‹ Les coccidés utilesChapitre 9 sur 21 · C. cereus Walker, Julien · texte numérisé non relu

C. cereus Walker, Julien

Ericerus ceriferus Guérin-Méneville.

Pe-là cerifera Targioni-Tozzetti. Ericerus pe-la Künckel d'Herculais.

L'importante espèce dont il s’agit ici se caractérise par un ensemble de particularités qui ne permettent de la confondre avec aucune autre forme.

Westwood a décrit et figuré avec soin cette espèce ; il a notam-

ment bien indiqué les caractères de la larve. La femelle adulte (fig. 7) est sphérique, globuleuse et présente

Fig. 7.

Ericerus pe-la femelle, d'après Signoret.

à sa face inférieure une large échancrure au moyen de laquelle

son corps se moule sur la branche.

Le mâle (fig. 8) est remarquable par sa grande laille. Il esl

Fig. 8.

Ericerus pe-la mâle, d’après Signoret.

rouge fauve ; il présente six ocelles et quatre yeux à facettes, des antennes et des pattes très longues et pubescentes, des ailes transparentes et très allongées, des balanciers pourvus de deux soies à l'extrémité. L’abdomen, aussi long que le thorax, est moins large que lui; son dernier segment porte de chaque côté deux longs poils qu'agglutine une substance sécrétée par les filières.

L’£ricerus pe-la est au nombre des Cochenilles cirières, mais il présente ceci de remarquable, que les femelles restent libres, tandis que le soin de fabriquer la cire est dévolu aux mâles. Ceuxci forment le long et autour des branches de certains arbres des agglomérations considérables.

Les vieux auteurs chinois, cités par Stan. Julien, nous ont laissé d’intéressants détails relativement à la culture du La-tchong ou Insecte à cire. Cette industrie, suivant Siu-Kouang-Ki {1}, daterait de la dynastie des Youen ou Empereurs mongols, c’està-dire du milieu du xni° siècle :

« Avant les dynasties des Thang et des Song (2), la cire blanche dont on se servait pour faire les bougies était produite par les Abeilles. La cire blanche produite par les Insecies appelés La-tchong n'a commencé à être connue que depuis la dynastie des Youen. Maintenant, elle est devenue d’un usage général ; on en récolte dans les provinces de Ssé-tchouen, du Hou-kouang, du Yun-nan et du Fo-kien, ainsi que dans les districts situés au sudest des monts Meïling, etc. Mais la cire d'arbre du Ssé-tchouen et du Yun-nan est la plus estimée.

» L'arbre Niu-tching donne de la cire blanche. C'est un fait qui ne se trouve consigné dans aucun ouvrage historique antérieur à la dynastie actuelle. Maintenant cette cire abonde dans les provinces de l’est et du sud de la Chine. Précédemment, J'avais conçu des doutes à ce sujet. Je ne pouvais croire que cette cire n’eût pas été connue des anciens, et je supposais que leur silence tenait uniquement à ce qu'ils n'avaient pas eu le temps de faire une excursion lointaine pour le vérifier eux-mêmes. Mais j'ai vu des habitants de l'arrondissement de Wou-tcheou qui m'ont appris que c'était seulement depuis vingt ans qu'ils élevaient des

(1) Siu-Kouang-Ki, Nong-tching-tsiouen-chou (Traité complet d'agriculture en 60 livres). Cet auteur vivait sous les Ming, au commencement du xvu° siècle. (2) Du vit au xu° siècle.

Insectes à cire. Dans l'arrondissement de Ou-hing, les cultivateurs me racontèrent que cet usage ne datait que d’une dizaine d’'années. Dans mon pays même, on ne le connaissait pas non plus avant les cinq années qui viennent de s’écouler. Dans l’année Keng-siu (1). j'ai commencé à planter une centaine de pieds de Niu-tching, et j'ai obtenu de la cire en suivant la méthode usitée aujourd'hui. Dans le village que j'habite, on voit aussi beaucoup de La-tchong qui naissent d'eux-mêmes. La moitié des Insectes qu’on place ici sur les arbres est prise dans l'arrondissement de Ou-hing, l’autre moitié se compose d’Insectes indigènes. Les gens du pays assurent que ces derniers sont préférables. Il résulte de ce qui précède que ce produit était inconnu des anciens. J’aurais eu le droit de rejeter un fait aussi extraordinaire si je ne l'avais pas vérifié de mes propres yeux. »

Cette importante citation fixe donc d’une façon certaine la date à laquelle les Chinois ont commencé de cultiver l’£ricerus. Nous pouvons donner encore d’autres extraits qui nous feront bien connaitre les mœurs de l'Insecte. Par exemple, l'auteur du Pentsao-kang-mou s'exprime en ces termes :

« Les Insectes à cire sont d’abord gros comme des lentes. Après l'époque appelée mang-tchong (2), ils grimpent aux branches de l'arbre, se nourrissent de son suc et laissent échapper une sorte de salive. Cette liqueur s'attache aux branches, et se change en une graisse blanche qui se condense et forme la cire d'arbres. Elle a l'apparence du givre. Après l’époque appelée tchou-chou (3), on l’enlève en râclant, et on l'appelle alors Latcha (4). |

» Après l’époque appelée pe-lou (5), cette cire se trouve agglutinée si fortement à l'arbre qu'il serait fort difficile de l’enlever. On fait fondre cette matière, et on la purifie en la passant dans une sorte de filtre en étoffe. Quelques personnes la liquéfient à la vapeur et la font découler dans un vase. Lorsqu'elle est figée et réunie en masse, elle forme ce qu’on appelle la cire d’arbre.

» Quand ces Insectes viennent de naître, ils sont de couleur

1) En 1610.

2) Après le 5 juin.

3) Après le 23 août,

1) C'est-à-dire sédiment de cire.

( ( ( ( () Après le 7 septembre.

blanche. Lorsqu'ils ont produit de la cire et qu'ils ont atteint leur vieillesse, leur couleur est rouge et noire. Ils se rapprochent entre eux et s’attachent par paquets aux branches des arbres. Dans le commencement, ils sont gros comme des grains de millet et de riz, dès que le printemps est venu, ils croissent peu à peu et deviennent gros comme des œufs de poule (1). Ils sont de couleur violette et rouge. Ils se tiennent par grappes et enveloppent les branches ; on dirait que ce sont les fruits de l’arbre.

» Lorsque cet Insecte est sur le point de pondre, il se forme une maison qui ressemble aux loges des Mantes qu'on voit sur les Mûriers. Cette coque s'appelle communément La-tchong (2) ou La-tseu (3). L'intérieur est rempli d'œufs blancs qui ressemblent à de petites lentes. On les trouve réunis par paquets qui en renferment plusieurs centaines. A l’époque appelée li-hia (4), on recueille ces œufs, on les enveloppe dans des feuilles de Gingembre et on les suspend à différentes distances aux branches de l’arbre à cire.

« Après l’époque appelée mang-tchong (5), les œufs éclosent et les enveloppes s'ouvrent. Les Insectes à cire sortent en rampant et se cachent d'abord sous les feuilles ; ensuite ils grimpent aux branches, s’y installent et travaillent à la cire. Il faut nettoyer avec soin la terre qui se trouve au-dessous de l'arbre, et empêcher que les Fourmis ne mangent les œufs des Insectes à cire. »

L'auteur du Pen-tsao-khang-mou nous faisait connaître déjà la facon dont on extrait la cire. L'écrivain auquel est dà le livre intitulé Song-chi-tsa-pou décrit la même méthode, avec un peu plus de détails :

« Lorsqu'on à recueilli la cire, on la fait d’abord sécher au soleil. Puis on couvre avec une toile l'ouverture d’un vase de terre, et l’on dépose la cire sur cette toile. Ensuite on place ce vase dans un chaudron de métal rempli d’eau bouillante. Bientôt la cire se fond et tombe dans le vase de terre. Elle se condense, se durcit et offre une parfaite blancheur. Dès ce moment, elle est propre à faire des bougies. Quant aux parties les plus grossières,

(1) Il est probable que l'écrivain chinois a pris pour l’Insecte lui-méme la boule de cire agglomérée autour de lui.

(2 Cire-graine.

(3) Cire-fils.

(4) Le 6 mai.

(5) Après le 5 juin,

on les met dans un sac de soie que l’on jette dans l'huile bouillante. La cire pure se fond entièrement et se combine avec l'huile. On peut l'employer immédiatement à fabriquer des bougies. »

L'auteur du Pen-tsao-louïi-pien signale encore le même mode d'extraction et ajoute que la cire, lorsqu'on vient à la briser, présente des veines brillantes et diaphanes comme la stéatite.

Ces procédés anciens se sont conservés jusqu’à l'heure actuelle et ceux que décrit Macgowan leur sont tout à fait identiques ; suivant cet auteur, le véritable nom chinois de l’Æricerus serait Chung-pih-la, c'est-à-dire Insecte-blanche-cire.

L'Ericerus pe-la vit indifféremment sur un assez grand nombre d'arbres, à savoir :

1° Le Niu-tching qui, suivant Ad. Brongniart, ne serait autre que le Rhus succedanus. Get arbre prend encore les noms de Zchingmou et de La-chou. Dans le pays de Chou, on élève peu d’Insectes sur cet arbre.

2° Le Tong-tsin (Ligustrum glabrum, d'après A. Rémusat). Dès qu'il est dans toute sa force, on y place les Insectes dans le cinquième mois (juin). Dans le septième mois (août), on récolte déjà la cire. Il faut avoir soin, dit l’auteur du Song-chi-tsa-pou, de ne la point recueillir entièrement; si on en laisse une certaine quantité, on verra, dans le quatrième mois de l'année suivante, sortir de nouveaux Insectes. Quand on a élevé des Insectes pendant trois ans sur le même arbre, il convient de le laisser reposer pendant trois ans.

Le Chouï-tong-tsin est une variété, ou tout au moins une espèce peu différente de l’arbre précédent ; il est très avantageux pour l'élevage des Insectes. Dans les pays de Pa et de Chou, qui dépendent de la province de Sse-tchouen, après une première éducation, on coupe l'arbre près du collet, et l’on y applique de nouveau les Insectes lorsqu'il a poussé des jets vigoureux. Lorsqu'un arbre à nourri ces Insectes pendant une année, on le laisse reposer l’année suivante. Pour recueillir la cire, il est nécessaire de couper toutes les branches.

3° Le Chouï-kin, qui serait,selon A. Rémusat, l’ÆZibiscus syriacus.

49 Le Tcha-la (1). On le cultive surtout dans le pays de Chou. Dès

(G) I est possible que les arbres dont la synonymie n’a point été établie et que

LES COCCIDÉS UTILES 39 qu'il a un an, on peut y placer les Insectes à cire. Au bout de trois ou quatre ans, dit le Cheou-chi-thong-khao (Examen général d'agriculture, en 78 livres), son tronc est gros comme une tasse à mettre du vin, mais bientôt il dépérit et l’on ne peut ainsi en obtenir de la cire que pendant fort peu de temps. Il pousse rapidement, même lorsqu'on y applique des Insectes, mais il a de la peine à devenir un gros arbre.

> Le Æan-la-chu, arbre à cire des lieux secs. Il se propage aisément ; on peut en tapisser les murailles jusqu’à la hauteur de dix pieds; il supporte également bien le froid et le chaud, et réussit sans culture, même dans le sol le plus ingrat.

6° Le Chouï-la-chu, arbre à cire des lieux humides, espèce plus grande et plus belle que la précédente.

7° Le Ligustrum lucidum, d'après Macgowan et Cooper.

8° Le Celastrus ceriferus, selon Brehm et Künckel d'Herculais.

90 Enfin le Fraxinus sinensis, d'après Champion.

Comme nous l'avons dit déjà maintes fois, c’est surtout dans la province de Sse-tchouen qu'est prospère la culture du Pe-la. Elle a engendré de curieuses coutumes sur lesquelles Cooper donne les détails les plus circonstanciés et qu'Elisée Reclus{1) décrit en ces: termes : :

« Une des plus curieuses industries agricoles de la province est celle de la cire végétale ou pei-la, qui ne peut se faire que par la division du travail entre les habitants de deux districts éloignés. L’Insecte (Coccus pela) qui élabore la cire naît et se développe sur les feuilles du ZLigustrum lucidum, dans le pays de Kientchang, près de Ningyuen. A la fin d'avril les cultivateurs recueillent avec soin les œufs de cet Insecte et se rendent à Kiating-fou, à quatorze journées de marche, de l'autre côté d’une chaîne de montagne. La route est très pénible, et c’est la nuit qu'il faut la parcourir pour que les œufs ne souffrent pas de la chaleur : de loin, toutes les lumières qu'on aperçoit sur Le chemin sinueux des monts produisent un effet très pittoresque. Par une exception unique en Chine, les portes de Kiating-fou restent constamment ouvertes pendant la saison de la récolte des œufs.

nous ne désignons que par le nom chinois (n° 4, 5 et 6) soient les mêmes que ceux dont nous ne donnons au contraire que le nom latin (n° 7, 8 et 9). (L\ Élisée Reclus, Nouvelle géographie universelle. Paris, 1882, VIT, p. 41,

C’est après le transport que commence l'opération délicate; il faut détacher les œufs de la branche sur laquelle on les a portés et les placer sur un arbre d'espèce différente, le Fraxinus sinensis, où les Insectes naissent et sécrètent la cire blanche si appréciée des Chinois. Il faut attribuer sans doute à une maladie la propriété qu'ont les Insectes de produire beaucoup de cire, précisément sur des plantes qui ne leur fournissent pas la nourriture naturelle. D'après les auteurs chinois, l’Insecte à cire prospère sur trois ou quatre différentes espèces d'arbres. La valeur totale de la récolte dans le Se-Tchouen est évaluée par Richthofen à 14 millions de francs. La propriété des arbres à cire est très divisée ; généralement ils appartiennent à d'autres paysans que le sol qui s'étend à Jeur ombre. »

Pour achever l’histoire déjà longue de la. cire de l'Zricerus pe-la, il nous reste à dire quelques mots des propriétés de cette substance, de son importance commerciale et de ses usages. |

Et d’abord, cette cire est-elle sécrétée par l'Insecte, ou bien estelle une exsudation des tiges piquées par celui-ci?

Les Chinois se rangent à la première opinion: ils admettent que la cire est soit la salive, soit l’excrément de l’Æricerus. Eug. Simon, Cooper et la plupart des auteurs se rattachent à cette manière de voir, en ce sens qu'ils regardent la cire comme une substance sécrétée par l'Insecte. Toutefois, des autorités recommandables disent expressément que c’est là une erreur et que l'Insecte luimême est changé en cire : il subiraïit une sorte de dégénérescence cireuse, son corps entier étant imprégné de cire comme celui du Coccus cacti l’est de carmin. Cette manière de voir ne mérite pas qu'on s’y arrête: il nous suffira, pour la détruire, de lui opposer les observations de Signoret qui, en dissolvant, la masse cireuse a retrouvé intact et normal l’Insecte qu’elle emprisonnait. Du reste, s’il était besoin de démonstrations nouvelles, nous pourrions ajouter que Silliman, se basant sur ce fait, que les propriétés physiques et chimiques de cette cire sont assez analogues à celles de la cire d’Abeille, a été amené à conclure qu’elle était bien un produit normal d’excrétion de l’£ricerus.

La composition et les propriétés de la cire du Pe-la ont été l’objet d’études délicates de la part d’un cértain nombre d’observateurs, notamment de Benjamin Collins Brodie, de Lewy, de Hanbury, de Silliman.

Elle est parfaitement blanche, translucide, brillante, inodore, insipide, non onctueuse au toucher. Broyée entre les dents, elle se réduit en poussière sèche, non adhérente ; elle est plus dure que la cire d’Abeille et est douée d’une structure fibreuse assez analogue à celle du feldspath fibreux. Elle est insoluble dans l'eau, mais se dissout dans les huiles essentielles ; elle est à peine attaquée par l'alcool bouillant, les acides ou les alcalis.

Son point de fusion est encore en discussion : les uns l’ont trouvé égal à 84° C, les autres à 640, 48 et 38.

Cette substance est un composé défini : c’est un éther cérotique ou éther de l’alcoo!l cérylique, connu en chimie sous le nom de cérotate de céryle, C“:H1°0?, On la purifie en la faisant cristalliser dans un mélange d'alcool et de naphte; le produit doit être épuisé par l'éther, puis lavé à l’eau bouillante et finalement cristallisé dans l'alcool absolu. ,

Le cérotate de céryle ne se saponifie pas complètement par la potasse bouillante, mais se décompose en entier quand il est fondu avec cet alcali, cédant du cérotate de potassium et de l’hydrate de céryle. Si enfin on le soumet à la distillation sèche, il se dédouble en acide cérotique et en cérotène

Cérotate de céryle Acide cérotique Cérotène.

Telles sont les propriétés de la cire de l’£ricerus. La Chine produit annuellement d'énormes quantités de cetie substance et nous commençons à l’importer. Au temps où écrivait Macgowan, c’est-à-dire en 1850, elle coûtait de 1 fr. 50 à 1 fr. 75 la livre.

Eug. Simon, qui a fait un long séjour en Chine, en qualité de consul de France, et qui nous a laissé d'intéressantes études sur l'agriculture du Céleste-Empire, rapporte que, vers 1863, elle valait de 200 à 250 fr. les 60 kilogrammes ; un peu plus tard, elle se vendait de 149 à 150 fr. dans les centres mêmes de production, dans le Sse-tchouen, le Ho-nan et le Chan-si; mais la valeur en doublait presque à Shang-haï, en raison des transports.

Cette substance atteint donc un prix fort élevé : aussi les bougies, à la fabrication desquelles on l’emploie presque exclusivement, coûteraient-elles fort cher, si on n'avait imaginé de parer à cet inconvénient en mélangeant au pe-la une plus ou moins grande quantité de graisse animale, selon la valeur que doit obtenir le produit. Ces bougies, au dire de Champion, se font toutes au trempé, en suspendant les mèches à des cadres de bois,

qui permettent de plonger la bougie dans le bain de cire, jusqu’à ce qu'elle ait obtenu la grosseur voulue. On rencontre aussi dans le commerce, surtout à Pékin, des bougies entièrement formées de cire de Pe-la, qui portent à leur surface toutes sortes de dessins et qu'on obtient au moyen du moulage; ces bougies chinoises de luxe atteignent parfois le prix élevé de 100 à 130 sapèques, soit 50 à 65 centimes.

La cire de l’Æricerus pe-la est employée en Chine à des usages médicaux; nous n’avons guère trouvé dans les auteurs d’indications spéciales relatives à son mode d'emploi; elle sert, comme chez nous la cire d’Abeille, à la préparation du cérat et de certains composés emplastiques et est utilisée aussi dans la confection

d'appareils de contention pour les fractures.

SOUS-CHAPITRE TITI Les Carteria

Le genre Carteria, créé par Signoret pour l’Insecte qui produit la laque, ne renfermait primitivement que le Coccus lacca des auteurs, devenu le Carteria lacca de Signoret; nous aurons à étudier longuement cette importante Cochenille.

Tout récemment, Comstock et Riley ont signalé dans l’Amérique du Nord deux autres Carteria dont le corps se recouvre également d’une abondante excrétion de laque : ces deux espèces nouvelles ne sont point encore cultivées et exploitées comme l’est le Carteria lacca, mais il est aisé de prévoir que, sachant quels bénéfices rapporterait leur culture, les Américains ne tarderont point à s’y livrer avec ardeur. C’est à ce titre que nous avons cru devoir parler du Carteria larreæ et du C. mexicanc.

CARTERIA LACCA Signoret.

SYNONYMIE : Coccus lacca Kerr.

C, ficus Fabricius, Gmelin, Olivier.

Chermes lacca Roxburgh.

Coccus lacca Auct.

Carteria lacca Künckel d'Herculais.

La laque est connue en Europe depuis de longs siècles ;

peut-être même était-elle connue des anciens, car il y a quelques raisons de croire que c'est à elle que Dioscoride appliquait le nom de cancamum. On à cru pendant longtemps qu'elle se trouvait dans le lit des grands fleuves; Clusius (1) émit au contraire l'opinion qu'elle était produite par de grosses Fourmis de l'Inde. Plus tard, on pensa que c'était une simple exsudation végétale.

En 1710, le P. Tachard, dans un mémoire envoyé de Pondichéry a de la Hire et communiqué par celui-ci à l'Académie des sciences, attribua sa production à des sortes de « petites Fourmis rousses qu'il avait observées sur le végétal. » Ces Fourmis apporteraient cette matière sur le végétal après l'avoir recueillie ailleurs, comme les Abeilles font du miel; elles la prépareraient ensuite et la travailleraient pendant huit mois de l’année pour leur usage particulier, qui est la protection et la conservation de leurs petits.

Geoffroy adopte pleinement la manière de voir du P. Tachard; il ne prétend point détruire pourtant l'opinion de ceux qui pensent que la laque découle des feuilles de certains arbres. Il croit que les dépôts de laque qui se voient sur les branches constituent une sorte de ruche analogue à celle des Abeilles : il décrit les alvéoles et leurs cloisons ; il s'étend avec complaisance sur la comparaison de l’Abeille avec l'animal de la laque. Il trouve à ce dernier une certaine ressemblance avec la Cochenille à carmin : un pas de plus et celte ressemblance devenait une parenté véritable ! |

En 1781, James Kerr observe, lui aussi, l’Insecte de la laque. 11 le rencontra sur le Ficus religiosa et reconnut qu’il présentait une complète analogie d'organisation avec l’Insecte du Kermès; il lui donna le nom de Coccus lacca et laissa une monographie détaillée de la femelle; le mâle lui était inconnu.

R. Saunders, en 1789, observe le C. lacca au Bengale, sur un arbre appelé Bicher par les indigènes et appartenant au genre Rhamnus. La laque, dit-il. se récolte deux fois par an, en février et en août : c’est un excrément de l'Insecte, mais qui ne serait en rien comparable à la cire ou au miel des Abeilles ou à la soie des Vers à soie. L’œuf de l’Insecte est parfaitement rouge; quant à l’Insecte lui-même, il ne l’a point vu.

Deux ans plus tard, en 1791, W. Roxburgh écrivait de Samulcotta (Hindoustan) qu'il avait trouvé l'Insecte de la laque sur

(1) Clusius, Aromat. hist., p. 158 et 258. Cet auteur donue, à la page 159, une figure de la laque en bâtons qui, à notre connaissance, est la première en date.

le Mimosa cinerea Lin., le M. glauca Kœnig et le Conda corinda. Suivant lui, le mâle aurait quatre ailes membraneuses, plus longues que l’abdomen, incombantes, les antérieures étant deux fois plus longues que les postérieures; la femelle serait aptère. La gomme laque est exsudée par l'animal, mais en outre une matière colorante particulière se trouve dans l’intérieur de son corps, sous forme d’un liquide rouge.

Ces divers auteurs ne nous avaient donné sur l’Insecte de la laque que des renseignements bien vagues et bien peu précis. Carter nous fait connaître au contraire des faits positifs, qui jettent une vive lumière sur l'histoire de ce petit Hémiptère.

Le 25 juin 1860, Carter observe à Bombay, sur un Anona squamosa du jardin de l'Hôtel des Monnaies, un nombre considérable d'incrustations dues à l’Insecte de la laque. Chacune de ces incrustations présente à sa surface trois orifices disposés en triangle (fig. 9), deux petits, », juxtaposés et un plus grand, a,

Incrustation de la femelle, d'apres Carter. Trentième semaine. &, touffe anale de filaments, faisant saillie par l’orifice anal; b, b, touftes de filaments thoraciques.

occupant le sommet du triangle. Chacun de ces orifices livre passage à un faisceau de filaments frisés, assez analogues à des poils. La base de ces incrustations est sensiblement circulaire et présente douze saillies ou denticulations disposées symétriquement, six de chaque côté.

Si on traite l’incrustation par l'alcool, la laque se dissout et met à nu un Insecte qui, au lieu de se mettre à plat sur la branche, comme le font habituellement les Doccidés, s’est au contraire disposé perpendiculairement à l'axe de la branche : la figure 40

Fig. 10.

Section transversale d’une branche chargée de laque. a, coupe de la branche. La ligne b indique les contours de la laque, dans laquelle sont renfermés des individus adultes, c; d, grande papille ou papille anale; f, touffes de filaments.

rend compte de cette disposition. Le corps de cet Insecte (fig. 11)

Fig. 11.

Diagramme d’une femelle adulte. L'extrémité allongée en pointe correspond à la papille orale, fixée à la branche. b, papille anale, entourée de poils et d’où sort une touffe de filaments cotonneux, m; ce, e, les deux papilles thoraciques, dont chacune projette une touffe de filaments cotonneux; d, œsophage; e, tube digestif; f, foie; g, canal hépatique; h, oviducte; i,t, branches de l’oviducte, chargées d'œufs et considérablement simplifiées ; k, trachées; [, section du sac qui représente le corps; m. houppes filamenteuses que Carter croit être des prolongements des trachées. D’après Carter.

consiste en un sac pyriforme de couleur rouge sombre, lisse, luisant, et présente un prolongement papillaire à son extrémité

effilée et trois prolongements analogues, b, e, c, à son extrémité obtuse. La première papille qui correspond au rostre ou à la bouche de l’animal, est fixée dans l’écorce; les trois dernières, b, c,c, se continuent respectivement avec les trois orifices que tout à l'heure nous observions à la surface de l’incrustation. De même que ces orifices, les trois papilles sont de taille inégale, la première, b, qui correspond à l'anus et qui est en outre reconnaissable à une couronne de poils, étant plus grande que les deux autres.

C'est de ces papilles de l'extrémité obtuse que sortent les touffes de filaments frisés, », dont nous parlions plus haut. Quant à ces filaments eux-mêmes, Carter les considère comme des trachées externes et figure des trachées internes communiquant avec eux : d’après cette manière de voir, les tubercules pairs, c, c, auraient donc la signification de stigmates. Riley dit au contraire que ce sont des filières et s’il semble que de l’anus fassent saillie des filaments analogues, cela tient à ce jus au pourtour de celui-ci, se voient encore des filières. L

La Cochenille étant isolée comme nous venons de dire, on peut aisément reconnaître sa forme (fig. 12) et procéder à l’étude de

Fi 12,

Femelle, d’après Carter. a, houppes thoraciques ; b, houppes anales; ec, couronne de poils entourant l'anus.

son organisation. Elle présente une intense coloration rouge et l’on constate tout d’abord l'extrême étendue de l'organe qui contient la matière colorante : cet organe n’est autre que l’ovaire ; on remarque en outre que les œufs contenus dans celui-ci sont remplis de petites granulations rouges. Ces granulations sont

LA

sphériques et nettement séparées les unes des autres; ont-elles été au début des cellules distinctes? Carter ne saurait le dire et se borne à faire remarquer que la matière colorante rouge préexiste dans l’œuf.

Au commencement de juillet, les jeunes ont achevé leur développement; qui s'exécute dans le çorps de la mère : le Carteria lacca serait donc ovo-vivipare. Les larves sortent par l’orifice anal de l'incrustation, rampent à l’environ pendant quelque temps et ne tardent pas à se fixer elles-mêmes, en enfonçant leur sucçoir dans l'écorce. Elles sont alors d’une teinte rouge minium ; leur longueur est d'environ 0""6 ; leur corps est elliptique, obtus en avant, sans la moindre ligne de démarcation entre la tête et le thorax (fig. 13). Elles possèdent six pattes, deux antennes, deux

Fig. 13.

Larve au moment de la naissance. «, les deux touffes filamenteuses dépendant du thorax; b, les deux poils qui partent de l’avant-dernier anneau de l'abdomen ; c, houppes anales; d, yeux.

petits yeux marginaux et latéraux, d, et deux longs cirrhes, b, b, appendus à l’avant-dernier anneau de l'abdomen. Le corps est segmenté régulièrement; la bouche est située à la face ventrale; une houppe de filaments laineux émerge de chaque côté du thorax, à la place des ailes, a, a, et une touffe toute semblable, c, bifurquée et divergente, se voit au niveau de l’anus; celui-ci est entouré d'une rängée de poils courts et forts.

Telle est la larve au moment où elle se fixe sur la branche. Elle erandit rapidement, en même temps qu'elle exsude par la surface entière de son corps la laque qui bientôt l'entoure et l'emprisonne de toutes parts, sauf au niveau de l'anus et des deux autres groupes de filières.

Au bout d'un mois et demi, c’est-à-dire vers la mi-août, la larve mesure déjà 1""4 de longueur; son rostre s’est développé, ses

filières ont sécrété la matière laineuse qui maintenant laisse passer ses touffes filamenteuses par les pertuis de l’incrustation.

A côté des incrustations qui abritent les femelles, mais en moindre quantité, on en voit d'autres plus étroites, elliptiques, dépourvues de dents à la base, dépourvues aussi d’orifices et de touffes de poils (fig. 14) : ce sont les demeures des mâles (1).

Fig. 14.

Incrustation du mâle : a, extrémité fixée; b, extrémité libre.

Le 8 septembre, en visitant de nouveau l'Anona squamosa, Carter constata que les incrustations de cette dernière espèce étaient vides pour la plupart : sur chacune d'elles, l'extrémité fixée à la branche, a, était intacte, mais l'extrémité libre, b, était percée d’une large ouverture en forme de fente, par laquelle le mâle:

Fig. 15.

Mâle. — La figure est incomplète, le dessinateur ayant omis de représenter les. deux longs filaments contournés en cordelettes qui partent de l'avant-dernier segment de l’abdomen.

() C. von Gernet déclare n'avoir point rencontré les incrustations des mâles. Mais il est juste de dire que cet auteur a fait ses observations à Saint-Pétersbourg,

sur quelques échantillons desséchés de laque, et non dans le pays même, comme Carter. |

LES GOCCIDÉS UTILES 43

s'était frayé un chemin (1). De plus, on voyait çà et là de petits Insectes rouges ramper vivement sur les branches : e’étaient les mâles.

Le mâle (fig. 15) est un peu plus grand que la larve à sa naissance : il a 1""4 de longueur. Il est aptère ; ses antennes sont longues et formées de sept articles, non compris les deux articles basilaires (2) ; il possède quatre yeux, deux latéraux et deux placés à la face inférieure de la tête; il porte en outre deux longs appendices laineux, insérés à la face dorsale de l’avant-dernier segment de l'abdomen : ce sont les filaments émanés des filières et enroulés en cordelette. Le dernier segment de l’abdomen porte enfin un pénis corné, en forme de bec, recourbé en bas et constitué par deux membres superposés, de facon à représenter une sorte de canal cylindrique par lequel s’écoule le sperme.

Quelque imparfait que soit ce mâle, puisqu'il est dépourvu d'ailes, on constate donc une grande différence entre les deux sexes : le mâle peut être considéré comme très développé, tandis que la femelle a subi une véritable métamorphose régressive. Elle a perdu en effet toute trace d’yeux, d'antennes et de pattes; les deux longs poils que nous signalions chez la larve au voisinage de l’anus se sont encore atrophiés chez la femelle, qui n’a gardé que la couronne de poils plus courts situés au pourtour même de l'anus.

A part le développement plus parfait des organes, le mâle diffère à son tour de la larve par l'absence des deux groupes latéraux de filières, par l'absence des poils entourant l'anus, par l'absence des pièces buccales et leur transformation en une paire d'yeux supplémentaires.

Le jeune Insecte subit donc une véritable métamorphose pour passer de l’état larvaire à l’état adulte soit mâle, soit femelle.

En rampant sur la branche, le mâle rencontre l’une des incrustations sous lesquelles se cachent les femelles : il la gravit et

(1) C. von Gernet attribue à un parasite les orifices que présentent les cocons des mâles. Il décrit en effet comme parasites des incrustations un petit Hyménoptère, long de 2"%5, qu'il rapporte au genre Pteromalus et qu’il croit pouvoir identifier avec le Carteria lacca mâle de Roxburgh. Un autre parasite de l'Insecte à laque pourrait s’observer encore, mais plus rarement : c’est la larve, longue de 1%%5, d'un Coléoptère longicorne du genre Brachytarsus.

(2 Cela fait donc en tout neuf articles. Signoret croit que c'est là une erreur et pense qu'il doit y en avoir dix.

s'arrête pendant quelques instants au-dessus de l’orifice correspondant à l'anus; dirigeant alors son pénis corné en bas et en avant, il peut, non sans peine, féconder la femelle. L’accouplement achevé, il pousse plus loin ses reptations, à la recherche d’un autre amour.

Au commencement de septembre,les mâles quittent donc leurs cocons et fécondent les femelles nées au commencement de juillet : les individus des deux sexes ont alors environ 1%" de longueur. La fécondation achevée, les mâles meurent et les femelles sécrètent alors la substance cotonneuse avec tant d’exubérance que celle-ci les englobe bientôt totalement et s'étale à la surface des branches recouvertes par la nouvelle laque.

Le 7 décembre, les larves naissent, puis se fixent et s'encroûtent de laque. Le 27 février, les mâles commencent à sortir de leurs cocons et, le 4 mars, on peut les voir se livrer à l’acte de la fécondation. Chose curieuse! Les mâles d'été étaient aptères ; ceux d'hiver sont au contraire tous munis de deux ailes membraneuses, blanchâtres, transparentes, parcourues par deux nervures ; ces ailes sont un peu plus longues que le corps de l’Insecte lui-même et, quand elles sont closes, s'étendent assez loin en arrière du dernier segment du corps, faisant ressembler beaucoup l'Insecte de la laque au Coccus cacti mâle.

Résumons ces faits : nous voyons que la première évolution des larves a lieu vers le 1er juillet et la seconde vers le 7 décembre. Les individus d'été réclament donc environ 5 mois et 7 jours, ceux d'hiver 5 mois et 21 jours pour être aptes à se reproduire. Mais la métamorphose des larves en mâles et l’imprégnation des femelles a lieu à peu près aussi longtemps après chaque évolution. Pour l'évolution de juillet, elle a lieu environ le 20 septembre et pour celle de décembre environ le 1er mai, donnant 82 jours pour la première et 85 pour la seconde ; dans le second cas, presque tous les mâies sont ailés, tandis que dans le premier aucun n’est pourvu d'ailes.

La sécrétion résineuse se fait plus rapidement dans la première évolulion que dans la seconde, probablement à cause de la plus grande quantité de sucs renfermés dans la plante en été qu’en hiver ; mais la plus grande quantité de laque, en comparant celle que produisit la portée de décembre 1859 avec celle que donna la couvée de juillet 1860, semble être produite par la couvée de décembre. Dans tous les cas, l’insecte périt, qu'il ait donné ou

non une génération nouvelle; en sorte que la vieille laque devient alors sans vie.

Comme la matière colorante est contenue dans les jeunes, la gomme laque doit être recueillie immédiatement avant leur sortie, c’est-à-dire vers la fin de mai ou le commencement de juin, de façon à obtenir le plus possible de gomme laque et de teinture de laque.

On doit faire aussi une seconde récolte vers le mois de novembre.

De plus, en ce qui concerne la propagation de l'espèce, les branches de l’arbre portant la laque avec les Insectes que celle-ci renferme doivent être cueillies immédiatement avant l'évolution du jeune et attachées aux arbres sur lesquels on désire les voir pousser : comme leur nombre s'accroît par « lakhs » (100 000) (1), il va sans dire que les arbres sont sacrifiés.

Dans les pages qui précèdent, nous avons toujours dit, sur la foi de Carter, que la laque était sécrétée par l’Insecte lui-même et non produite par l'arbre, à la suite de piqûres, comme on l'admet généralement. Cette opinion de l’origine exclusivement animale de la laque n’est pas nouvelle : déjà Geoffroy, en 1714, comparait cette substance à une sorte de cire et disait qu'elle n'est nullement produite par les arbres sur lesquels on la trouve. Plus tard, Saunders et Roxburgh affirmaient que la laque est bien réellement produite par l'Insecte et, dans ces derniers temps, cette même manière de voir a été défendue avec insistance par Carter, von Gernet, Comstock et Riley. Ce dernier auteur pense même que la laque est excrétée par l’orifice que présente à son extrémité chacun des deux petits tubercules qui se dressent sur le corps de la larve; les filières qui donnent passage aux filaments cotonneux seraient disposées à ia base du tube de la laque.

Cette opinion ne laisse pas que de surprendre au premier abord : on ne connait actuellement aucun animal qui fabrique un composé ternaire tel que la résine. Toutefois, l’objection n’est pas inéluctable : ne sait-on pas, en effet, de par les remarquables expériences de MM. J.-B. Dumas et H. Milne-Edwards, que la cire, produit ordinairement végétal, peut être élaborée par des Abeilles auxquelles on ne donne que des aliments sucrés? Or, rien ne vient démontrer que la Cochenille de la laque ne jouit point

(1) D'où le nom de laque, suivant sir. W. Jones.

d'une propriété analogue et qu'elle est incapable de fabriquer de toutes pièces une résine, alors que ses aliments ne renferment rien d’analogue.

Tels sont les arguments invoqués par les auteurs dont nous rapportons ici la manière de voir. Il nous est bien difficile de nous prononcer pour ou contre, en l’absence de toute expérience, et nous ne pouvons que mettre en regard de cette opinion celle qu’adoptent un grand nombre de savants, entre autres MM. Signoret et Laboulbène : à savoir que la laque transsude des arbres et que son apparition est provoquée par les piqûres de l’Insecte.

Les arbres sur lesquels le Carteria lacca se rencontre le plus habituellement sont l’'Anona squamosa, le Ficus religiosa, le F. indica, le Butea frondosa ou Plaso, le Rhamnus jujuba el trois espèces de Mimosa,entre autres le M. cinerea; on l’observerait encore sur le Schleichera trijuga et Moodliar dit même que l’Insecte se cache sous l'écorce de cet arbre et ne se montre qu’en août. Enfin, on cite encore, au nombre des plantes sur lesquelles il se peut fixer, le Croton lacciferum.

Comme nous l'avons vu, il y a lieu de distinguer, parmi les produits de l’Insecte, deux substances : la laque (1), excrétion qui exsude de la surface de son corps ou qui provient du végétal, suivant que l'on se range à l’une ou à l’autre des opinions rapportées plus haut, et la teinture de laque (2), matière colorante plus spécialement localisée dans l'ovaire de la femelle. Nous les étudierons toutes les deux.

La gomme laque se présente dans le commerce sous différents états : nous nous bornerons à les énumérer rapidement, renvoyant pour plus de détails aux livres qui trailent de la matière médicale : « Tantôt, dit Planchon (3), on se contente de recueillir le rameau entier, bois el résine ensemble; c’est la Laque en bâtons. D’autres fois, on détache les cylindres de leur axe ligneux et on les apporte en gros morceaux, c'est ce qu'on à quelquefois appelé Laque en

(1) Lac des Anglais; Gummilack, Schellack des Allemands.

(2) Lac-dye des Anglais; Lackfarbe des Allemands.

4) G. Planchon, Traité pratique de la détermination des drogues simples d'origène végélule. Paris, 1875. Tome II, p. 209.

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grappes; ou bien, on concasse les morceaux et on en fait de la Laque en grains. Dans ces diverses opérations, on laisse à la laque ses caractères naturels. On pousse quelquefois plus loin la préparation : on fait fondre la laque dans l’eau bouillante pure ou alcalinisée ; on la passe à travers une toile, on l'étend sur une surface plane, et on presse de manière à en faire des plaques. C’est la Laque en plaques ou écailles. »

Un grand nombre de chimistes se sont occupés de rechercher la composition de la laque. John a retiré de la laque en grains les divers principes suivants :

Résine {contenant cinq corps résinoïdes différents). ,,..........., 66.55 Substance particulière insoluble dans lalcool, l’éther et les huiles A TT AU etats de Pa Dee hu ee SF Sa Cet 7/0 Blabérercolrante.:..,,1... 2 cesse: INR AS, ÉRAS AIN DER 3,79 A 1 2.20... act As PAPERS RE M LAN lee 3,92 Acide particulier ,.,..... Rd A D dr Der Ir Das 0.62 LU DRE Su CRE SU ER SRE EE MS D AMP TES 2.08 MADMPOLCIPOUSB Le LISE, 1 HA LATE EE DS OR EU ET ES 1.67 Ne din meet vu. CE CENT SPORE DEA 1.04 D Ru à at a ht niars ue 44 de à 0.62

Hatchett, de son côté, lui a trouvé la composilion suivante :

Laque plate. Laque en grains. Laque en bâtons. RRQ 5 nt 90.9 PRE 88.59 Le 68.0 Matière colorante,.... 0.5 2,5 fe 10.0 LUS 4,0 k.9 Cr 6.0 RO te ee me 2.8 2.0 D Qn 5,5 Corps étrangers ...... 0.0 PT 0.0 CRUE 6.5 LL FTP PECRRRTENRE 1.8 24 200 be k.0

Ces diverses analyses ont donné, comme on voit, des résultats assez différents. On peut dire, en somme, que la laque est encore mal connue au point de vue de sa composition, malgré les efforts tentés par les chimistes; cela tient à ce que la résine qui en forme la base est, comme les corps ternaires en général, fort difficile à dédoubler.

Un point important ressort néanmoins de ces analyses, à savoir que la laque est essentiellement constituée par deux substances, l’une la résine, sur la provenance de laquelle nous nous sommes expliqué plus haut, l’autre la matière colorante. Celle-ci est élaborée par l’Insecte lui-même et le fait qu'elle se trouve intime-

ment unie à la résine est une forte présomption en faveur de l'opinion qui attribue à la résine une origine animale.

Quand on plonge la laque dans l'eau, elle abandonne sa matière colorante sans se dissoudre elle-même; elle se dissout au contraire aisément dans les acides chlorhydrique et acétique, ainsi que dans les lessives alcalines.

Tachard raconte que, pour préparer la teinture de laque, on pilait dans un mortier les branches recouvertes d’incrustations, puis qu’on traitait la substance par l’eau bouillante : on obtenait de la sorte une teinture épaisse que l’on chauffait et que l’on exprimait à travers un linge. À son époque, on estimait le plus la sorte en branches du Bengale; cette teinture était en faveur surtout en Perse, au dire de Tavernier.

Geoffroy signale un mode de préparation plus délicat: il consiste à isoler les Insectes de leurs cocons et à les faire infuser dans l'eau ou dans l'alcool: ils communiquent à ces deux liquides une couleur rouge aussi belle que celle de la Cochenille du Nopal.

Aujourd'hui, on n’extrait plus la substance colorante du corps de l’Insecte, bien qu'il la renferme en grande abondance, mais on préfère la séparer de la laque en bâtons. A cet effet, on em-. ploie, sur les lieux mêmes de production, des lessives de soude très faibles, qu'on fait agir sur la laque pulvérisée. Par ce moyen, on dissout la matière colorante avant la résine et on la précipite de sa solution alcaline par une solution d’alun. Ce précipité se trouve dans le commerce sous les noms de laque-laque, produit ordinaire, et de laque-dye, produit supérieur.

La matière colorante contenue dans la laque ne semble pas avoir été jusqu’à ce jour l’objet de recherches spéciales. On sait seulement qu’elle est très analogue à l'acide carminique ou rouge de carmin, dont nous aurons à parler longuement à propos de la Cochenille du Nopal, et Schützenberger (1) pense même qu'il y a plus qu'une analogie, qu’il y a identité entre ces deux substances.

La teinture de laque donne des couleurs extrêmement tenaces et résistantes. Les beaux maroquins du Levant devaient être teints en rouge avec cette substance, car ceux que l’on préparait en France avec elle les imitaient parfaitement.

Les usages de la laque sont extrêmement nombreux: aussi cette substance est-elle l'objet d’un commerce fort important. On Ia

(d) Dictionnaire dé chimie de Wurtz, IE, p. 289.

tire du Bengale, du Pégu, de Madras, de Siam, etc. Pendant l’année 1860-1861, les quantités exportées ont été les suivantes :

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