CHAPITRE QUATRIÈME l^Q
des membres de la Société républicaine centrale avait été introduite ' .
Aussi parmi tous les éléments d'agitation que redoutait le Gouvernement, était-ce la Société républicaine centrale surtout qui l'effrayait- ; et à la veille de la réunion de l'Assemblée, on songea de nouveau sérieusement à faire arrêter Blanqui. Le procureur de la République. Landrin, d'accord avec Caus sidière, prépara des mandats d'arrestation contre Blanqui. Flotte et Lacambre, et, ne voulant pas prendre une décision aussi grave sans en référer au Gouvernement, lui écrivit pour solliciter son autorisation ^. Le Gouvernement refusa d'accorder les mandats d'arrestation ^ ; il ne voulait pas exercer un acte de rigueur le dernier jour de son existence, et croyait plus sage d'éviter ainsi toute occasion de conflit : d'autant plus que la répression l'aurait entraîné loin, car ce n'étaient pas Blanqui et ses amis seulement qu'on redoutait. L'inquiétude était générale •^. Le club de Barbes fut lui aussi soupçonné. Le 3 mai, Landrin fut averti que ce club et celui des Droits de l'Homme s'armaient et restaient armés ^.
Mais les craintes étaient vaines. Tout se borna àunedémarche faite par un certain nombre de clubs auprès du ministre de
I. Il est difïîcile de préciser la date exacte de la publication de cette seconde édition de l'appel aux sociétés populaires. L'éditeur des Affiches rouges (p. 129-1801 la place quelques jours avant le 16 avril, mais il semble que c'est plutôt au début de mai. époque où, selon Garnier-Pagès {op. cit., t. V, p. 33i), Blanqui ralliait plusieurs clubs au sien parles liens d'une association secrète, que l'appel dut circuler. On ne saurait être afTirmatif, car il s'agit d'un document secret qui devait courir sous le manteau.
a. Le 2 mai, un rapport de police disait qu'un << Comité privé de Blanqui », composé de Blanqui, Flotte, Villain, etc.. projetait de renverser le soir même le Gouvernement provisoire (Commission d'enquête, t. IL p. 3191.
3. Déclarations de Landrin. Caussidière. à l'Assemblée nationale, séance du 16 mai; Commission d'enquête, t. I". p. 3o8, déposition de Landrin: Caussidière, A ses concitoyens, p. 11.
'i. Déclarations de Landrin, Caussidière, Crémieux à l'Assemblée nationale, séance du 16 mai : Commission d'enquête, t. I", p. 3o8. déposition de Landrin. Cf. aussi une lettre de Landrin à Caussidière. publiée par Caussidière, A ses concitoyens, p. 11, Mémoires, t. II. p. 5i-5'j.
.T. Cf. la proclamation de Caussidière du 3 mai. Moniteur, '4 mai.
6. Commission d'enquête, t. I". p. 3o8. déposition de Landrin.
l6o LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI
l'Intérieur pour obtenir dans la salle de l'Assemblée nationale une tribune spéciale, semblable à celle des journalistes ^
S'il n'y avait pas eu de tentative violente de la part des clubs, ceux-ci n'en avaient pas moins pris une attitude plus énergique et plus menaçante. Le club de la Révolution décidait le i" mai « de s'adresser au Gouvernement pour qu'il arme immédiatement les ouvriers des villes manufacturières, afin qu'ils puissent se défendre si on tente encore de les assassiner, comme on l'a fait à Rouen - », et. le 2. il votait à l'unanimité la proposition suivante : « le 10 mai, tous les vrais républicains sont invités à porter, le jour de cette grande et mémorable journée, le deuil des victimes de Rouen ^. o
A l'Assemblée. Barbes devint le porte-paroles des clubistes ; seul de tous les représentants, dit Ménard*, il se montrait dans un club, seul il constituait un lien entre le peuple, représenté par les clubs, et l'Assemblée nationale. Aussi sa popularité étaitelle grande ^ : le prestige de son nom lui valut quelques voix dans le vote pour la nomination de la Commission executive^. Soutenu par cette popularité, il affirma énergiquement ses opinions, bien que, dans cette Assemblée liostile aux socialistes, son influence dût forcément être insignifiante. Dans la séance du 8 mai. il protesta contre les remerciements qu'on A'otait au Gouvernement provisoire : u Au nom du peuple, dit-il, nous avons à lui demander compte des tueries qui ont été faites à Rouen par les gardes nationaux contre le peuple », et il déclara qu'avant de voter des remerciements il fallait qu'une enquête fût faite et confiée à d'autres qu'aux anciens magis-
1. Assemblée nationale, 5 mai; Commission d'enquête, t. II. p. 219; Garnier-Pagès, op. cit., t. V, p. 334-335. a. Réforme, 3 mai.