CHAPITRE TROISIEME I I I
Ainsi, sans attaquer nettement Blanqui, le journal de Sobrier prenait parti contre lui'. Aucune trace de sympathie dans ce compte rendu : au contraire des insinuations malveillantes s'y font jour et l'accueil chaleureux fait à Blanqui par ses partisans n'est pas signalé.
Or les amis do Blanqui répondirent par leur enthousiasme et leur confiance à l'attaque dont leur chef était l'objet -. Le compte rendu de la séance du 3 avril que publia La Sentinelle des Clubs ^ en fait foi. La séance s'ouvrit à l'heure ordinaire, Blanqui était au fauteuil de la présidence. « Son front est calme, il a sur les lèvres ce sourire de finesse qui le distingue et donne à sa figure une physionomie toute particulière. » Le président commença par prier l'assemblée de lui permettre de céder la présidence à un membre du bureau, jusqu'à ce qu'il eût fait paraître la justification qu'il préparait contre une odieuse calomnie, n Non, non, crie-t-on de toutes « parts, restez notre président. » Des applaudissements frénétiques couvrent la voix de l'orateur : le calme se rétablit enfin. » Blanqui insista: il montra que la dignité de la Société républicaine centrale, celle de chacun de ses membres exigeaient que le président fût à l'abri d'une accusation ; l'intérêt de tous et celui de Blanqui lui-même motivaient, disait-il. sa demande. L'assemblée applaudit et céda. Lacambre prit alors
I. La Liberté ('3 avril; publia un compte rendu plus bref de cette séance, mais où on se montre la même animosité.
a. « A. cette attaque, dit Blanqui. le camp révolutionnaire répondit par un cri terrible... Comment oublier jamais cette soirée mémorable du i*' avril, au Conservatoire, alors que les débris mutilés de dix-huit ans de combats se virent, par un coup de Jarnac. arracher la victoire !... Ces Aisages sombres et menaçants, ces yeux pleins do flammes, ces poings crispés, ces poitrines haletantes... Ah ! si au lieu d'en appeler à la plume seule, le vieux lutteur avait voulu ce jour-là tirer l'épée en criant sus aux traîtres ! \h 1 alors, malheur à ces sycophantes ! et qui sait ? Peut-être tant de vaillants hommes ne peupleraient pas aujourd'hui les cachots, les bagnes, les cimetières de juin, les charniers d'Afrique, et la Révolution serait debout. Mais allumer la guerre civile pour ce qui semblait la cause d'un seul 1 non, c'était impossible. » (Manuscrits de Blanqui, novembre i848, liasse I bS p. 169-170.)