CHAPITRE CINQUIÈME
Le club de la Révolution réorganisé se tourna vers la discussion des questions sociales, sans doute sous linfluence des proudhoniens, membres de la réunion. Mais l'exposé de plans d'organisation sociale était alors chose fréquente dans les réunions populaires et les discours prononcés au club de la Révolution se bornèrent à refléter les idées du jour sans aboutir à une conclusion, sans influer sur les faits ni sur l'opinion.
Le 19 ', on discuta la question des banques d'échange et des institutions de crédit : Tessié du Motay soutint que la Banque du Peuple ne détruisait pas l'exploitation de l'homme par l'homme, et Mathieu (de la Drôme) dit qu'avant d'établir des banques d'échange il fallait fournir à tous des instruments de travail, au moyen de banques de crédit établies par l'Ktat et prêtant aux associations ouvrières ; Langlois défendit le système de Proudhon : il répondit à Tessié du Motay que la Banque du Peuple ne prétendait pas détruire la concurrence, mais ses vices, et qu'elle abolirait l'intérêt prélevé par le capital sur le travail, à Mathieu (de la Drôme) que l'État était impuissant parce qu'il était obéré, qu'il faudrait un impôt, et que les opérations de la Banque du Peuple étaient plus simples. Le 22 -, Tessié du Motay préconisa l'établissement de bazars cantonaux qui détruiraient l'intermédiaire commercial, comme la Banque du Peuple détruit celui du capital ; Millière soutint que seule l'association intégrale supprimerait la concurrence, établirait la fraternité, l'égalité et partant la liberté; Mathieu (de la Drôme) déclara que du jour oii l'intérêt serait aboli, personne ne prêterait plus et le travail s'arrêterait , que d'ailleurs le prélèvement du capital sur le travail était moindre que ne le croyaient les socialistes, que ce qu'il fallait c'était supprimer les droits indirects, comme le demandait la Montagne, et. au moyen des fonds des caisses d'épargne, établir des banques hypothécaires qui réduiraient le taux de l'intérêt. Hervé s'éleva alors (( contre ces pro-
aussi de faire fusionner le Congrès et le Comité. (Cf. République, 4 décembre, procès-verbal de la réunion électorale de la Redoute, etc.)
I. Révof. déni, et sociale, 31 décembre ; Peuple, 23 décembre.
3. République, Révol. dém. et sociale et Peuple, a^ décembre.
23o LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQUI
messes loujouis faites, toujours renouvelées, jamais réalisées, de progrès lent, continu, pratique, sous les auspices de l'État » et promit de réfuter ces théories à la prochaine séance. Mais aucun propriétaire n'osant louer une salle au club, il ne put tenir de séance pendant une quinzaine de jours ^ ; il reçut alors l'hospitalité des ouvriers socialistes et s'installa le 5 janA^ier- dans la salle de la Fraternité, construite à leurs frais par les associations ouvrières. Le 9 3, il s'occupa de politique extérieure : le citoyen Gouache se plaignit de ce que les Affaires étrangères fussent dirigées par Drouyn de Lhuys comme sous le ministère Guizot, de ce que les souverains, épouvantés à la nouvelle de la Révolution, reprissent courage, ne redoutant plus l'intervention delà France, et de ce que la révolution romaine ne fût pas secourue ; Hervé réclama une politique nouvelle qui préparât l'émancipation générale de l'humanité, et déclara que les anciennes divisions des peuples fondées sur la conquête ne pouvaient être acceptées, qu'on devait marcher vers l'abolition des lois prohibitives et des barrières fiscales, empêcher l'oppression, établir la paix, et qu'il appartenait à la France de prendre l'initiative du désarmement général. Cette idée fut considérée à un point de vue pratique : Millière dit qu'il ne fallait pas désarmer tant qu'il y aurait des royautés intéressées à combattre les principes émancipateurs de la Piépublique ; le citoyen Genillier déclara que la France, en intervenant dans les querelles intérieures des nations, risquerait de rallier les peuples autour des despotes et que la meilleure propagande était d'améliorer la situation intérieure afin de montrer les avantages de la République et du socialisme ; toutefois, l'Italie étant opprimée par une nation étrangère, il fallait intervenir ; Hervé fit remarquer qu'il en était de même pour la Pologne. Ainsi, l'idée révolutionnaire de la propagande se combinait avec l'idée du désarmement, sans que la réu-