‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 80 sur 246 · Moniteur, 8 mars · texte numérisé non relu

Moniteur, 8 mars

CIÎAPITUE DEUXIÈME 69

le droit (( naturel, absolu, imprescriptible » réclamé par la Société républicaine centrale, et cependant Blanqui ne prolesta pas. Sans doute jugeait-il utile d'insister surtout sur la seconde pétition qu'il avait à remettre au Gouvernement et qui avait pour objet l'ajournement des élections.

Le Gouvernement avait fixé les élections au 9 avril. Ce délai semblait trop court aux républicains avancés, qui croyaient nécessaire de faire d'abord l'éducation politique des nouveaux électeurs, surtout dans les campagnes, dominées jusque-là par les nobles et les prêtres. Ils voulaient donc ajourner les élections et prolonger ainsi la durée du Gouvernement institué par Paris seul.

Cette politique dictatoriale était celle dont se réclamait Blanqui •. Sans doute acceptait-il avec une certaine complaisance que la durée du Gouvernement provisoire fût prolongée, parce que, sous un tel Gouvernement, il était plus facile d'exercer une pression ou d'organiser un coup de main "-.

C'est de son club que partit la campagne d'ajournement"*.

Dès le 6 mars, la Société républicaine centrale votait une première pétition en faveur de l'ajournement des élections, dont la date n'avait été fixée que la veille. Cette pélition était ainsi conçue^ :

1. Comme on 1798, le parti avancé se trouvait donc favorable à la suprématie parisienne : « II [Paris] a toujours fait les révolutions et la province les contre-révolutions », dit Blanqui (manuscrits, liasse IX, chemise E, sept cahiers de fragments politiques, 1869 ; cf. aussi liasse Ml, chemise i, I" sous-chemise, sous-chemise ii" série), cahier G, p. 17. jugement porté par Blanqui, en i863, sur la Révolution de Févrierj.

2. Au contraire Toussenel, membre de la Société républicaine, disait, parlant d'un discours prononcé par lui au club des Républicains socialistes sur l*cijournement : « J'ai déclaré que les raisons en faveur de l'ajournement que j'avais entendu exposer par MM. Blanqui et Vidal m'avaient toujours paru très graves et très puissantes, et que, si je ne me ralliais pas à l'opinion de ces honorables citoyens, c'était parce que je ne pouvais me faire à l'idée de la prolongation indéfinie du provisoire. » {Voix des Clubs. 19 mars.)

■T. « Les premiers symptômes apparurent dans la Société républicaine centrale », dit Garnier-Pagès (op. cit., t. III, p. 336). « Le premier, et à peu près seul, j'avais soulevé la question de l'ajournement des élections » (^Blanqui, Réponse à Taschereau).

». Arch. nat., BB^o 3oi, pièce 3588: manuscrits de Blanqui, liasse I\ Les clubs de Barbes et de Blanqui. 6

6o LES CLUBS DE BARBES ET DE BLANQLI

Citoyens, l'élection immédiate de l'Assemblée nationale serait un danger pour la République.

Depuis cinquante ans, la contre-révolution parle seule à la France. La presse, bâillonnée par les lois fiscales, n'a pénétré que l'épiderme de la société ; l'éducation des masses n'a été faite que par l'enseignement oral*, qui a toujours appartenu et qui appartient encore aux ennemis de la République.

Les notabilités des factions vaincues, dans les campagnes principalement, frappent seules l'attention du peuple^; les honmies dévoués à la cause démocratique lui sont presque ^ inconnus. La liberté du sulfrage ne serait qu'apparente, toutes les influences hostiles conjurées fausseraient inévitablement les vœux du peuple*.

On peut dire que la nation, considérée comme une vaste assemblée, voterait dominée 5 par une opinion sans contradicteurs; cela n'est pas juste 6.

Quels sont les hommes qui demandent à grands cris la convocation immédiate des comices? Les ennemis ' de la République, ceux qui l'ont toujours combattue avec fureur 8, qui la subissent comme une nécessité douloureuse 9, et qui comptent sur l'excès de sa simplicité pour l'étouffer à son berceau.

Une immense comédie se joue devant la France. En serons-nous dupes, citoyens? Nos ennemis, désarmés de la violence, se replient sur

chemise 3, sous-chemise b, feuillet U, n" io8 ; Courrier français, la mars. L'adresse porte la date du G mars dans le texte des Arcliives, du - dans les manuscrits de Blanqui. Cette date du 7 se rapporte au jour où la pétition fut présentée au Gouvernement.

I. « l'éducation des masses a été faite par le seul enseignement oral » (texte des manuscrits).

3. « Les notabilités des partis vaincus attirent seules l'attention du peuple dans les campagnes surtout » (texte des manuscrits). « Les notabilités des factions vaincues frappent seules l'attention du peuple, dans les campagnes principalement » (texte du Courrier français).

3. « à peu près » ('textes des manuscrits et du Courrier français).

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