‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 177 sur 246 · CHAPITRE QUATRIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME l

la surveillance qu'ils exerçaient sur le Gouvernement, l'idée qu'il avait lui aussi un droit de contrôle, et enfin en contribuant à entretenir l'agitation dans Paris, portent la responsabilité lointaine de la tentative violente que la moindre occasion devait provoquer.

L'incohérence de la politique de Barbes et même de Blanqui aDparaît nettement dans l'histoire du i5 mai. Au moment où s'organisa la manifestation, Barbes et Blanqui, désapprouvant le mouvement qui était la conséquence logique des paroles et des actes antérieurs des clubs, essayèrent de l'enrayer. Ils ne purent y réussir. C'est alors que le souci de la popularité, la crainte de paraître avoir peur, le devoir révolutionnaire les poussèrent à se joindre à la manifestation qu'ils blâmaient et à en prendre même la direction. A défaut de révolution, on provoqua l'inutile échauffourée du i5 mai, coup mortel porté à la République, et dont la réaction seule allait profiter pour fortifier sa domination sur l'Assemblée et la France.

Tous ceux qui avaient cru que la Révolution améliorerait le sort des travailleurs et qui avaient fait crédit au Gouvernement provisoire, voyaient, depuis la réunion de l'Assemblée, disparaître leurs espérances, et tous leurs actes témoignaient de leur irritation*. Les colères surexcitées ne cherchaient qu'un prétexte pour se manifester. La question polonaise le leur fournit : l'idée d'une pétition en faveur de la Pologne, née au club des Amis du Peuple -, fut utilisée par le Comité cen-

I. Cf. les protestations des ouvriers délégués au Luxembourg et des détenus politiques qui refusèrent d'assister à la fôte de la Concorde (Réforme, i3 et i5 mai;. Les clubs devenaient de jour en jour plus violents, certains restaient en permanence (Réforme, u mai: Commission d'enquête, t. I", p. 245, déposition de Carlier), des réunions suspectes se tenaient dans la maison de Sobrier, La Commune de Paris se faisait chaque jour plus menaçante (cf. les n°^ des 3, 7, 8, 11 et i4 mai).

a. C'est à tort que l'initiative de Raspail en faveur de la Pologne a fait voir en lui un des organisateurs de la manifestation ; Raspail ne songeait qu'à faire déposer à l'Assemblée par son neveu, qui était représentant du peuple, la pétition votée au club des Amis du Peuple le 6 mai (Cf. notre article sur Le Club de Raspail en 18^8, dans La Révolution de 18US, t. V, 1908-1909, p. 750-751).

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tralisateur 1 pour organiser une grande manifestation contre l'Assemblée -.

L'initiative du Comité centralisateur devait, semble-t-il, être favorablement accueillie par les clubs et les clubistes du parti avancé ; c'était la conclusion logique de leur altitude à l'égard de l'Assemblée nationale. Dès le mois de mars, d'ailleurs, la Société républicaine centrale avait manifesté ses sympathies pour l|:s nations étrangères qui essayaient de conquérir la liberté ^ ; elle devait donc être, entre toutes, prête à soutenir la Pologne opprimée.

Et cependant, quand s'organisa la manifeslation du i5'mai, c'est toujours le même spectacle de rivalités, de divisions, de

1. Ce Comité avait succédé au Club des clubs dont la mission semblait finie avec les élections, et qui, désorganisé par les démissions de Sobricr, Huber et Napoléon Lebon, venait de disparaître {Commune de Paris. 38 avril et 2 mai).

2. L'idée d'une manifestation on faveur de la Pologne prit naissance au Comité centralisateur les 8 et 9 mai ; le 10, la pétition du club des Amis du Peuple fut repoussée comme insuffisante ; le 12, chez Dourlans, dans une réunion de six cents clubistes présidée par Huber et à laquelle tous les démocrates socialistes avaient été convoqués, on décida que la manifestation se ferait le ij, et sans armes.

3. Dans la séance du 20 mars (Voix des Clubs, 23 mars), Blanqui communiqua à l'assemblée une dépêche annonçant que la Prusse était en révolution. (( \ cette nouvelle, un tonnerre d'applaudissements couvre la voix du citoyen Blanqui. Des cris de : Vive l'Allemagne, Vive la République ! partent de tous les points de la salle, et les principaux couplets de la Marseillaise et du Chant du Départ sont entonnés par toute l'assemblée, hommes et femmes, avec Pordre le plus parfait et l'enthousiasme le plus révolutionnaire. » La séance fut levée aux cris de : Vive la République ! et aux sons du Chant du Départ.

Le 23 mars iVoi.v des Clubs, 34 mars), une députation d'Allemands et de Polonais résidant à Paris vint demander « des armes pour aller rendre la liberté à leurs patries et fonder de nouvelles Républiques » ; la Société républicaine centrale répondit en mettant en loterie une épingle d'une valeur de 80 francs que le club venait de recevoir, pour la mettre au service de la République : une collecte fut également faite dans la salle, et la séance se termina par des applaudissements en faveur des Allemands et des Polonais.

Le 23 mars (Voix des Clubs, 26 mars), le président annonça que la Prusse, la Pologne et la Bavière étaient en révolution, et l'assemblée accueillit cette nouvelle par d^s applaudissements énergiques et répétés. Les députés allemands renouvelèrent leur demande de la veille, et une collecte fut organisée. Le Cfcanl du Départ termina la séance.

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