‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 77 sur 246 · Courrier français, 2 mars ; République, 3 mars · texte numérisé non relu

Courrier français, 2 mars ; République, 3 mars

4. En votant cette mesure, la Société républicaine centrale toucha à la question du salaire des gardes nationaux. On proposa en etTet de donner aux ouvriers une indemnité pour chaque jour de service, et, après une vive discussion, l'assemblée décida qu'afîn de ne pas établir de catégories fâcheuses, une indemnité serait accordée à tous les gardes nationaux, le jour de leur service ; cette décision était conforme au principe démocratique de l'indemnité pour les charges civiques.

y voyait une garantie pour l'exécution des réformes sociales •. Un premier programme d'action s'établissait ainsi. La Société républicaine centrale réunit en une seule adresse toutes les résolutions votées. L'adresse "^ exprimait encore la confiance du club dans le Gouvernement :

...Nous avons le ferme espoir que le Gouvernement, sorti des barricades de 1848, ne voudra pas, à l'exemple de son devancier, remettre en place avec chaque pavé une loi de compression. Dans cette conviction, nous venons offrir au Gouvernement provisoire notre concours pour la sérieuse réalisation de la belle devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

Mais c'était un véritable ultimatum qui suivait ces déclarations cordiales :

1. C'est ce que semblent prouver les lignes suivantes; écrites en i85i, elles expriment une opinion que l'expérience de iS'iS avait sans doute fortifiée chez Blanqui : « Traîtres seraient les gouvernants qui, élevés sur le pavois populaire, ne foraient pas opérer à l'instant même : 1° le désarmement général de toutes les gardes boui'geoises ; 2° l'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers. Sans doute il est bien d'autres mesures indispensables ; mais elles sortiront naturellement de ce premier acte qvii est la garantie préalable, l'unique gage de sécurité pour le peuple. II ne doit pas rester un fusil aux mains de la bourgeoisie, hors de là point de salut... Les armes et l'organisation, voilà l'instrument décisif du progrès, le moyen sérieux d'en finir avec la misère. Qui a du fer a du pain I On se prosterne devant les baïonnettes, on balaye les cohues désarmées. La France hérissée de travailleurs en armes, c'est l'avènement du socialisme. Devant les prolétaires appuyés sur leurs fusils, obstacles, résistances, impossibilités, tout s'évanouira. Mais, pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de liberté, par des phrases sonores d'avocats, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille,... de la misère toujours.... Que le peuple choisisse ! » {Avis au peuple, 2^ février ISôl, Manuscrits, liasse I-S chemise 3, sous-chemise a, feuillet b.)

2. Arch. nat., BB'^" 3oi, pièce 3587 ; Manuscrits de Blanqui, liasse 1-S chemise 2, sous-chemise b, feuillet U, no 107 ; Réforme, 8 mars ; Murailles révolutionnaires, t. II, p. 106-107.

Cette adresse fut discutée dans la séance du i" mars (République, 3 mars, compte rendu de la séance tki 1"). Mais on ne saurait préciser la date à laquelle l'ensemble de l'adresse fut voté : le texte des manuscrits de Blanqui porte la date du 1 mars, celui des Arcliives la date du 6 mars. Sans doute la discussion fut-elle achevée le 2, l'adresse rédigée et volée le 6.

Nous demandons donc que le Gouvernement décrète immédiatement comme résultat de la victoire du peuple ^ :

r La liberté complète et illimitée de la presse ;

2" La suppression absolue et irrévocable des cautionnements, des droits de timbre et de poste ;

3" La liberté entière de circulation des œuvres de la pensée, par toutes les voies possibles, par raffichage, le colportage, les crieurs publics sans restriction ni entraves quelconques, sans nécessité d'autorisation préalable ;

/j" La liberté de l'industrie des imprimeurs et la suppression de tous les privilèges représentés par les brevets, toutefois avec remboursement de ces brevets^ ;

5" L'irresponsabilité absolue des imprimeurs pour tout écrit dont l'auteur est connu ;

6" La suppression de l'article 291 du Code pénal, de la loi du 9 avril 1834, et l'abrogation formelle de toutes les lois, ordonnances, décrets, arrêtés, édits ou règlements quelconques, antérieurs à la date du 2 5 février 1848, qui pourraient restreindre ou limiter ^ le droit naturel et absolu d'association et de réunion'^;

7" La déchéance de la magistrature debout et assise des trois derniers règnes ^ ;

8° L'armement et l'organisation immédiate en garde nationale de tous les ouvriers non établis et recevant salaire, sans aucune exception, avec indemnité pour chaque jour de service ^ ;

9" La suppression des articles du Code pénal et des lois'^ spéciales contre les coalitions d'ouvriers ;

10" La suppression de la loi sur les annonces judiciaires ^.

1. « décrète comme résultat de la victoire populaire » (texte des manuscrits de Blanqui).

2. « toutefois avec indemnité préalable » (texte des manuscrits).

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