PORTRAIT DE JEAN-SIMEON CHARDIN
Fac^jmjlé de ]a gravure de Laurent Cars, d’après le dessin de C, N- Çocjijn le fils, (Collection de IYJ. îdérajdi pèrç,)
PORTRAIT DE FRA. MARG. POUCET, FEMME DE CHARDIN. Fac-similé de la gravure exécutée par Laurent Cars, en 1755, d’après Je çiçssjp dç C- N, Cochip le fils,
(Cplleçtion de IVl. péraldi père.)
LES ARTISTES CÉLÈBRES
seignement sur la pratique du vieux peintre. Il avait rédigé sur lui maintes notes que mit plus tard à profit M. Haillet du Couronne*. Non content de l’avoir défendu contre les tracasseries de la fin, il voulait sans doute le faire revivre après sa mort, et il le pouvait d'autant mieux qu’il avait encore en sa veuve une amie fidèle, et une source abondante de renseignements. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Quand on considère son régime de vie, on s’étonne de ce qu'il a mené à bien, et non de ce qu’il a laisse en route. Car ce célibataire renforcé ne se contentait pas d’avoir la vie laborieuse, il la voulait joyeuse. Il la mena, ou elle le mena ainsi jusqu’au delà de la soixante-dixième année, longue et bonne. Les hommes d’alors se résignaient peu à vieillir; Cochin n’y consentit jamais. Il soupait en ville, improvisait des vers, défiait à un déjeuner d’huîtres tous les « malins drilles » de la société de Mme Pommyer, ne manquait pas une « occasion de gueule » 3, et n’en dessinait, n’en gravait que de plus belle. Propret, coquet, non pas fort mais résistant, et plus gourmand de plaisir que de débauche, c’était un vieux jeune homme plutôt qu’un vieillard. Voyez-le, à près de soixante et onze ans, prendre « la galiotte » le jour de Pentecôte pour aller à Sèvres, perdre l’équilibre et tomber dans la Seine. Sans doute il n’en sort pas, ou il en sort malade? Point. Il ne lâche pas le portefeuille qu’il tenait sous le bras; et nageant d’une main, il rattrape le bateau, se fait déposer sur le quai, se secoue comme un caniche, rentre chez lui, change de vêtements, « se remet à travailler, puis va souper en ville 3 ».
Pour soutenir ce petit train, il fallait de l’argent. L’argent est un thème qui revient sans cesse dans les lettres comme dans les Mémoires de Cochin. Il en gagna beaucoup, il en manqua toujours. « Le Bas et Cochin, disait Diderot à propos de quelques planches des Ports de France par trop lâchées, deux hommes dont l’un aime trop l’argent, et dont l’autre aime trop le plaisir. » Ce coup double était mérité. Cochin, sans doute, n’était pas un gaspilleur et un débraillé comme Le Bas; mais, quoique relativement rangé, il était imprévoyant. Il n’aimait pas
1. Note sur une recette de Chardin pour réchauffer (patiner?) ses tableaux. Cf. Archives de l’Art français , t. V, p. 222, et Mémoires des Académiciens, t. II, p. 423-441.
2. Lettre de Cochin de 1781. — Lettre du 12 mars 1785. — Il s’agit de la sœur de l’abbé Pommyer, son ami, chez laquelle il dînait tous les mercredis,