II. Causes favorisantes d'ordre général
L’affection prédomine à la partie moyenne de la vie, mais aucun âge n'en est exempt, et la colibacillurie se rencontre aussi bien chez le vieillard que chez le nourris- SON.
La colibacillurie est surtout fréquente chez la femme. La ptose rénale assez fréquente et la coudure urétérale qu'elle entraîne, le mauvais état habituel du tube digestif, la constipation chronique, la fréquence des infections génitales;, la grossesse qui retentit à la fois sur l'intestin et l'appareil excréteur du rein, — tous ces éléments expliquent, cette prédominance.
On a signalé la fréquence des coibaalitiss dans certaines familles, en faisant intervenir moins un élément de contagion qu'une hérédité de terrain.
Dans un récent rapport présenté à la Société d'hydrologie, les auteurs apportent d'importants documents concer-
nant la fréquence des colibacilluries à point de départ intestinal, selon les races et les climats. Les coloniaux, les Anglo-Saxons y sont nettement prédisposés. L’affection n'est pas rare dans toute l'étendue de la région méditerranéen- : Egypte, Grèce, Turquie, Maroc, Algérie, Pays-Balkaniques. Elle serait également fréquente en Amérique et en Chine méridionale. Mais il ne s’agit là que de pays où le syndrome prédomine. Il est en réalité partout observé.
Sa fréquence augmente dans les villes, sans doute en raison des multiples conditions qui y diminuent la résis- tance de l'organisme.
Enfin, l'affection n'est pas rare chez les hépatiques et les biliaires. On peut se demander, avec Païllard, si ces troubles hépatiques sont primitifs, antérieurs à l'état intestinal qu'ils pourraient conditionner, ou s'ils lui sont consécutifs, la bactériémie pouvant entraîner aussi bien une bacillocholie qu'une bactériurie.
Enfin, parmi les causes prédisposantes, les travaux contemporains insistent sur le rôle de l’alcalose. L'hypoacidité urinaire semble favorable à la pullulation du colibacille, ainsi qu'en témoignent l'activation colibacillaire consécutive à une cure alcaline et d'autre part l'heureux effet de la médication acidifiante. Mais on pourrait objecter que le colibacille peut se cultiver en milieu acide et que certains ‘auteurs préconisent une thérapeutique alcalinisante.
Mentionnons également les rapports de la colibacillurie avec l’oxalémie et l'oxalurie. En effet, la coexistence de la colibacillurie et de l’oxalurie n’est pas rare. Lieb, Lombardini, tendent à admettre que la présence d'acide oxalique peut être consécutive à des phénomènes chimiques dépendant de la colibacillose, celle-ci pouvant ainsi conditionner certains cas de lithiase.
Fisch (Soc. fr. d’urologie, 1927) a vu se déposer des cristaux d’oxalate de chaux sur les paroïs de tubes où fut cultivé le colibacille pendant des semaines.
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Rien de semblable ne se produisit STE des tubes jé moins. |
Il est intéressant de rappeler que Pilliet et Salimbeni font des expériences qui tendént à établir la formation de phosphate de chaux dans des tubes contenant des cultures de staphylocoques. R
DJ. Causes favorisantes d'ordre local
LS
A côté de ces causes d'ordre général, un rôle important doit être dévolu aux causes adjuvantes d'ordre local.
Lorsque le colibacille est parvenu dans l'appareil urinaire, il s'élimine souvent sans dommage ne traduisant sa présence par aucune manifestation clinique.
Des examens systématiques d'urine montrent en effet la fréquence considérable des colibacilluries latentes, décelées par le seul examen des urines. aies
S'il existe, par contre, une lésion ou un obstacle en un point de l'arbre urinaire, la pullulation et la colonisation : du colibacille sont facilitées par la stagnation urinaire qui en résulte, Une étude approfondie de nombreux malades nous à én effet montré que les données cliniques concordent avec ces données pathogéniques, et la découverte d’une lésion de l'arbre urinaire, minime ou importante est extrèmement fréquente.
Il est certain que tous n’accordent point aux troubles mécaniques une importance aussi prépondérante.
Il est non moins certain que, dans les colibacilluries tratnantes, on dépiste presque toujours une lésion des voies excrétrices. Sinon, comment expliquer la guérison obtenue parfois après traitement de ce seul facteur mécanique? Comment expliquer qu'une ptose rénale suffise à favoriser le développement d’une colibacillurie? Comment expliquer qu'une femme, sans antécédents urinaires, fasse une pyélonéphrite à l'occasion d’une gestation, si propice à la
compression urélérale? Comment concevoir l'amélioration souvent spontanée des troubles après l'accouchement, lors de la disparition de l'élément mécanique? Comment expliquer que la seule action d'un cathétérisme ramène à l'apy: rexie, de façon parfois saisissante, un malade fébricitant: D)
Cette notion d'obstaclé au libre çours de l'urine, de facteur mécanique, bien que connue depuis longtemps est, à notre sens, trop souvent négligée, et l'on ne saurait assez insister sur son rôle dans la persistance des colibacilluries.
L'appareil excréteur du reïn constitue, à côté de l'organe sécréteur, un véritable viscère, avant sa physiologie propre, sa pathologie particulière, et dont les lésions sont, au premier chef, des facteurs d'infection. $
Nous n'avons pas la prétention de pouvoir résoudre, grâce à ce principe, tous les problèmes que posent ces colibacilluries rebelles, mais nôus devons constater qu'il nous a permis d'élucider un grand nombre d’entre eux. On en “lira plus loin des observations confirmatives.
Frappé par la puissance explicative de la théorie mécanique et poursuivant le problème plus loin, H. Vincent s’est demandé si la persistance de certains foyers colibacillaires au niveau même du rein n'était pas due à un obstacle mécanique naturel représenté par le glomérule.
« 11 me paraît, , dit-il, que la disposition des artères rérales, toutes terminales, enfin que la structure de l'artériole qui forme les plicatures du bouquet glomérulaire, favorisent spécialement ces ‘infections microbiennes.
Physiologiquement, la circulation sanguine subit en effet, dans le réseau vasculaire du glomérule de Malpighi, un ralentissement qui facilite l’osmose urinaire. On sait, en effet, que lorsqu'on injecte l'artère rénale, tout le réseau artériel du rein est rempli à l'exception des arteriæ rectæ issues du vaisseau afférent des glomérules. Ceci démontre l'existence d’un obstacle ou d'un barrage relatif dans ces
glomérules, condition normale qui explique peut-être aussi l'arrêt, en ces derniers, des bacilles apportés par le sang ».
Dans d’autres cas, la colibacillurie peut créer elle-même, au niveau des voies excrétrices la lésion qui entretiendra la chronicité du syndrome. :
Enfin, la colibacillurie peut êle associée à une autre alfection de l'appareil urinaire, et l'on conçoit aisément que, suivant la nature de celle-ci, le colibacille constitue: un épisode urinaire capital ou ne soit qu'un symptôme accessoire très effacé.
Voici quelles sont, rapidement énumérées, les principales causes d'entretien des colibacilluries :
a) Au niveau du rein : la colibacillurie peut être associée à une tuberculose rénale, à une lithiase rénale. Certains auteurs, nous l'avons vu, ont émis l'hypothèse que le colibacille est susceptible de créer des réactions chimiques qui constitueraient le point de départ de certaines lithiases uriaires. :
L'hydronéphrose est souvent infectée par le colibacille. I peut s'agir d’une hydronéphrose congénitale ou d’une hydronéphrose consécutive à une compression ou à une lésion pyélo-urétérale (rétrécissemient, coudure, vaisseau anormal).
b) Au niveau de l'uretère : une coudure, une compression, un Calcul, un rétrécissement, plus rarement une tumeur, sont autant de facteurs de rétention.
c) Au niveau de la vessie : il peut s’agir d’un calcul, d' une tumeur, d’un diverticule, d’une rétention.
d) Au niveau de la prostate : la colibacillurie est le plus souvent sous la dépendance d’une hypertrophie prostatique, de cavernes prostatiques, d’une prostatite.
e) Au niveau de l’urètre : un rétrécissement peut suffire à entretenir une colibacillurie, qu'il s'agisse d’une infection hématogène ou d’une infection exogène due aux cathétérismes.