CHAPITRE DEUXIEME
Malgré leur diversité et leur nombre, ces témoignages ne sont pas décisifs : ils ne prouvent pas que Blanqui ait conspiré le 17 mars: systématique, tel Proudhon, désireux de se disculper, tel Louis Blanc, ou de se faire valoir, tel Lamartine, la plupart des auteurs qui soutiennent la version d'un complot écrivent sous l'empire de préoccupations personnelles. En fait rien n'autorise à conclure à une conspiration. Si Le Moniteur^ dit que quelques délégués voulaient forcer le Gouvernement ù délibérer séance tenante et déclaraient n'avoir pas confiance dans tous les membres du pouvoir, il ne les nomme pas; et Lamartine, qui a accusé Blanqui d'avoir prononcé des paroles violentes-, déclara, au procès de Bourges-^ qu'autant qu'il s'en souvenait, Blanqui n'avait pas dit un mot. Interpellé à ce sujet par Blanqui, Ledru-Rollin répondit* : a J'avais d'abord cru me rappeler qu'il avait fait un discours ; mais je suis certain maintenant que le citoyen Blanqui est resté silencieux. »
Il est probable que les partisans de Blanqui n'imitèrent pas son silence. Sans doute prirent-ils une attitude hostile, et l'un d'eux aurait même dit, en s'en allant, à Louis Blanc : « Tu es donc un traître, toi aussi '^'' » C'est que les amis de Blanqui devaient être irrités en voyant le rôle secondaire joué par leur chef dans une manifestation dont il était l'un des premiers promoteurs ; de plus, il est probable qu'ils^ furent déçus en voyant Louis Blanc, qui avait d'abord été favorable au mouvement, soutenir le Gouvernement lorsque défila la colonne populaire ; sans doute Blanqui et ses amis avaient compté sur une autre attitude. Rien ne peut nous faire supposer qu'ils eussent conspiré avec Louis Blanc. Au contraire, les relations qu'entretenait Blanqui avec certains membres du Gouvernement, ainsi que nous le verrons plus loin, sont une raison