CHAPITRE TROISIÈME Il
Des citoyens vertueiix. connus par une vie de courage, d'abnégation, de dévouement, de conviction jusqu'à la mort, des hommes qui marclient droit dans la large voie des principes, comme Blanqui, ne sont jamais exposés à éprouver quelque embarras, car il n'y a pas de gouffre sur cette voie.
Assistant à la séance dont vous parlez si légèrement, il faut le dire, je me vois forcé de donner un démenti formel à vos assertions.
Après avoir ainsi réfuté les insinuations malveillantes de La Commune de Paris, Lacambre consacrait la seconde partie de sa lettre à un hommage enthousiaste à Blanqui :
Il ne craint ni la calomnie, ni le poignard des assassins, ni les trames de la police, ni les sales intrigues d'hommes dont il était en droit d'attendre plus de courage et de loyauté dans les attaques qu'ils dirigent si inconsidérément contre lui. Il a bravé la mort dans le combat, il l'a bravée dans les cachots, ne saurait-il la braver en face d'ennemis qui se cachent derrière la honte et la calomnie ?
L'estime des hommes de bien, l'appui des hommes de cœur, l'amour et le dévouement des travailleurs, à l'émancipation desquels il a voué tous les instants de sa noble vie, ne lui fera jamais défaut.
Vive la République !
C'est par des hourras et des applaudissements que la Société républicaine centrale accueillit la lecture de cette lettre, et quand elle fut mise aux voix, o l'assemblée presque tout entière se lève et appuie avec un enthousiasme difficile à décrire la proposition du citoyen Lacambre ». Il se trouva cependant quelques voix pour protester. Deux citoyens déclarèrent qu'il fallait s'abstenir de juger Blanqui et de prendre parti pour lui jusqu'à ce qu'il eût fait paraître une justification. Lacambre s'indigna alors : « Ah ! vous no connaissez pas Blanqui, dit-il. ^ ous nous donnez là une preuve bien évidente que vous ne vous êtes jamais occupé de politique... Ce n'est pas une justification que nous attendons de Blanqui, mais une accusation directe contre les infâmes promoteurs d'une pareille calomnie. »
Cependant Lacambre chercha à prouver que le document n'était pas l'œuvre de Blanqui : u Je veux montrer aux plus incrédules, aux plus mal intentionnés, quels qu'ils soient,
dit-il, combien les calomniateurs se sont eux-mêmes dévoilés dans leur ignoble trame. Lisez la troisième lettre, cette lettre ou déclaration que Blanqui écrit ou fait à un ministre ; après avoir dit pendant toute la lettre, j'ai fait ceci et cela, tout à coup il ajoute : u Voici quel était le projet de fuite de Blanqui : Il « avait accepté de réorganiser la société, mais il voulait s'en « aller, une fois l'organisation faite. » On voit évidemment que le faiseur, passant dune note de police à une autre, se trompe, oublie son rôle, et au lieu de mettre : je, copie tout simplement la note de police, il parle de Blanqui à la troisième personne. .) C'est là la grande preuve reprise par Blanqui ^ pour montrer la fausseté du document, et dont on use encore aujourd'hui -. Dès la première heure les amis de Blanqui virent le parti qu'on pouvait en tirer.
L'autre argument essentiel en faveur de l'innocence de Blanqui consistait à dire que les renseignements publiés dans le document Tascliereau étaient connus de tous ; il n'était donc pas nécessaire qu'un chef les eût dévoilés ; un des nombreux espions affiliés aux sociétés secrètes pouvait les avoir trahis ^. Dès le 3 avril, à la Société républicaine centrale, Dezamy, qui avait été un des chefs de la Société des Saisons, déclara u qu'il n'était pas un seul membre de la Société qui ignorât les faits relatés dans le mémoire, ouvrage évident dun faiseur ».
La calomnie prouvée, il restait à répondre aux persécutions par une déclaration de guerre. C'est ce que fit Blanqui. (( Il ne faut pas se le dissimuler, dit-il, c'est la guerre, la guerre à outrance ; il faut savoir l'accepter, recevoir les coups auxquels on est exposé et en rendre trois contre un quand on le peut. » L'assemblée lui répondit par de frénétiques applaudissements et à l'unanimité vota l'ordre du jour*.