Déclaration du 26 février (Moniteur, 27 février
4. On a parfois cru que c'est le 26 que fut discutée par Blanqui et ses amis la question du drapeau rouge (notamment Lucas, Bouton, dans ses Profils rév., p. i35, et Garnier-Pagès;. Mais Blanqui, arrivé le 2^ à Paris {c(. sa Réponse à Taschereau), n'aurait pas attendu jusqu'au 26 et laissé ainsi s'apaiser l'exaltation révolutionnaire, avant de chercher à organiser rémeute; la proclamation affichée par lui en réponse au discours de Lamartine prouve d'ailleurs que c'est le 20 que Blanqui et ses amis songèrent à s'insurger contre le (louvernement au nom du drapeau rouge.
L'erreur provient de la confusion qui s'est établie entre deux réunions distinctes ; l'une, où Blanqui et ses amis discutèrent les chances de l'émeute, fut tenue le soir au Prado (cf. Bouton, La Patrie en danger, p. 4o, 53, 69 et 6i ; Delvau, op. cit., p. 3io et 32o; Lucas, op. cit., p. 308 et 212 ; F. Girard, op. cit., p. 108 ; Garnier-Pagès, op. cit., t. III, p. iio) ; l'autre, tenue à deux heures de l'après-midi dans la salle du Tivoli d'Iiiver, 45, rue de Grenelle Saint-Honoré (cf. Courrier français et Démocratie pacifique, 36 et 27 février), est la banale séance d'ouverture du club. La première, séance de conspiration et par là même secrète, ne fut connue que bien plus lard,
4a LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQLI
de Ville contre une multitude passionnée, Blanqui s'entretenait du côté du Palais-Royal avec quelques amis qui s'étaient spontanément réunis autour de lui *. Ils commentaient amèrement l'attitude du nouveau Gouvernement et exprimaient leurs rancunes et leurs colères.
Vers quatre heures, un ami arrive de l'Hôlel de Ville : c'est Vilcoq. Il a vu la foule irritée demander le drapeau rouge, il a entendu Lamartine lui opposer un refus formel, et par son discours éloquent réussira lui faire abandonner ses revendications. A cette nouvelle, Blanqui voit l'imminence du péril ; il faut agir, arracher le pouvoir aux hommes du National; l'inaction est impossible, après ce défi porté à la Révolution. A l'instant, il faut le relever. La réponse de Blanqui et de ses amisest un manifeste énergique. Elle fut affichée sur les murs de Paris et était ainsi conçue :
Au Gouvernement provisoire.
Les combattants républicains ont lu avec une douleur profonde la proclamation du GouAcrnement provisoire qui rétablit le coq gaulois et le drapeau tricolore.
Le drapeau tricolore, inauguré par Louis XVI, a été illustré par la première République et par l'Empire : il a été déshonoré par Louis- Philippe.
et c'est alors que difFérents auteurs la confondirent avec la séance d'ouverture du 26.
Il est certain que la conspiration du drapeau rouge n'est pas une légende inventée en i85o et en i85i pour discréditer les républicains ; car non seulement d'anciens agents de la police (Lucas, Bouton), mais aussi des amis de Blanqui (F. Girard. Delvau, dont le récit est fait aussi dans un esprit favorable à Blanqui; l'ont racontée. D'ailleurs la proclamation afïîchée par Blanqui en réponse au discours de Lamartine, et qui est le seul document contemporain que nous possédions au sujet de la participation de Blanqui à l'affaire du drapeau rouge, en même temps qu'elle permet de préciser avec certitude la date de la réunion du Prado, donne leur valeur aux récits postérieurs de cette séance.