CHAPITRE QUATRIÈME l6l
Irats de Louis-Philippe, persécuteurs des républicains sous la monarchie.
C'est ce que disait, c'est ce que demandait depuis longtemps la Société républicaine centrale. Barbes parlait maintenant comme avait parlé Blanqui. Aussi, malgré l'hostilité qui séparait les deux chefs et les deux sociétés rivales, le club de Blanqui comprit-il que la cause de Barbes et la sienne étaient désormais unies. Le compte rendu de la séance du 9 mai de la Société républicaine centrale * est à cet égard caractéristique : u Le citoyen Berrot proteste énergiquement contre la conduite de la Chambre à l'égard de Barbes dans la séance d'hier. Le discours trompeur de Sénard a trouvé de l'écho dans l'Assemblée, dont l'esprit coupable de la majorité n'est plus douteux. L'orateur est d'avis que le citoyen Barbes et les quelques représentants démocrates qui l'ont appuyé dans sa motion sur Rouen et la Pologne se retirent de la Chambre, si celle-ci persiste à avouer la réaction. Il est de leur dignité, dit-il, de se séparer de collègues aussi méprisables. » Dans cette même séance, d'autres orateurs allèrent plus loin : ils proclamèrent le droit du peuple à se libérer de la domination bourgeoise et même à dominer à son tour. « Le mal vient de ce que le peuple, dans sa généreuse insouciance, a abdiqué sa puissance, dit le citoyen Esquiros. Son excès de confiance a permis à ses maîtres, un instant vaincus, de reprendre leur empire, et nous savons le coupable usage qu'ils en ont fait. Nouvelle leçon pour le peuple. (Bravos prolongés .') Le citoyen Arnould Frémy lance contre la majorité de l'Assemblée nationale les reproches les plus sévères ; il s'étonne que l'on traite les démocrates socialistes d'exaltés, d'anarchistes, lorsque les membres réactionnaires de la Chambre, au nombre de plus de sept cents, poussent l'impudeur jusqu'à étouffer la voix de quelques rares démocrates perdus dans son sein. Mais, dit l'orateur, ces hommes sans foi oublient trop tôt d'où ils sortent, et malheur à eux s'ils se croient déjà assez forts pour écraser le peuple.