‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 24 sur 246 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Blaiiqui, ne demande-t-il pas une transformation immédiate. Tout en reconnaissant que l'état social est injuste et doit être modifié, c'est au sentiment de solidarité qu'il fait appel pour que le changement se fasse sans violence par un effort commun. M Pourrions-nous oublier, dit-il ' aux riches, que dans ce monde, comme sur le vaisseau en péril, il y a solidarité pour tous, et qu'il est insensé autant qu'absurde de contempler la tempête les bras croisés, en murmurant tout bas le cruel axiome : Chacun pour soi, Dieu pour tous ? » Aux pauvres, il demande de ne point douler de la justice éternelle et de la bonté de Dieu, parce que les hommes ont été égo'istes et sans pitié. En face de l'idée socialiste de l'antagonisme des classes, chère à Blanqui, Barbes représente ainsi la conception sentimcnlale de la conciliation.

Mais ce n'était pas uniquement l'opposition de leurs idées et de leurs tempéraments qui séparait Barbes et Blanqui ; liés d'abord d'amitié, les deux chefs étaient devenus des ennemis déterminés quand vint la Révolution. Leur haine semble dater de 1889. Barbes était alors dans le Midi, quand Blanqui le rappela pour l'émeute ; Barbes ne répondit pas au premier signal, et Blanqui le traita de lâche.

Cet incident ne fut sans doute que l'occasion de la rupture : la rivalité des deux chefs en était la cause véritable -.

Malgré cette hostilité et ces oppositions, un certain élat d'esprit engendré par les souffrances et la captivité était commun à Barbes et à Blanqui. Leur long emprisonnement les avait rendus comme étrangers à la vie. Barbes, le jour de sa

2. Au sujet des origines de la liaiiic de Barbes et de BlaïKjui. il cxisle un document curieux et passionné : une brochure de t'omberteaux, ami de Blanqui, et ancien membre de la Société républicaine centrale. Cette brochure, qui était une réponse aux accusations portées par Barbes dans la dernière audience du procès de Bourges, ne fut pas publiée. On en trouve quelques fragments, copiés sur les épreuves, dans les manuscrits de Blanqui (liasse I*, chemise 1, sous-chemise a, feuillet D, 11° i3, et liasse I'*, chemise 5, feuillet S, n" 55, et liasse Is chemise a, sous-chemise a, feuillets S bis et S 1er). Elle est datée de i849.

mise en liberté, eut un éblouissement et dut venir passer une nuit encore dans sa prison. Il faut tenir compte de la griserie que durent éprouver les condamnés politiques rendus à la liberté par la République pour comprendre l'exagération de certaines de leurs demandes, de certains de leurs sentiments ; il faut tenir compte aussi de la déception quils éprouvèrent en voyant cette République, qu'ils avaient achetée du dévouement de toute leur vie, les tenir à l'écart. A leur arrivée à Paris, Rarbès. Rlanqui et les autres condamnés politiques trouvèrent le Gouvernement constitué ; il leur restait le Gouvernement de la rue, la pression populaire. Leur passé de conspirateurs et d'émeutiers les préparait à cette action ; il n'y avait qu'une différence, c'est que. sous un régime de liberté, le club remplaçait la société secrète.

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