‹ Les CochinChapitre 29 sur 102 · NCE, AVEC MARIE-THERÈSE, INFANTE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

NCE, AVEC MARIE-THERÈSE, INFANTE D'ESPAGNE

lILLES, LE XXIII FÉVRIER II.D.CCXLV

k’é par lui-même. (Chalcographie du Louvre.)

detail de cette nature, — l’Académie réduite à attendre dix ans le morceau de réception d’un graveur, et finalement, ne le voyant pas venir, dispensant l’artiste de produire son œuvre de maîtrise, et l’affranchissant de toutes les formalités. (Séance du 27 novembre ip5 1.)

Cependant, à partir de 1741, il y eut quelque chômage aux Menus-

Réduction delà gravure de C. N. Cochin le fils, exécutée en 1747, d’après son propre dessin. (Collection de M. Henri Béraldi.)

Plaisirs. La noblesse avait dû quitter le bal pour les camps; on ne dansait plus à Paris, on se battait aux frontières. La guerre de la succession d’Autriche entraînait le roi vers le Nord, et la maladie l’arrêtait à Metz où il faillit mourir. Enfin l’éclatante journée de Fontenoy releva nos armes chancelantes, bientôt victorieuses une seconde lois à Raucoux. Cochin avait profité de ce temps d’arrêt pour se livrer à une occupation des plus lucratives, l’illustration. Il exploitait sa vogue. Le tour aimable, facile, de ses vignettes avait excité un véritable engouement. On raffolait de ces petites compositions qui s’appelaient déjà des

LES ARTISTES CELEBRES

Cochin ; on lui en demandait de toutes parts. Il en fallait pour la Religion, de Racine le fils, pour le Virgile de Desfontaines ; pour les Mémoires de V Académie de chirurgie, pour Y Abrégé chronologique du président Hénault; pour dix autres publications dont l’énumération prête à rire par le contraste des sujets. Cochin devenait l’enjoliveur universel. Il habillait le livre gros ou petit, austère ou gai, de cette parure Boucher qui est comme la livrée de l’art à cette époque, et il charmait le public par la grâce d’une improvisation qui devait pendant quarante ans conserver la même fraîcheur.

La cour revenue, Cochin reprenait ses fonctions d’historiographe, et tant de commandes l’accablèrent à la fois qu’il dut s’associer son père. Il s’agissait de fixer sur le cuivre les fêtes auxquelles donna lieu le mariage du Dauphin de France avec Marie-Thérèse d’Espagne. Quatre immenses planches, d’une largeur moyenne de seize pouces, et de deux pieds et demi de hauteur, retracèrent les magnificences du mois de février 1745. Cochin dessina tout ; mais il ne put graver que deux planches sur quatre, la Décoration de la salle de spectacle du manège couvert et la Cérémonie de la Chapelle de Versailles; encore ne put-il terminer celte planche qu’en 1746. Son père grava ce curieux Bal masqué où l’on voit des personnages déguisés en ifs taillés 1 , et le Bal paré du 24 février. L’année suivante, par un saisissant contraste, fut une année de pompes funèbres. Par trois fois Cochin dut dessiner et graver les décorations mortuaires inventées par les Slodtz; la première et la seconde pour la mort de cette Dauphine dont le mariage causait l’allégresse de la cour vingt mois auparavant ( Pompe funèbre de Mad. la Dauphine dans l'église de Notre-Dame de Paris , 24 novembre 1746; — Pompe funèbre de la même) dans l’église Saint-Denis ; la troisième fois, pour la Pompe funèbre de Philippe V à Notre-Dame, le i5 décembre.

Par ces grandes pages, exécutées coup sur coup avec une promptitude qui tenait du miracle, et avec une justesse, un goût tout à fait remarquables, Cochin se mettait subitement hors de pair. Nul n’e'tait capable de rivaliser avec lui dans ce genre de travaux, et les événements de cour, ainsi interprétés, prenaient tout à coup une signification qui les élevait au-dessus de l’estampe proprement dite. L’homme capable de voir et de traduire ainsi les spectacles de son siècle n’avait pas seulement l’œil de l’artiste, mais encore le sens du chroniqueur et l’esprit du

Page 1