‹ Les CochinChapitre 54 sur 102 · PORTRAIT DE MME KAVART · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MME KAVART

Destiné par C. N, Cochin le fils en ï 7 53, et gravé en 1762 par J. J, Flipart- (Collection de M. Béraldi père.)

126 LES ARTISTjES CÉLÈBRES

En daubant la rocaille et son grand maître, Cochin atteignait doublement son but. Il réclamait, avec juste raison, l’obéissance « aux lois du bon sens et de la convenance »; et il demandait « que le goût qui est reçu de tous les temps et de toutes les nations fût regardé comme le vrai bon goût1. » Mais il ne se privait pas, en même temps, du plaisir de louer délicatement M. de Marigny, et de prêcher indirectement ce retour à l’antique dont il était partisan en architecture , et là seulement. Dans le pamphlet précité, les soi-disant auteurs se plaignent constamment des « cris de l’Académie ». Ils s’indignent de se voir écartés par l’administration des Bâtiments : « Les Bâtiments du roi nous ont donné une exclusion totale; tout ce qui s’y fait sent la vieille architecture, et ce même public, que nous comptions avoir subjugué, s'écrie : « Voilà qui est beau! 2 » De même, l’Académie « semble ne vouloir plus donner de prix qu’à ceux qui s’approchent le plus du goût de l’antique ».

Ces divers passages prouvent jusqu’à l’évidence, sinon l’arrière-pensée elle-même du voyage d’Italie, en tout cas les conséquences considérables de ce voyage sur l’art d’abord, et aussi sur la direction qui lui fut officiellement imprimée. Cochin est tout à fait explicite dans une Remarque annexée à ses Mémoires , et qui fut certainement rédigée, comme les Mémoires , sur la fin de sa vie, en tout cas après 1781, c’est-à-dire après la mort de M. de Marigny. Il y déclare que le premier retour d’un goût meilleur doit être attribué à Le Geay3, architecte, ancien pensionnaire à Rome. Et il ajoute : « Depuis, la véritable époque décisive, ça été le retour de M. de Marigny d’Italie et de sa compagnie. Nous avions vu, et vu avec réflexion. Le ridicule nous parut à tous bien sensible, et nous ne nous en tûmes point. Nos cris gagnèrent dans la suite que Soufflot prêcha d’exemple. Il fut suivi de Potain et de plusieurs autres bons architectes qui revinrent de Rome. J’y aidai aussi comme la mouche du coche. J’écrivis dans le Mercure contre les folies anciennes et les couvris d’une assez bonne dose de ridicule. » Dès lors, comme on le sait, la mode se retourna avec une incroyable rapidité, et tout fut à la grecque : autre excès, autre ridicule, dont Cochin se moque tout aussi bien, à cette date tardive. Mais il ne renie point son œuvre, et maintient que, « quoiqu’il se fasse toujours de bien mauvaises choses, elles sont du

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