‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 218 sur 246 · Id · texte numérisé non relu

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A. Travail, n^ du 11 au i3 juin.

2o8 LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI

doit y entrer aussi. Y a-t-il connivence dans ces faits, je ne le pense pas ; mais ouvrons les yeux, citoyens, sur les menées souterraines qui se préparent... Le banquet, si on y persiste, pourra fort bien amener une catastrophe. » — « Il serait de la dernière impinidence de ne pas empêcher ce banquet, devant la terreur bourgeoise qui se révèle partout, dit le citoyen Baudin... Comme vous, nous aimons les fraternisations populaires, mais nous ne voulons pas mener nos frères à la boucherie. »

Comme toujours les modérés l'emportèrent, et le club de la Révolution décida de s'abstenir ^ Il fit plus. Des délégués des clubs de la Révolution, du Progrès social, des Socialistes, etc.... se rendirent dans les bureaux du Courrier français et l'invitèrent à prier tous les citoyens, et surtout les travailleurs aimant sincèrement la République, de renoncer au banquet 2.

Enfin le club de la Révolution semble avoir pris l'initiative d'une réunion qui se tint rue Albouy, pour aviser aux mesures à prendre à l'égard du banquet^. Dans cette réunion, qui eut lieu le 10 juin, les organisateurs du banquet repoussèrent tout ajournement et s'attachèrent à prouver l'impossibilité de provoquer des troubles au cours de la fête ; sous l'influence de leurs discours, l'assemblée se montrait favorable au banquet ; c'est alors qu'intervint le citoyen Hervé, délégué du club de la Révolution ; il réussit à faire partager à l'auditoire l'opinion de ce club et l'ajournement du banquet fut voté presque à l'unanimité *.

Le banquet n'eut pas lieu.

1. Constitutionnel, 8 juin. Cette décision semble avoir été déjà prise dans la séance du 6 juin dont nous ne possédons pas de compte rendu (cf. la déclaration de Laporte le 9, Travail, n° du 11 au i3 juin).

a. Courrier français, 9 juin.

3. Cf. le rapport de Baudin au club de la Révolution le i3 juin (Travail, n° du i4 au i6j. Selon La Vraie République (12 juin), ce serait la commission du banquet qui prit l'initiative de cette réunion. Mais dans cette commission même, il y avait, nous l'avons vu, des délégués du club de la Révolution (Cf. plus haut, p. 207).

4. Cf. au sujet de cette réunion, le rapport de Baudin au club de la Révolution, le iSjuin (Travail, n° du i4 au 16 juin), La République, 12 juin, La Vraie République, 12 juin, Le Père Duchêne, n° du i3 au i5 juin.

CH.^JITRE CINQUIEME 209

Le club de la Révolution témoigna du même désir de modération, de la même volonté d'éviter tout conflit, dans la question des attroupements.

Une loi contre les attroupements avait été votée le 7 juin. C'était une loi véritablement draconienne*, la première loi de réaction. Aussi la colère des socialistes fut-elle violente"-. Elle eut son écho au club de la Révolution.

Certains membres ayant dit qu'il fallait engager le peuple à éviter les attroupements, et l'un d'eux ayant proposé de faire des affiches spéciales dans ce but. De Flotte s'indigna : u Mais ce serait rendre le club solidaire de cette loi qui périra sous l'indignation de tous, dit-iP, de cette loi oii l'ignorance coudoie la folie, de cette loi qui s'attaque à la liberté de réunion et à la liberté de la presse, de cette loi qui attente à la souveraineté du peuple. La rue est au peuple, nul n'a le droit d'y voir. Depuis quand les valets * viennent-ils imposer des conditions aux maîtres ? J'en appelle au sentiment révolutionnaire et je dis : les représentants n'ont pas bien mérité de la patrie. »

« Le 24 février est-il déjà si loin pour qu'on veuille, pour qu'on ose limiter et déterminer l'exercice de nos droits ? dit le lendemain le citoyen Longepied^. Nous nous sommes

1. La loi interdisait les attroupements armés et les attroupements non armés qui troublaient la tranquillité publique ; la présence de plusieurs individus porteurs d'armes cachées ou d'un seul individu porteur d'armes apparentes suffisait pour que l'attroupement fût considéré comme armé. Des pénalités extrêmement rigoureuses étaient édictées.

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