CHAPITRE
Introduction.
Position systématique des Coccidés.
L'ordre des Hémiptères ou Rhynchotes, si l’on considère la structure et la disposition des ailes, se laisse aisément diviser en deux sections : celle des Hétéroptères et celle des Homoptères.
Chez les Hétéroptères, les deux paires d'ailes se trouvent placées horizontalement au-dessus du corps, les postérieures étant recouvertes par les antérieures; celles-ci, coriaces dans leur moitié antérieure et transparentes dans le reste de leur étendue, sont assez souvent appelées hémi-élytres : c'est à ce caractère que l’ordre tout entier a dû son nom d'ordre des Hémiptères.
Chez les Homoptères, les ailes sont au contraire entièrement membraneuses et, à l’état de repos, se disposent obliquement par rapport au corps, à la façon d'un toit. El importe de remarquer dès maïntenant que, dans ce sous-ordre, il est un grand nombre d'Insectes chez lesquels les ailes font défaut ou du moins chez lesquels on voit la seconde paire d’ailes avorter plus ou moins, ou bien, l’un des deux sexes peut être ailé, l’autre demeurant aptère.
Westwood, auquel nous sommes redevables d'importantes publications’ concernant l’organisation des Insectes, a proposé de diviser le groupe des Homoptères comme le montre le tableau
ci-dessous, en ne considérant que les caractères fournis par le tarse, les antennes et les ailes; cette division ne porte point sur
les Homoptères dépourvus d'ailes et parasites, tels que les Pédiculides et les Mallophages.
Tarsé à ‘trois articles:. antennes petites, sétiformes ; ailes complètement réticulées.
Cicadidés or RSS PA PAL ou ere TT TEE I. TRIMÈRES. Tarse à deux articles ; antennes filiformes; ailes à peine réticu-
culées, ADhITES D, Re TE Ne PE SR EE IT. DiMÈRES. Tarse à un seul article; antennes formées de 6 à 25 articles ; ailes
non réticulées."Coctidés SU 2 7, Lee DE ER RREE III. MONOMÈRES.
En s’en tenant à la classification proposée par Westwood, on voit donc que les Coccidés constituent une famille bien définie du sous-ordre des Homoptères. On arrive encore au même résultat, en prenant, à l'exemple de Targioni-Tozzetti, pour base de la classification les caractères que résume ce tableau :
I. TÉTRAPTÈRES. — Mâle et femelle semblables, tétraptères ; femelle parfois aptère, polymorphe (Aphidés) ; métamorphoses complètes. Cicadidés, Fulgoridés, Cercopidés, Psyllidés, Aphidés.
II. DiprÈREs. — Mâle ailé, diptère, ordinairement pourvu de balanciers; femelle aptère, parfois gallicole. Coccidés, Cécidurgidés (1).
HOMOPTÈRES
Quelque critérium que l'on invoque, on se trouve donc amené à considérer les Coccidés comme formant une section bien nette des Rhynchotes Homoptères.
La famille ainsi définie se compose d'Insectes ordinairement de très petite taille, mais qui n'en sont pas moins au nombre des plus intéressants. Ils méritent déjà d'attirer l'attention du naturaliste à cause de leurs mœurs, à cause de leur curieux mode de reproduction,’surtout à cause de la différence d'organisation que l’on observe entre le mâle et la femelle d’une même espèce.
Malgré tout l'intérêt qui s'attache aux divers points de vue que nous venons de rappeler rapidement, ce n’est point d'eux qu'il doit s'agir ici: dans le chapitre suivant, nous en dirons, il est
(1) Les Cecidurgidæ sont des Insectes de la Nouvelle-Hollande décrits par Schrader et considérés par cet auteur comme constituant, dans le groupe des Homoptères monomères, une famille parallèle à celle des Coccidæ. Ces curieux Insectes, dont on ne connaît jusqu’à présent que trois genres {/Brachyscelis, Opisthocelis et Ascelis), se distinguent nettement des Coccidés en ce que les deux sexes qui vivent en parasites sur les arbres, notamment sur les Eucalyptus, sont gallicoles. Le D' Signoret ne croil pas devoir séparer les Cécidurgidés des Coccidés et en fait simplement, sous le nom de Brachyscélines, une division de sa grande famille des Coccidés.
vrai, quelques mots, mais brièvement, et en ayant soin de ne rappeler que les faits qu’il est indispensable de connaître avant d'aborder le fond même de notre sujet.
Les Coccidés méritent encore d’être étudiés à un autre é$ard : parmi eux, on rencontre des espèces précieuses, qui nous donnent des produits dont l’industrie et la médecine tirent le plus grand parti. Ne sont-ce point des Cochenilles qui nous donnent le carmin, la laque, le kermès, certaines sortes de cire, etc.?
C'est uniquement de ces espèces utiles que nous devons nous occuper : nous aborderons leur histoire en suivant l’ordre zoologique tel que l’ont établi récemment les belles et consciencieuses recherches de M. le D' V. Signoret. Nous devons des remerciements à cet aimable savant et à notre ami M.J. Künckel d'Herculais, président de la Société zoologique de France, pour la libéralité avec laquelle ils ont mis leur bibliothèque privée à notre disposition : il est un grand nombre d'ouvrages, notamment des publications périodiques italiennes et américaines, que, sans eux, nous n’eussions pu consulter, nos bibliothèques publiques ne les possédant point.