‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 163 sur 246 · CHAPITRE QUATRIÈME IDI · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME IDI

peuple, et qu'il était déterminé à combattre en tout lieu et en tout temps. L'adresse de M. Blanqui avait été publiée la veille. » Cette hypothèse est d'autant plus incertaine qu'il ne semble pas que l'adresse de la Société républicaine centrale ait paru avant celle de la Société des Droits de l'Homme ^ ; Barbes connaissait peut-être les discussions qui précédèrent à la Société républicaine centrale le vote de l'adresse, mais quand bien même le désir de rivaliser avec Blanqui aurait été un des mobiles qui l'inspirèrent, d'autres raisons durent le pousser à agir, car depuis longtemps Blanqui avait dépassé Barbes dans la vdie socialiste. Le changement d'attitude de Barbes ne saurait donc être expliqué que par des causes plus profondes. Les élections et les événements de Bouen lui avaient ouvert les yeux et lui avaient montré l'impossibilité de suivre encore la politique de conciliation : désormais, il fallait être pour ou contre le prolétariat '-. On ne pouvait être socialiste et défendre encore le Gouvernement provisoire et l'Assemblée issue des élections d'avril. Barbes se trouvait ainsi rejeté lui aussi dans le parti des violents.

Les deux affiches furent l'occasion de protestations violentes.

Celle de la Société républicaine centrale imprimée sur papier jaune et répandue dans tout Paris, mais notamment dans le quartier des Halles, rue de la Monnaie et rue Boucher 2, attirait de nombreux curieux qui formaient devant elle des groupes animés. Elle était gardée par des individus que l'on

1. Selon Garnier-Pagès (op. cit., l. V, p. 327-338), l'affiche signée Barbes est du 1"^ mai. celle de la Société républicaine centrale de la veille. Mais d'après L'Assemblée nationale (3 mai), ce serait au contraire l'adresse de la Société des Droits de THomme qui parut la première ; et il semble bien que l'adresse de la Société républicaine centrale fut alFicliée le 3 mai (Cf. lettre de Blanqui, Conslitutionnel, -îo mai), celle de la Société des Droits de l'Homme le 1" (Assemblée nationale, 6 mai) ; d'ailleurs nous saNons icf. plus haut p. i5o, note i) que le 29 avril la signature de Barbes au bas de l'affiche était déjà décidée.

2. « La réaction est arrivée à ses fins, disait aussi La Réforme. Elle a séparé la nation en deux camps ; elle a établi entre deux classes de citoyens la ligne de démarcation que la Révolution de Février avait elTacéc. La lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat recommence. » (Numéro du 3o avril.)

o. Constitulionnel, 4 mai ; Garnier-Pagès, op. cit., t. V, p. 327.

l5a LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI

disait être des membres de la Société républicaine centrale et des Montagnards ^ Cependant elle n'en fut pas moins arrachée 2, si bien que certains journaux ignorèrent même qu'elle eût été afQchée 3. En revanche on la distribua, en particulier rue Bergère à la porte du club ^ mais les attaques n'en continuèrent pas moins et des porteurs de la proclamation furent arrêtés ^.

Les journaux réactionnaires s'empressaient d'ailleurs de publier des protestations d'oflîciers contre ralTiche de la Société républicaine centrale ^ et essayaient d'exciter la terreur. Le Constitutionnel "^ disait notamment que l'adresse de la Société républicaine centrale <; rappelle le style et les intentions des Hébert et des Cliaumette » ; L'Assemblée nationale^ prétendait ne pas savoir « ce qu'il faut déplorer le plus de l'impuissance de la loi ou de la sanglante effronterie de ces hommes qui osent jeter le défi et l'injure à la face de quiconque ne marche pas avec eux... A ceux que certaines vertus républicaines ont pu séduire, ajoutait-elle, nous recommandons de méditer cette appréciation corrosive des scènes sanglantes de Rouen. Jamais, non jamais, le délire des passions n'atteignit un pareil degré ; jamais la justice et la morale publiques ne furent à ce point conspuées et salies. Hommes du pouvoir, que faites-vous ? Pour vous arracher à votre léthargie, faut^il le bruit du canon et le tocsin de toutes nos cloches ? Magistrats chargés de veiller sur la société, votre autorité est-elle impuissante .'^... Le danger nous presse, appelez à vous le peuple, le vrai peuple qui méprise les fainéants, que les utopistes ne peuvent plus entraîner... Et pour que personne n'hésite, faites lire partout la pro-

I. ConstituUonnel, 4 mai; Commission d'enquête, t. l", p. 230, déposition d'Alcan.

a. Id. ; Procès de Bour^jes, audience du i4 mars, déposition d'Alcan.

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