‹ Les collectionneurs de l'ancienne RomeChapitre 16 sur 74 · GALERIES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

GALERIES CÉLÈBRES

(Suite. J

1 l’on excepte Verrès, on ne trouve plus sur les amateurs que des renseignements bien insuffisants; un aperçu, une anecdote çà et là. L’histoire a souvent de ces coquetteries ; elle nous laisse entrevoir quelque menu détail seulement, comme pour mieux irriter notre envie de connaître le reste.

Ainsi de Sylla. C'est probablement de son temps que se formèrent les premières collections privées; que contenait la sienne? A coup sûr, elle devait être magnifique et admirablement choisie. Sylla s’y connaissait, comme il le fit voir dans le choix des proscrits et des temples dont il enleva les dépouilles : le temple d’Apollon à Delphes, d’Esculape à Épidaure, et de Jupiter à Élis, les trois plus riches de toute la Grèce; il n’était pas homme à

laisser de telles aubaines à son pays 1 . Si l’histoire •ne parle pas de sa collection, c’est sans doute qu'il la garda pour lui seul, comme le petit Apollon en or, volé à Delphes, qu’il emportait toujours avec lui, son dieu de voyage, dit Winckelmann 1 . Dans les grandes occasions, Sylla le baisait dévotement.

Le plus beau joyau de son cabinet était une statuette d 'Hercule, par Lysippe 3 . Malgré sa petitesse, — un peu moins d’un pied romain ( environ o,3o c.), — ce bronze était une merveille de grandeur et de majesté, parvusque videri, sentirique ingens, dit Stace avec un sentiment très-juste. Le dieu souriant, le visage légèrement tourné vers le ciel, était assis sur un rocher recouvert de la peau du lion de Némée; d’une main il tenait une massue, de l’autre une coupe 4 .

Un concours de circonstances donnait à ce bronze une valeur inappréciable. C’était un cadeau de Lysippe lui-même à Alexandre; le conquérant adorait son petit Hercule, il le promenait dans

1. Sylla se borna à élever à Préneste un beau temple à la Fortune, et à donner au Capitole les colonnes du temple de Jupiter, enlevées d’Athènes.

2 . « Lequel il souloit tousiours porter en son sein à la guerre.» Plutarque, Amyot, Sylla, 6 2. Valère Maxime, I, 2, 3 .

3. Stace, Silv. IV, et Martial, IX, 45, nous ont laissé la curieuse histoire de ce bronze.

4. Une figure dite epitrape^ios , ou statuette de table. On plaçait les figures de ce genre au milieu de la table, comme génies tutélaires du repas.

toutes ses campagnes ; à son lit de mort il lui fit un dernier adieu.

Après Alexandre, sa statue favorite eut la singulière fortune de tomber, on ne sait comment, entre les mains d’Annibal, qui la conserva pieusement et l’emmena avec lui en Bithynie. Annibal était un lettré, un admirateur de l’art grec', et un grand amateur de bronzes. Il en avait beaucoup et ne s’en séparait jamais; C. Nepos raconte même qu’un jour le rusé Carthaginois cacha toute sa fortune dans ses statues d’airain pour la soustraire à l’avidité des Crétois*. A sa mort, sa collection dut passer à la cour de Bithynie, entre les mains de Prusias, chez lequel il s’empoisonna.

Un siècle plus tard , nous retrouvons notre Hercule chez Sylla. Sans doute le fin connaisseur, qui ne laissait pas échapper de pareilles trouvailles, se le fit donner par Nicomède, roi de Bithynie, en échange du trône qu’il lui avait rendu.

Après Sylla, on en perd la trace. On sait seulement que le chef-d’œuvre de Lysippe , ennobli par tant de possesseurs illustres, ne dérogea point, et traversa les cabinets des plus grands personnages 1 2 3 . Sous Domitien, il reparaît, pour la dernière fois ,

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