PORTRAIT DE JOACHIM GRAS
Fac-similé de la gravure de C. N. Cochin le (ils, d'après son propre dessin (Collection de M. Béraldi père.)
128 LES ARTISTES CÉLÈBRES
moins plus approchantes du bon que le mauvais goût qui les a précédées 1 ».
Cette petite guerre dura de quinze à vingt années. Tant que le goût nouveau n’eut pas pris définitivement le dessus, Cochin railla, parodia, escarmoucha. Tantôt il se moquait de la taille ridicule des arbres en quinconces et des « bosquets » à la mode, dans la Lettre supposée écrite par une dame à son architecte , qu'elle avait prié d’accommoder au goût du jour un jardin jadis dessiné par Le Notre. Tantôt il s’en prend aux marguilliers, arbitres ignares des commandes pour les églises, et fauteurs inconscients du mauvais goût par le choix inintelligent qu’ils faisaient de leurs artistes. Plainte fondée s’il en fut, car Caylus nous représente quelque part ces bonnes gens faisant enduire d’une épaisse couleur à la colle d’admirables statues de bois sous prétexte de propreté. Ailleurs Cochin fait pièce aux érudits non artistes, comme Gros de Boze, qui ont toujours un sot conseil à placer, bien qu’ils ne soient en réalité « que de grosses bêtes très instruites ». Il ne prend pas moins vivement à partie et les gens de lettres qui regardent les artistes « comme des ouvriers renforcés », et l’engeance des amateurs, des donneurs d’avis, espèce odieuse dont quelques-uns veulent que Diderot lui ait fourni le modèle. — En meme temps il se fait l’instituteur du public en matière de goût, et il essaie de propager parmi les lecteurs de gazettes les principes de la vraie critique, je veux dire de celle qu’il croit la vraie. Il nous parle luimême de sa collaboration au Mercure. Personnellement lié avec Marmontel, qui dirigeait alors cette feuille quasi-officielle, non seulement Cochin a écrit dans le Mercure , mais il y a suggéré des idées aux autres. C’est sous sa dictée que Marmontel déclare lui-même avoir écrit le compte rendu du Salon de 1759 2.
Cochin s’attira ainsi des coups. Il savait les recevoir et les rendre, et n’en demeura pas embarrassé. Nous ne suivrons pas le détail de ces attaques et de ces ripostes, aujourd’hui sans intérêt, dans la Galette littéraire, /’ Observateur littéraire , l’Année littéraire , etc. Mentionnons seulement deux opuscules satiriques de Cochin, dont l’un offre un intérêt de singularité, à cause des dix caricatures à l’eau-forte que l’auteur a semées dans sa prose, et dont l’autre donne un échantillon de la manière de Vadé appliquée à la critique d’art. Les Misotechnites aux
1. Mémoires de Cochin, édités par Ch. Henry, p. 142-143. {Remarques sur les Slodtq.)