‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 195 sur 246 · CHAPITRE QUATRIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME l

socialisme. La réaction triompha, les mesures de répression commencèrent : la liberté de réunion fut atteinte la première ; le i5 mai mit fin à la grande période des clubs.

Les socialistes s'étaient discrédités aux yeux de tous. Aussi le Gouvernement, l'Assemblée, les journaux modérés et réactionnaires, sans chercher à établir les responsabilités immédiates, trouvèrent l'occasion belle pour se débarrasser de la surveillance irritante, de la perpétuelle menace des clubs ; d'ailleurs leur raisonnement était fondé, Tagitation clubiste était bien la cause du i5 mai. L'arrestation des principaux clubistes. la fermeture des clubs, tel fut le résultat immédiat de la journée du i5. Étant donné le rôle joué par Barbes et Blanqui, ils étaient désignés pour être des premières victimes.

Barbes, on la vu, avait été arrête dès le i.j à l'Hôtel de Ville : l'autorisation de poursuivre fut votée le soir même.

Blanqui fut plus difficile à prendre ; il échappa pendant dix jours aux recherches de la police. On avait songé à l'arrêter même avant la manifestation. Dès le i4 mai, Carlier avait proposé de saisir Blanqui '. Le lendemain, à deux heures, Panisse, chef de la division de la police de sûreté générale au ministère de l'Intérieur, se rendit à la préfecture, muni d'un ordre d'arrestation signé par Arago et Garnier-Pagès et qui désignait, sans les nommer. Blanqui, Flotte et Lacambre -. Gaussidière prétendit que l'ordre était insuffisant et envoya Monnier. secrétaire général de la préfecture, au ministère de l'Intérieur pour demander des instructions plus précises ; mais au moment où Recurt allait lui donner l'ordre qu'il venait chercher, le ministère fut enN ahi et Monnier s'en retourna à la préfecture ^. Garnier-Pagès crut sans doute que ses ordres avaient été exécutés, car il annonça à l'Assemblée, le i6 mai, que

1. Commission d'enquête, t. I-, p. :i4.j, déposition de Carlier.

2. Procès de Bourges, audience du i6 mars, déposition de Panisse; Garnier-Pagès, op. cil., t. IX, p. i53 et 3S3 ; Gaussidière, Mémoires, t. II,

3. Procès de Bourges, audience du 23 mars, déposition de Monnier, confirmée par Recurt ; Gaussidière, op. cit., L II, p. 124 et 184.

l86 LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI

Blanqui avait été arrêté. Cette nouvelle, bientôt démentie, fut, pour les journaux réactionnaires', un prétexte pour dire que Blanqui avait été emprisonné, puis relâché par la préfecture de police. Blanqui démentit par deux lettres successives, adressées au Constitutionnel -, les informations répandues à son sujet. La vérité, travestie à plaisir par les organes de la réaction, dans le but de compromettre Caussidière, c'est que Blanqui avec son habileté ordinaire avait réussi à dépister la police. Ce n'est que le 26 mai qu'on parvint à mettre la main sur lui 3.

Flotte dont on avait annoncé l'arrestation au lendemain du i5 mai^ et qui échappa longtemps comme Blanqui à toutes les recherches ', Lacambre, Fomberteaux père, Pelvillain, De Flotte, Quentin, de la Société républicaine centrale, Sobrier, Longepied, Raisant, Bocquet, Pierre Leroux, du club de la Révolution, furent également arrêtés '^, bien que plusieurs d'entre eux n'eussent pas pris part à l'envahissement de l'Assemblée.

On fit des perquisitions chez Blanqui où rien d'important ne fut trouvé, mais ses adversaires surent les exploiter contre lui '. On se servit aussi pour le discréditer d'une lettre anonyme qui lui était adressée, et que la justice avait saisie; la

1. Constitulionnel, 17 et 18 mai, Droit, 18 mai, Presse, 19 mai, etc.

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