FRONTISPICE DE «L'ENCYCLOPEDIE
Réduction d'un état de l'eau-forte de B. L. Prévost, d’après le dessin de C. N. Cochin le fils. (Collection de M. Henri Béraldi.)
LES ARTISTES CÉLÉBRÉS
Oui, l’allégorie est sans doute une belle chose, et M. Jourdain l’eût fort admirée. Cependant trop est trop. Croyons-en Diderot, le patron du genre, qui trouvait lui-même que Cochin abusait, décidément1 2. Le mal va gagner chez l’artiste avec l’àge: il en est déjà à dessiner des entités, Eugénie ou la Noblesse ! (1780). Encore un pas, et il tombe à cette Iconologie, qui marque toute cette partie de son œuvre du sceau de la plus profonde fausseté.
Qu’est-ce que Y Iconologie ? 2 Le manuel de la science de l’allégorie, rédigé à l’usage des artistes. L’ouvrage, interrompu par la mort de Cochin (1790), fut continué par Gravelot, et parut un an après, en 1791. La planche 1, que nous reproduisons, est accompagnée de ce texte, qui efface tout commentaire : « A la mémoire de Cochin. Les Grâces ornent de guirlandes le buste de Cochin ; la Muse de l’Histoire consacre le nom de cet artiste dans ses fastes, et tandis que le Génie du Dessin indique les productions de Cochin, le Dieu du Goût dépose sur son buste la couronne réservée à ceux qu’il inspire. » Marmontel fournit l’adage du discours préliminaire: « L’allégorie est une des plus belles inventions de l’esprit humain. » Et quant à la méthode, elle tient dans cette courte appréciation de V Iliade : « Ouvrant l'Iliade , ce qui intéresse, séduit, enchante, est bien moins l’implacable vengeance des Grecs, qui anéantissent une nation pour la punir du crime d’un de ses chefs , que l’art ingénieux avec lequel les passions sont personnifiées. . . » Que reste-t-il à l’artiste pour rivaliser avec cette allégorie continue? Approfondir la connaissance des « attributs », et faire des prétendus «emblèmes» des anciens le « code des artistes en tout genre ». Veut-on, par exemple, représenter le Doute ? L’artiste feuilletera V Iconologie, et y verra que le Doute « est représenté par un jeune homme tenant d’une main une lanterne, et de l’autre, le bâton de l’expérience ». Veut-on représenter la Contrariété? On peint ce vice (?) sous les traits d’une femme laide, ayant le regard louche et les cheveux en désordre ; d’une main elle tient un réchaud rempli de feu, et de l’autre, un vase d’où l’eau se répand ! » Pareilles révélations nous attendent si nous cherchons aux mots Athéisme , Raison , Injure , Péril , Zèle, etc. On croit rêver en lisant des insanités pareilles ; et, en voyant