CHAPITRE TROISIEME lOQ
période de troubles où chacun soupçonnait son collègue, ils ne restèrent pas complètement ignorés. Or, deux tactiques étaient possibles à l'égard de Blanqui : s'allier à lui, ou l'abattre. L'hostilité excitée chez le plus grand nombre par sa politique intransigeante, l'inimitié qu'avaient pour lui la plupart des chefs les disposaient à adopter la seconde tactique. La peur de voir aboutir les négociations engagées avec Blanqui dut les décider à agir sans tarder. C'est ainsi que parut le 3i mars le document Taschereau.
Taschereau publiait alors, sous le titre de Revue Rétrospective^, des documents concernant le Gouvernement déchu. La première livraison parut le 3i mars. Sous le titre de Déclarations faites par*** devant le ministre de l'Intérieur, elle contenait des révélations faites en i83g sur les sociétés secrètes. Que Blanqui en ait été ou non l'auteur, c'est lui qui était désigné et qui se sentit atteint.
La publication de ce texte, qu'il soit de Blanqui ou non ^, constituait d'ailleurs une manœuvre en vue de le discréditer. Aussi dès les premiers jours, protesta-t-il par deux lettres
I. Revue Rétrospective ou Archives secrètes du dernier Gouvernement, 1830- 18Ù8. Publiée par Taschereau. Paris, mars [-novembre] i848, 33 n°^ gr. in-8°, 526 p. (Bibl. nat.. Réserve, Lb-'', G4).
a. La question de l'authenticité du document Taschereau a donné lieu à de nombreuses discussions. M. Gefîroy (L'Enfermé, p. 1^7 el suiv.) soutient énergiquement la thèse de l'innocence de Blanqui : de même, M. Combes [Blanqui. dans Le Radical, ai février 1872). M. G. W'e'ûl (Histoire du parti républicain, p. a63), tout en n'y voyant pas une trahison véritable, croit Blanqui l'auteur de cette pièce. — Il ne nous appartient point ici de discuter cette question sur laquelle il semble d'ailleurs impossible d'arriver à une certitude dans l'état actuel des choses. Ce ne sont que les conséquences de cette publication qui intéressent l'histoire du club de Blanqui et c'est à ce point de vue seulement que nous rétudierons.
adressées à la Gazette des Tribunaux *^ et au Journal des Débats ^ ; il y qualifiait le document Taschereau de pièce infâme, fabriquée par des ennemis indignes ^. Mais ce nest que le i4 avril que parut sa réponse. Si certains crurent nécessaire d'attendre cette réponse avant de porter un jugement*, quelques-uns prirent parti dès le premier jour. Les uns défendirent Blanqui avec fanatisme, d'autres Tattaquèrenl avec haine; le coup porté à sa réputation était terrible et le prestige de son nom en fut amoindri.
Le I" avril, le soir du jour oii Ton avait lu dans la Gazette des Tribunaux la pièce publiée la veille par la Revue Rétrospective, la Société républicaine centrale tint sa séance habituelle. Selon La Commune de Paris'" c à huit heures et demie, après une heure d'attente, la séance du club a été ouverte. Le président, le citoyen Blanqui, est venu déclarer, et cela, il faut le dire, avec un certain embarras, que la Gazette des Tribunaux avait publié une note infâme, dont les termes sont tellement transparents qu'il reconnaît qu'ils s'appliquent à lui ; qu'il avait l'intention de la combattre ; que, pour le faire, il lui fallait un numéro du Moniteur de i84o et un numéro de La Réforme de décembre i844 ; qu'il s'agissait pour lui de rien moins que de faire des révélations qui terniraient la réputation de quelques membres du Gouvernement provisoire ; et qu'enfin il allait céder le fauteuil au vice-président, afin de recueillir plusieurs renseignements. En effet, il s'est retiré dans le fond de la salle, et là, il a eu quelques entretiens avec plusieurs personnes. On s'attendait généralement à ce que le citoyen Blanqui prît la parole avant la fin de la séance : mais on a été désappointé. »