‹ Les clubs de Barbès et de Blanqui en 1848Chapitre 91 sur 246 · CHAPITRE DEUXIEME 7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME 7I

l-on le texte de Cabet? Parce que Blanqui réclamait un ajournement indéfini, tandis que Cabet ne demandait que l'ajournement des élections de la garde nationale jusqu'au 5 avril, celui des élections de l'Assemblée constituante jusqu'au 3i mai.

Blanqui défendit son projet. « J'insistais sur Tajournement indéfini, par impossibilité de préjuger la durée du délai nécessaire, dit-il un an plus tard ^ Voyant qu'on n'osait pas dépasser la limite du 3i mai, j'ai ajouté : c Deux mois ou rien (( c'est la même chose : on ne détruit pas, on n'entame pas K en deux mois l'ouvrage de cinquante ans. L'éducation du « pays s'est faite par nos ennemis ; il votera pour ses pré-

main ferme les rênes de l'État et coupe court aux hésitations, aux tiraillements qui compi'omettraient l'avenir de la République.

« Il réclame comme mesures d'urgence ; i" l'éloignement de la capitale des ti'oupcs soldées ; 2" l'ajournement des élections de la garde nationale et de l'Assemblée constituante. Paris, tète et cœur de la P'rance, ne doit être gardé que par la population elle-même, par la population tout entière.

« Or. par l'etTet de certains mauvais vouloirs, la majeure partie des ouvriers n'est pas inscrite encore sur les contrôles des légions, et ne prendrait aucune part au choix des ofTiciers. Cela n'est pas juste. Il n'est pas juste non plus que la représentation nationale soit élue sous l'influence à peu près exclusive des aristocraties liguées et des fonctionnaires de Louis- Philippe.

« C'est ce qui arrivera cependant si l'ajournement des élections ne permet pas au parti populaire de détruire les préjugés et les calomnies répandus contre lui par les factions rétrogrades qui se sont violemment arrogé, depuis cinquante ans, le monopole de l'enseignement politique des masses.

« Le vote de demain ne serait pas libre : il serait dicté par des prépondérances hostiles, dont le machiavélisme a de longue main façonné au joug la plus grande partie des populations.

« La présence d'une Assemblée réactionnaire, loin de rétablir la sécurité et la confiance, précipiterait la ruine du crédit et des transactions en déchaînant la guerre civile.

« Le peuple conjure son Gouvernement de prévenir ce malheur et de préparer, par une administration ferme et active, l'homogénéité républicaine de la future Assemblée nationale, homogénéité qui peut seule assurer à ses travaux des résultats bienfaisants.

« Il est prêt à soutenir le Gouvernement dans cette voie contre les tentatives et les machinations des partis royalistes. » (Manuscrits de Blanqui, liasse I^, chemise 2, sous-chemise b, feuillet V, n° iio.)

Ce qu'il faut retenir de celte pétition, c'est l'idée de l'homogénéité nécessaire, qui était la conséquence même des réformes l'adicalcs demandées par Blanqui.

I. Manuscrits de Blanqui, liasse VH, chemise h. Procès de Bourges, défense, cahier 2.

« cepteurs. Autant laisser faire tout de suite, n Mon a^is n"a pas prévalu. Dès ce moment la démonstration était sans objet à mes yeux, et je ne m'en serais jamais mêlé si j'avais pu prévoir cet avortement. »

Le rôle de Blanqui et de la Société républicaine a été interprété de diverses façons. Blanqui prétend avoir abandonné, dès le matin du 17, la partie, qui lui échappait: « J'ai suivi la députation à IHôtel de Ville, jai écouté ladresse, les discours, mais avec une parfaite indifférence. Refus ou consentement, il ne m'importait guère ; le but était manqué ; mes associés navaient pas même compris. Voilà ce qui explique mon attitude du 17 mars, qu'on a interprétée, suivant l'usage, par de noires arrière-pensées. C'était le silence de la résignation et du découragement... * »

D'autres virent dans la manifestation du 17 mars un complot destiné à éliminer la majorité modérée du Gouvernement. Lamartine- a accusé Blanqui suitoul d'en avoir été l'auteur. Garnier-Pagès 3 prétend que les partisans de Blanqui portaient des armes cachées, qu'ils se livrèrent à des violences contre des membres du Gouvernement et qu'ils rêvaient un coup de main. Louis Blanc semble désigner Blanqui et ses amis quand il dil^ qu'il vit dans le cortège des figures menaçantes d'hommes qui s'étaient joints au mouvement pour épurer le Gouvernement. Regnault^ croit que le dessein de Blanqui et de ses partisans était de renverser le Gouvernement. Tout en l'approuvant. Robin ^ montre dans la journée un complot dont Blanqui aurait été l'un des principaux promoteurs. Proudhon", sans accuser Blanqui personnellement, voit dans l'épuration du Gouvernement une conséquence nécessaire de l'ajournement.

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