CHAPITRE PREMIER
Beuve. Leconlc de Lisle'. les économisles Audigaiine, ïoussenel et Vidal, le futur secrétaire de la Commission du Luxembourg, s'inscrivirent sur les registres du club-. Ménard fit également partie de la réunion^.
Parmi les membres quattirait ainsi lintelligence de Blanqui ou rintérêt des discussions, figuraient des hommes d'opinions politiques variées; selon Blanqui'*, « les registres qu'on a saisis au secrétariat prouvent qu'il y avait au moins la moitié des affiliés qui appartenaient soit à ce quon appelle la République honnête et modérée, soit à l'ancien parti conservateur, soit au parti légitimiste » ; et Garnier-Pagès 5, lui-même, dit que « le personnel des grands jours était un composé de tous les éléments. On y voyait, à côté de communistes et de montagnards, des conservateurs et des légitimistes qui n'étaient pas les moins assidus aux réunions. On en comptait même parmi les affiliés. »
Soit que les doctrines professées à la Société républicaine centrale leur aient semblé trop violentes et qu'ils aient craint de se compromettre, soit que le tumulte des séances les ait effravés, soit qu'ils ne vinssent que par crainte, pour faire parade de sentiments républicains, beaucoup de ces hommes ne restèrent pas fidèles au club de Blanqui et désertèrent la Société républicaine centrale, avant même que la publication du document Taschereau ne vînt discréditer son président^.
I. La lisle des membres du club (Courrier français, lo mars) ne porte, il est vrai, que le nom de « De Liste » ; mais, d'autre part, on sait que Leconte de Lisle était lié avec De Flotte, vice-président de la Société républicaine centrale, avec Ménard, membre du club, et qu'il fut délégué par le Club des clubs à Dinan (cf. Ph. Bertbelot, La Grande Encyclopédie, art. Leconte de Lislej.
3. Cf. les listes de membres de la Société républicaine centrale publiées par Le Courrier français (28 février et 10 mars).
3. Cf. Halévy, préface du Prologue d'une Révolulion, de L. Ménard. p. \.
'i. Procès de Bourges, audience du l'ô mars. — Cf. aussi Constitulionnel, 20 mai, lettre de Blanqui.
5. Hist. de la Révol. de 18US, t. IV, p. 88. — Cf. Procès de Bourges, audience du 28 mars, dépositions de M""' Guarin de Vitry et de Julian.
6. Grandmesnil (Bouton, La Patrie en danger, p. 55, Delvau. Hist. de la Révol. de Février, p. 3i i), l'un des fondateurs de La Réforme, l'ami de Caussidière quitta bientôt le club, et fonda la Société populaire du XP arron-
lO LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQLI
Le personnel véritable du club était plus obscur et composé surtout d'anciens membres des sociétés secrètes, recrutés non parmi les chefs du parti, mais dans l'armée insurrectionnelle des conspirations'; personnel mêlé, où. à côté de socialistes sincères, se trouvaient des « intrigants » qui croyaient utile de suivre Blanqui, et des personnages aux allures louches, agents provocateurs, escrocs-, des déclassés qui semblent n'être venus à l'action socialiste qu'à la suite d'échecs successifs, et désireux d'une revanche: personnel très mêlé aussi au point de vue des professions qui s'y trouvaient représentées : journalistes et hommes de lettres, bourgeois de toutes professions, fonctionnaires, médecins, avocats, enfin militants ouvriers.
Parmi les journalistes^, le groupe des rédacteurs du Courrier
dissemeni, destinée à rivaliser avec la Société républicaine centrale ( Bouton, Profils révolutionnaires, p. 38); Thoré, Raisant, Sobrier, Bonnias, et Hervé, qui avaient été membres du bureau de la Société réj)ublicaine centrale, Pilhes, Lamieussens, Landolphe, Maillard, Langlois, Daviol, Guiclienet, Lambert (Courrier français, 28 févrieret 10 mars ; Arch. nat., BB'^" Soi, pièces 3587 et 3588) abandonnèrent la Société républicaine centrale pour le club de la Révolution, dès l'ouverture de celui-ci (Commune de Paris, 24 et 27 mars, ] raie République, 29 mars, 6 avril, etc.). — Cf. aussi, au sujet de ces défections : Procès de Bourges, audience du 10 mars, déposition d'Allroff ; Lucas, Clubs el chibistes. p. 21O; Garnier-Pagès, Hist. de la Révol. de 1SU8, t. IV, p. 88 ; Ménard, Prologue d'une Révolution, p. 55 ; Stern, Hist. de la Révol. de ISU8, t. II, p. 128.
I . Aussi ne trouve-t-on guère de personnages officiels à la Société républicaine centrale. Si des membres du club. Crevât et Chanccl (Courrier français, 10 mars), furent nommés commissaires du Gouvernement, Bonnias et Pilhes n'étaient plus membres du club de Blanqui quand ils furent appelés aux mêmes fonctions, et cependant même alors Le Constitutionnel (24 mai) fit remarquer que la nomination, comme préfet du Gard, de Bonnias, (( un des orateurs du club Blanqui. avait excité une vive surprise ».
3. Tel Michclot (Courrier français, 10 mars;, ancien membre des sociétés secrètes, auteur d'écrits politicjues, président en 18^8 du club de la Sorbonnc qu'il ralliait à la Société républicaine centrale {Courrier français, 5 mars), et qui fut en avril arrêté pour des escroqueries commises antérieurement (Gazelle des Tribunaux, i3 avril: Droit, 18 avril).
3. Cette catégorie des journalistes est très difficile à distinguer en i848 ; dans leur enthousiasme pour la vie politique, tous les militants se croyaient le devoir d'exprimer leurs idées par la presse comme par les clubs ; et beaucoup semblent journalistes qui ne l'étaient pas en réalité, mais qui publièrent quelque article dans des journaux.