CHAPITRE TROISIÈME
maison de Sobrier'. il sembla aux contemporains mêlé aux. menées ténébreuses que l'on attribuait à celui-ci -.
En réalité on s'exagérait l'influence du Club des clubs : sa propagande n'eut qu'une médiocre efficacité. L'envoi des délégués, l'élaboration d'une liste de candidats pour le déparlement de la Seine, les appels aux électeurs ne réussirent pas à républicaniser les élections : la tâche était trop considérable et peut-être ne prit-on pas les meilleurs moyens.
L'organisation d'un club central avait comme but immédiat de centraliser l'action des clubs de Paris et de la banlieue pour les élections. Aussi le club de la Révolution abdiqua-t-il en faveur du Clul) des clubs. Cependant, tout en lui abandonnant le soin d'organiser la campagne électorale et de constituer une liste de candidats, il surveillait l'organisation matérielle du vote. A plus forte raison, la Société républicaine centrale, dont les essais n'avaient point abouti à créer un comité central et qui ne se ralliait pas au Club des clubs. s'occupait activement des élections.
Dans cette première épreuve du suffrage universel, tout était nouveau. L'organisation matérielle du vote, créée par le Gouvernement, était pour les clubs un sujet de critiques ; l'éducation politique des électeurs inexpérimentés, une tâche urgente : et dans leur enthousiasme pour la vie politique, tous prenaient part avec passion à la campagne électorale. Les clubs
T. Le Club des clubs tenait ses séances au Palais-National, mais la Commission et les bureaux étaient logés dans la maison de Sobrier, i6, rue de Rivoli, et ce n'est qu'à la fin d'avril qu'ils furent transférés au n° 6 de la même rue (Commission d'enquête, t. I", p. 173, interrogatoire de Delaire, p. 3 16, déposition de Longepied ; Longei)icd, Lettre au rapporteur de la Commission d'enquête, dans La Vraie République, i3 août, etc.).
2. Commission d'enquête, t. l", p. 10, 19-20 ; Garnier-Pagès, Hist. de la Révol. de 18U8, t. IV, p. -4.
go LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI
se transformèrent alors plus ou moins en comités électoraux.
Dès le 4 mars, la Société républicaine centrale s'était inquiétée des élections ; elle avaitlonguementdiscuté la question du vote direct ou à deux degrés, sans aboutir à une conclusion, et avait remis la suite de la délibération au lendemain ^ .
Mais ce n'est qu'après le 17 mars que la question électorale fut véritablement à Tordre du jour. Le 17 au soir-, un citoyen déposa une proposition concernant les élections de la garde nationale. « Jai demandé, dit-il, que l'Assemblée nationale s'occupât des moyens de faciliter les élections et que tous les citoyens exerçassent leur droit. La question, ajouta-t-il, a une importance infiniment grande, car les élections devant avoir lieu dans quelques jours, il y a déjà eu des convocations spéciales ; mais les patriotes inscrits en dernier lieu dans les cadres n'ont pas été convoqués et dans ces réunions on a déjà proposé de réélire purement et simplement les anciens officiers ; l'on s'est même donné le mot pour enlever ces élections. »
C'est sur ce terrain que la Société républicaine centrale plaça en effet la question ; logique dans ses reproches, les critiques qu'elle formula sur l'organisation des élections furent analogues à celles qui lui inspirait la politique générale du Gouvernement. « Changement de forme, maintien du fond », disait Blanqui' en parlant de la Révolution ; la Société républicaine centrale voyait dans l'organisation des élections de la garde nationale une confirmation de cette idée.
L'armement des ouvriers s'opérait avec lenteur : leur négligence à se faire inscrire sur les listes, leur peu d'empressement à profiter des droits nouvellement acquis secondaient le mauvais vouloir des municipalités. Dès les premiers jours de la Révolution, la Société républicaine centrale s'était émue de l'indifférence des ouvriers pour la vie politique à laquelle désormais ils pouvaient prendre part. « Cette indifférence est