PORTRAIT DE D. GARRICK
Fac-similé de la gravure de C. N. Cochin le fils, exe'cutée d’après son propre dessin et terminée par N. Dupuis.
(Collection de M. Béraldi père.)
LES ARTISTES CELEBRES
et dans les Opuscules qu’imprimèrent, à des dates diverses, ses amis Jombert père et fils, et Cellot leur successeur. Le sujet en est souvent menu, et nous ferons grâce au lecteur d’une exacte énume'ration. Retenons seulement ce qui fait date pour la critique et ce qui marque un des revirements les plus subits que l’histoire du goût ait à enregistrer. La plume de Cochin a fait office de martelet, et la rocaille est restée meurtrie de ses atteintes.
L’ancien dessinateur des Menus-Plaisirs était mieux placé que personne pour comprendre que l’art se perdait dans le dédale du contourné. L’assouplissement graduel des formes, qui marque la transition entre Louis XIV et Louis XV, avait, en trente ou quarante années, parcouru toutes les étapes, de la noblesse à la grâce, de la grâce à la manière, de la manière à la tortuosité. Les deux premiers Coustou ; puis Gillot et Watteau ; enfin, le virtuose Meissonnier, artiste étonnant dans trois ou quatre arts, marquent les étapes de cette rapide transformation1. Sculpture, peinture, orfèvrerie surtout, boiserie et ameublement, tels étaient les arts les plus atteints. Mais l’architecture menaçait de donner à son tour dans la fantaisie, depuis l’exemple d’Oppenord, et la séduction qu’exerçait le Borromini sur les artistes de la Régence. Ces excès étaient surtout sensibles aux étrangers, qui se moquaient de nous. De Brosses écrivait après son voyage : « Les Italiens nous reprochent qu’en France, dans les choses de mode, nous redonnons dans le goût gothique; que nos cheminées, nos boîtes d’or, nos pièces de vaisselle d’argent sont contournées et recontournées, comme si nous avions perdu l’usage du rond et du carré; que nos ornements deviennent du dernier baroque; cela est vrai 2. »
Cochin avait donc beau jeu pour la critique ; mais il fallait remonter le courant de la mode et de l’opinion, chose toujours hasardeuse. Il ne pouvait réussir qu’en mettant les rieurs de son côté. C’est ce qu’il fit, et avec tant de naturel qu’on peut admirer encore aujourd’hui sa bonne grâce et sa vivacité. La Supplication aux orfèvres est un morceau charmant d’ironie raisonnable 3. a Sont priés les orfèvres, lorsque sur le cou-
1. Voir Paul Mantz, article sur l’orfèvrerie dans la Galette des Beaux-Arts,
t. III, etc.