CHAPITRE TROISIÈME l
nonça sont significatives. Il expliqna pourquoi la mesure proposée navait pas été adoptée plus tôt : c'est u que ces allures rappelaient trop le temps de la tyrannie; qu'on avait espéré, sous le règne de la liberté, pouvoir agir sans ce secours ; mais que la contre-révolution s'organisant ainsi, il proposait pour le lendemain de nommer des chefs de sections, et d'organiser, en un mot. la Société centrale républicaine sur les bases des anciennes sociétés secrètes ».
Blanqui avouait ainsi qu'après le i6 avril la Société républicaine centrale allait adopter une attitude plus violente. La proposition de s'organiser sur les bases des anciennes sociétés secrètes fut adoptée ; et le lendemain, 17, dans une séance non publique, on nomma des chefs de sections ^ Cette mesure ne paraît d'ailleurs pas avoir eu de conséquences pratiques ; et il semble qu'il n'en fut plus question dans la suite -. « A raison de la réaction qu'avait occasionnée le mouvement du 16 avril, il y a eu de mauvais traitements exercés dans les rues contre les socialistes, dit plus tard Blanqui^ en parlant de cette mesure ; l'organisation du 17 avril a eu lieu dans un but de défense et peu de temps après cela est tombé en désuétude. »
Cependant, Blanqui voyait nettement le caractère de la journée du 16. « Il n'est pas question de communisme, dit-il * dans la séance du soir; il est question de la contre-révolution organisée sur la place de l'Hôtel de Ville. Des citoyens, nos frères, ne comprennent pas la manifestation. C'est une méprise grave!... Jusqu'à présent, Paris était calme. La Révolution a-t-elle jamais été plus calme, plus imposante ? La réaction.
1. Procès de Bourges, audience du i3 mars, déclaration de Blanqui et déposition d'Altroff. Sans doute est-ce cette séance qui donne naissance à l'information publiée par La Presse, le 19 avril : « On assure que l'une des réunions qui ont causé le plus d'inquiétude tous ces jours-ci aurait tenu dans la nuit une séance secrète, que des émissaires auraient été envoyés dans tous les quartiers pour amener les ouvriers à une manifestation contre le Gouvernement. »
2. Procès de Bourges, audience du i3 mars, déposition d'Altroff.
3. Procès de Bourges, audience du i3 mars. A- Garnier-Pagès, op. cit., t. V, p. i4.
l34 LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI
au contraire, s'est montrée orgueilleuse et triomphante. La garde nationale a tristement paradé dans les rues, sur les quais, sur la place de l'Hôtel de Ville... » Blanqui ne se borna pas à montrer, dans l'agitation du i6 avril, l'œuvre de la contrerévolution : « Il stigmatisa ce qu'il appela son triomphe qu'il caractérisa de lâche, de faible, de ridicule ; il dit que son plus grand chagrin était de voir, avec cette réaction, plus de la moitié de frères égarés (signalant ainsi les ouvriers qui se trouvaient au milieu de la garde nationale). Il ajouta que ce triomphe, cet enthousiasme de baïonnettes était trop lâche pour durer ; que parmi tout ce monde il lui fut impossible de rencontrer des yeux qui regardaient en face : enfin il fit entendre qu'il fallait de la confiance, du courage et de la patience, en attendant le grand jour de la revanche^. »)
Au club de la Révolution, les paroles étaient moins énergiques ; mais, cependant il fallait se rendre à l'évidence et reconnaître qu'on avait joué un rôle de dupes, d J'ai marché en tête de ma légion, lorsque le tambour s'est fait entendre, dit Barbes pour expliquer son attitude dans la journée-. Pourquoi ai-je répondu à l'appel? parce que le bruit s'était répandu (et comme tous, je l'avais accueilli), qu'une poignée d'hommes et plus peut-être, avait conçu le coupable projet d'exploiter la grande et pacifique manifestation des corporations ouvrières. » C'était dire clairement que Barbes n'avait été inspiré que par le désir de s'opposer à Blanqui, Mais il regrettait déjà son intervention. « Il n'en a rien été, continua-t-il en parlant de la tentative qu'il avait redoutée ; mais quelque chose de tout aussi grave est arrivé ; ce que n'a pas fait une poignée d'ambitieux, la réaction l'a tenté et trop bien accompli. Des rangs de la garde nationale sont partis des cris
1. Commune de Paris, 19 avril, compte rendu de la séance du 16, emprunté à L'Union du 18. — L'Assemblée nationale (19 a\Til) dit que Blanqui qualifia la manifestation de « défi <>, et que les bourgeois furent fort maltraités dans les différents discours.
2, Commission d'enquête, t. Il, p. ioA-io5, compte rendu de la séance du 16 avril.