CHAPITRE PREMIER
l'opinion répandue au sujet du caractère des séances du club de Blanqui.
L'Assemblée nationale contribua à faire naître ces légendes; elle fit paraître une série dinformations * destinées à montrer la violence de ce club, et déclara notamment que Blanqui demandait le rétablissement delà guillotine. Le fait fut démenti par Blanqui et aucun des comptes rendus que nous possédons ne justifie cette accusation. Il semble d'ailleurs que Blanqui présidait avec modération et impartialité - ; les discussions du club étaient sérieuses ^. Mais rénergie avec laquelle la Société républicaine centrale poursuivait la réalisation de réformes sociales effrayait la bourgeoisie, et l'aspect des séances augmentait ses craintes. Elle voyait avec appréhension les Montagnards qui remplissaient au club l'office de gardes municipaux^, et tremblait lors des délibérations tumultueuses. Les orateurs de la Société républicaine centrale discutaient en effet avec violence, avec passion, ils se précipitaient et se heurtaient à la tribune, s'arrachaient la parole, s'interrompaient l'un l'autre ; les auditeurs mêmes se mêlaient à la discussion. « Cette partie de la séance a été remplie de murmures et de cris », dit un compte rendu ^ ; puis c'est une triple salve d'applaudissements qui interrompt les orateurs. Un autre jour '^, « une discussion très vive s'engage sur la candidature du citoyen Crémieux... Le nom du citoyen Garnier-Pagès soulève un
1. Numéros des ao et 28 avril (édit. du soir; et des i" et 3 mai.
2. Procès de Bourges, audience du i3 mars, déposition d'AItroff, audience du 23 mars, dépositions de M"' Guarin de Vitry et du témoin Julian. Le i5 mai, La Presse dit que Blanqui a été dépassé par ses adhérents.
3. Les comptes rendus des séances que nous possédons en font foi ; à ce sujet, d'ailleurs, une déposition faite au procès de Bourges est significative. Le président ayant demandé au témoin Julian s'il était simple curieux ou affilié au club, celui-ci répondit : « Voyant des préventions contre le club, je m'y suis rendu d'abord pendant quinze jours comme auditeur ; puis, voyant que mes préventions n'étaient pas fondées, j'ai pris une carte d'associé. » (Procès de Bourges, audience du 23 mars.;
4. Lucas, Clubs et clubistes, p. 2i5-2i6 ; Procès de Bourges, audience du i3 mars, déclaration de Blanqui en réponse à la déposition d'AItroff.