PORTRAIT DE C. N. COCHIN
Fac-similé de la gravure exécutée par Augustin de Saint-Aubin, d'après le dessin de C. N. Cochin le fils.
(Collection de M. Béraldi père.)
LES ARTISTES CÉLÈBRES
était bien réellement l’âme des anti-Caylus, et l’on sait pourquoi. La réserve du comte vis-à-vis M. de Marigny, sa rupture avec la cour, ses goûts d’antiquaire trop marqués en peinture, tout devait éloigner de lui Cochin, qui s’était donné un maître; et tout cela devait l’en éloigner d’autant plus qu’il avait été jadis avec lui en correspondance et comme en coquetterie. Caylus pourtant ne laissa paraître aucune haine, de l’aveu meme de Cochin; mais Cochin ne se fit pas faute de lui attribuer toutes sortes de mauvais sentiments dont le hautain antiquaire ne lui fit certes pas l’honneur. Toute la partie des Mémoires de Cochin qui se rapporte à Caylus sent l’insinuation et le commérage; et les faits et les dates dont il prétend les appuyer sont faux, nous l’avons démontré ailleurs1. On peut expliquer cette rancune par l'époque où Cochin rédigea ses souvenirs, alors que les doctrines de Caylus avaient obtenu, avec David, un triomphe posthume. Cochin, d’ailleurs, toujours un peu « petit garçon » avec le comte, le ménagea vivant et le poursuivit mort. Ce n’est pas le plus bel endroit de son caractère. On peut remarquer, par exemple, qu’immédiatement après la mort de Caylus, le q novembre i/65, Cochin lit à l’Académie un mémoire sur le Costume qui vise directement Caylus et les assertions contenues dans les Tableaux d’Homère et dans Hercule le Tliébain , ouvrages contre lesquels il n’articula jamais une critique tant que l’auteur fut en vie2.
Quoiqu’il en soit de cette rivalité, qui d’ailleurs ne fit jamais aucun éclat, Caylus avait des fidèles qui, même après lui, marquèrent longtemps à Cochin de l’antipathie. C’étaient, par exemple, plusieurs « honoraires amateurs », trop indépendants et trop réellement grands seigneurs pour courtiser un bourgeois parvenu; c’était Vassé, le sculpteur préféré de Caylus, après Bouchardon; c’était Mariette, l’érudit collectionneur3; c’était Vien, Falconet et sans doute plusieurs autres. Un peu plus tard,
i. Essai sur le comte de Caylus , p. 58 et suiv.
i. Caylus mourut le 5 septembre 1765. Le 9 novembre, Cochin lut une conférence sur ce sujet : « Quel est le degré de liberté que les artistes doivent conserver dans l'observation du costume? »
Les Tableaux tirés d’Homère et de Virgile, de Caylus, sont de 1757; l’ Histoire d’Hercule le Thébain, de 1758. Dès 1755, Caylus proposait aux artistes des sujets d’antiquité et les poussait à l’archéologie dans ses Nouveaux sujets de peinture et de sculpture.
3. Nous relevons cependant le portrait de Mariette dans l’œuvre de Cochin (voir page 177), avec une dédicace du graveur flatteuse à l’excès. Y avait-il eu sur le tard une réconciliation? En tout cas, il n’y paraît pas dans VA beçedario.
1.’ ÉTUDE DU DESSIN, d’aPRES LA BOSSE ET d’aPRÈS NATURE. Fac-similé d'un état de la gravure de B. L. Prévost, d'après le dessin exécuté par C. N. Cochin le'.fils, en l763.
(Collection de M. Henri Béraldi.)