‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 194 sur 246 · CHAPITRE QUATRIEME lOO · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME lOO

risquait de se perdre, était pour lui une raison de plus d'agir. Une femme, sur la place de la Concorde, lui cria : : « N'allez pas à rilùtcl de Ville, ou vous vous perdrez ' ! >> Cet avis ne fit que stimuler l'ardeur de Barbes, qu'exaltait la pensée du sacrifice.

Arrivé à l'Hôtel de Ville, il trouva le colonel Rey qui défendait la grille: tandis qu'il parlementait avec lui, la grille fut escaladée. l'Hôtel de Ville envahi ; Barbes et Albert furent littéralement portés dans une pièce de l'aile droite. Des listes pour un Gouvernement nouveau s'élaboraient rapidement ; des noms étaient proclamés ou repoussés, et les listes ainsi faites, jetées par la fenêtre à la foule qui les discutait à son tour. Dans ce trouble et ce désordre, le nom de Blanqui put figurer sur plusieurs listes, malgré la menace de Barbes : « Ne me parlez pas de Blanqui, s'il se présente, je lui casse la tête -. »

Cependant Barbes et Albert rédigeaient des proclamations ^. La première instituait un nouveau Gouvernement dont ils s'efforçaient de montrer l'investiture légale :

Le peuple ayant dissous l'Assemblée nationale, il ue reste plus d'autres pouvoirs que celui du peuple lui-même.

En conséquence, le peuple ayant manifesté son vœu d'avoir pour Gouvernement provisoire, les citoyens Barbes, Ledru-RoUin, Albert,

1. Procès de Bourges, audience du 28 mars, déclaration de Raspail en réponse au témoin Spy.

2. Procès de Bourges, audience du i3 mars, déposition de Guyon ; cf. aussi Le Constitutionnel, 18 mai. — D'autre part, Barbes écrivait à Louis Blanc en i858 (Lettre publiée dans La Contemporaine, mars 1901, p. i54) : « Pendant toute cette sciie de raisonnements, je n'ai pas plus songé à ce qui concernait l'individu (Blanqui) dont on me jette toujours le nom cnti'c les jambes, que s'il n'existait pas. Sans doute, s'il était venu à l'Hôtel de Ville, j'aurais déclaré que lui ou moi devions passer par la fenêtre, mais pendant le cours de la séance, il s'agissait, non pas de ce qui devait arriver de lui ou de moi, mais de ce qui devait ari'iver de la République, et c'est cela qui absorbait toutes mes pensées. »

3. Les textes de ces proclamations furent publiés par la Commission d'enquête, t. I", p. iiO. Le National, 17 mai, Le Constitutionnel, 17 et 19 mai, etc.

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Louis Blanc', Raspail, Pierre Leroux, Thoré, ces citoyens sont nommés membres du Gouvernement.

Le citoyen Caussidière est maintenu délégué de la République à la préfecture de police.

La garde nationale reçoit l'ordre de rentrer dans ses quartiers respectifs.

Dans la seconde proclamation, Barbes et Albert accordaient satisfaction aux vœux émis par le peuple :

Le Gouvernement provisoire, prenant en considération le vœu du peuple, déclare qu'il va immédiatement signifier aux Gouvernements russe et allemand, l'ordre de reconstituer la Pologne, et, faute de le faire, le Gouvernement de la République française leur déclarera immédiatement la guerre.

Au moment oîi Barbes et Albert signaient ces proclamations, un capitaine d'artillerie de la garde nationale entra et les arrêta -. « L'envahissement de rHôtel de Yillc n'avait pas duré une heure ^. »

Ainsi, tout est non seulement confusion et incohérence, mais paradoxe et contradiction dans cette journée. Celui qui l'avait le plus nettement déconseillée, qui avait repré.senté le plus longtemps la politique de conciliation et de modération, c'est celui-là, qui avait pris le commandement de l'insurrec lion et marché sur l'Hôtel de Ville ; tandis que le chef reconnu du parti de l'émeute, celui qui avait contribué au premier acte violent, l'envahissement de l'Assemblée, après avoir tenté de rétablir le calme, s'était finalement tenu à l'écart et dérobé dans un café.

La journée du i5 mai eut une importance décisive. Elle marqua la rupture définitive de la deuxième République et du

1. Le nom de Louis Blanc ne figure pas dans le texte publié par la Commission d'enquête.

2. Procès de Bourges, audience du ij mars, déposition de I^ichinat, audience du 16 mars, déposition de Vandenberghe, etc.

3. Garnier-Pagès, Hisl. de la Révol. de 18'iS, t. IX, p. 260. Cf. aussi La Presse, 16 mai.

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