CHAPITRE PREMIER
PERSONNEL ET ORGANISATION DE LA SOCIETE REPUBLICAINE CENTRALE ET DU CLUB DE LA REVOLUTION ^
I. Blanqui. — H. Barbes. — IIL Les clubistes. — IV. Les locaux. — V. Nombre des séances. — VI. Organisation. — VIT. Aspect des séances.
Il est juste de mettre au premier rang les deux hommes qui ont eu le rôle prépondérant : Barbes et Blanqui.
Les contemporains les ont considérés comme les personnages les plus marquants de la réunion et ont appelé la Société républicaine centrale et le club de la Révolution, club Blanqui et club Barbes. En dépit de ses protestations 2, Blanqui était véritablement le chef dont la personnalité puissante dominait la Société républicaine centrale, l'inspirait, la dirigeait ; les membres du club reconnaissaient la supériorité de son intelligence et l'écoutaient presque comme des disciples écoutent un
1. Nous avons groupé dans ce chapitre toutes les indications qui concernent la composition des deux clubs, leur organisation et leur vie ; malheureusement, les renseignements sont insutïîsants ; et nous ne pouvons nous faire qu'une idée incomplète de l'aspect des séances.
2. « Un club n'est pas un régiment de chevau-légers de l'ancien régime. Ce pronom possessif ne me paraît pas de très bon goût. » (Blanqui, manuscrits, liasse I h'\ cahier 6. p. 57, mars 18A9.) Blanqui prétendit même que l'appellation avait été prise dans un sens défavorable et que seuls les ennemis du club l'employaient (cf. manuscrits, liasse I b^, caliier 3, et Procès de Bourges, audience du 10 mars).
2 LE> CLIBS DE BvRBES ET DE BLAXOII
maître ^ Barbes n'était point un chef politique dirigeant ses partisans; mais c'était un ami au milieu d'amis qui l'avaient choisi pour les présider parce qu'il était le plus sympathique à tous et que son nom. connu dans le parti, était le plus aimé et le plus estimé ; il ne dominait pas son club, mais il le symbolisait, il le repiésentait -.
Dans tous les cas. au club de la Révolution, comme à la Société républicaine centrale, c'étaient bien les noms réputés de Blanqui et de Barbes qui «attiraient le grand public. C'était la popularité, l'influence, les ambitions de ces deux hommes qui donnaient aux deux clubs toute leur importance.
Aussi, sans vouloir esquisser le portrait et encore moins la biographie de ces chefs populaires, est-il cependant indispensable de rappeler brièvement quels étaient à ce moment la situation politique, l'état d'esprit, les espérances de Barbes et de Blanqui. et d'essayer de dégager leur programme immédiat.
Blanqui 2, fils de conventionnel, était resté dans la tradition révolutionnaire. Depuis 1827, il avait pris part à toutes les manifestations et à toutes les émeutes. Son existence tient dans ces quelques mots : sociétés secrètes, insurrection, prison. Aussi avait-il acquis des mœurs de conspirateur qu'il devait garder sous la République*. La Révolution de Février le trouva
1. Blanqui lui-même le reconnaissait : c Le club ordinairement docile à ma voix », dit-il (Manuscrits, liasse VII, chemise 4, Procès de Bourges, défense, cahier i.p. i4j-
2. « Le club de la Révolution c'est Barbes. » fLucas, Clubs et chibisles, p. 223.;
3. Pour étudier les idées de Blanqui avant 18A8, cf. Blanqui, Défense devant la conr d'a.<sises, 1S3Q, Paris. iSSa, inS\ i5p. (Bibl. nat., Lb^', 1177); Propagande démocratique, [Signé : Blanqui et Hadot-Desages, Paris, i835], in-8°, 2 p. (Bibl. nat., Lb^S 4828): flritique sociale, Paris, i885, 2 vol. in-i8 (un article de ce recueil est antérieur à 18^8;.
'4. De La Hodde (Histoire des sociétés secrètes, p. 1921 a dit, non sans justesse : « Blanqui no paraît jamais avoir eu d'autre profession que celle de conspirateur. »