CHAPITRE QUATRIÈME l \C
sonni' les magistrats légitimes de la cité, et rempli les cachots de républicains.
4° L'éloignement immédiat de Paris des troupes de ligne, qu'en ce moment même les réacteurs dressent, dans des banquets iratricides, à une Saint-Barthélémy des ouvriers parisiens ^.
L'adresse de la Société républicaine centrale, si violente qu'elle fût, était conforme aux théories habituellement exprimées dans ce club.
La signature de Barbes au bas d'une autre affiche, plus brève mais presque aussi menaçante, fit une impression plus profonde encore. Cette affiche émanait de la Société des Droits de l'Homme et était ainsi conçue - :
SOCIÉTÉ DES DROITS DE l'hOMME ET DU CITOYEX
La Société a pour but :
r De défendre les droits du peuple dans l'exercice desquels la Révolution de Février l'a réintégré ;
2" De tirer de cette Révolution toutes ses conséquences sociales.
Comme point de départ, elle pose la Déclaration des Droits de l'Homme formulée en 1798 par Robespierre.
Il s'ensuit qu'au point de vue politique, elle comprend la République une et indivisible, et les droits du peuple souverain inaliénables.
Au point de vue social, selon elle, l'ancienne constitution est brisée, et celle qui est appelée à la remplacer devra reposer sur l'égalité, la solidarité et la fraternité, comme principes fondamentaux du pacte social.
En conséquence, dans la révolution sociale qui commence, la Société des Droits de l'Homme se place dès à présent entre les parias et les privilégiés de la vieille société ; aux premiers, elle vient dire : Restez unis, mais calmes ; là est votre force ; votre nombre est tel qu'il vous suffira de manifester votre volonté pour obtenir ce que
1. De même, La Commune de Paris (3 mai) disait : « S'il faut en croire des bruits semés par la ville, on organiserait à cette heure une Saint-Barthélémy de prolétaires. Ces bruits alarmants prennent dans les massacres de Rouen une certaine vraisemblance. »
2. Adresse publiée par la plupart des journaux, le Journal des Débats, a mai, La Réforme, 3 mai, etc., par la Commission d'enquête, t. II, p. a85.
l5o LES CLUBS DE BARBES ET DE RLAXOUI
VOUS désirez ; 11 est tel aussi que vousne pourrez désirer que ce qui est juste ; votre voix et votre volonté sont la voix et la volonté de Dieu ! Aux autres, elle dit: L'ancienne forme sociale a disparu, le règne du privilège et de l'exploitation est passé ; si, au point de vue de la forme sociale ancienne, les privilèges dont vous étiez investis ont été acquis par vous d'une manière légale, ne vous en prévalez pas, car ces lois étaient votre ouvrage; l'immense majorité de vos frères y est restée étrangère, par conséquent elle n'est point obligée de les respecter. Ralliez-vous donc, car vous avez besoin du pardon de ceux que vous avez trop longtemps sacrifiés. Si maintenant, malgré cette promesse de pardon, vous persistez à vous isoler pour défendre l'ancienne forme sociale, vous trouverez à l'avant-garde, au jour de la lutte, nos sections organisées et ce ne sera plus de pardon que vos frères vous parleront, mais de justice !
Les membres du Comité central :
L.-J. ViLLAiN, Napoléon Lebon, A. Huber, V. Chipron, a. Barbes.
La signature de Barbes parmi les membres d'un comité dont il ne faisait pas ordinairement partie^ montre que l'indignation du président du club de la Révolution- était grande, puisque lui, le partisan opiniâtre de la conciliation, il consentait à signer une proclamation excitant à la guerre civile.
Ce revirement a été attribué par Garnier-Pagès^ « au désir étrange, mais honorable, de ne pas être dépassé en popularité par un sectaire dont il redoutait la délétère influence sur le
I. Cf. le compte rendu de la séance de la Société des Droits de l'Homme du 39 avril (Commune de Paris, 3 mai) : « I.e citoyen Chipioii, président, annonce à l'assemblée que l'aniche dont il a été donné lecture dans la séance d'iiier n'a pu être placardée aujourd'liui, mais qu'elle le sera irrévocablement demain, et que le nom de Barbes figurera au bas en qualité de membre du comité. » Barbes avait déclaré lui-même qu'il ne faisait partie d'aucun autre club que de celui de la Révoltition et de celui des Détenus politiques (Lettre de Barbes, Vraie République, 5 avril; ; sans doute plus de trois semaines s'étaient écoulées depuis, mais l'annonce même de Chipron prouve que Barbes ne faisait point partie du Comité central de la Société des Droits de l'Homme.
->.. Les seules traces que nous ayons trouvées des sentiments exprimés par le club de la Révolution au sujet des événements de Rouen, ce sont les votes des i" et 2 mai (cf. ci-après, p. i56 et p. 160).