé rue du Jour, n° 11, journal que les patriotes considéraient comme un des plus dangereux organes des contre-révolutionnaires, bien qu'il fit peu de politique, quelques royalistes influents se réunissaient (2). Nous avons eu maintes occasions de citer ce journal.
Nous ne pouvons passer sous silence les imprimeries et les librairies clandestines, qui défiaient les efforts de la police, qui publiaient des brochures sans nom d'imprimeur, sans lieu ni date, absolument au jour le jour, et dont les produits se vendaient en cachette, à Paris et dans les départements. Les royalistes se servirent de ce moyen plus encore que les républicains, durant la grande lutte révolutionnaire.
Enfin, chez certains marchands, chez d'anciens fournisseurs de la Cour, chez des employés ou des domestiques de grandes maisons, on exhalait les regrets du passé, on ourdissait parfois des trames qui rendaient suspects leurs auteurs, tantôt sans cause réelle^ tantôt à bon droit.
Laboullée, coiffeur, inventeur de Veau Antoinette, avait quitté Ver-
(1) Voir, plus haut, Club des Amis de la Constitution monarchique.
(2) Fondé en 1777 par Corancez, Dussieux et Cadet, il fut le premier journal français quotidien, et cessa sa publication au lendemain du 10 août, pour la reprendre le 1" décembre do la même année, et continuer à paraître jusqu'en 1811.
sailles pour s'établir à Paris, au n» 83 de la rue de la Loi (de Richelieu), Sa boutique devint un foyer de conspirations royalistes; sa femme, que la reine appela jusqu'au dernier jour « la petite LabouUée », parvint à pénétrer, pénétra souvent près de Marie-Antoinette prisonnière.