‹ Les collectionneurs de l'ancienne RomeChapitre 17 sur 74 · Peut-être le cabinet des empereurs. Stace, Silv. IV, gi · texte numérisé non relu

Peut-être le cabinet des empereurs. Stace, Silv. IV, gi

dans la belle collection du savant Vindex, un Gaulois, proche parent du célèbre agitateur qui faillit délivrer le monde de Néron , et l’ami de Stace et de Martial 1 .

Qu’est devenue cette précieuse relique que Lysippe, Alexandre, Annibal, Sylla, avaient touchée de leurs mains, et dont on a pu suivre la généalogie durant plus de quatre siècles?

On peut se faire sur cet échantillon une idée de la qualité des œuvres d'art appartenant à Sylla; quant à leur nombre, il suffit, pour en juger, de voir ce qu’il avait laissé glaner après lui à Verrès, son lieutenant, et à Chrysogon, son affranchi*.

« Voyez Chrysogon ! il descend de sa belle résidence du Palatin ; il a, pour se délasser, une campagne délicieuse aux portes de Rome, et bien d’autres domaines encore, tous magnifiques et voisins de la ville. Son palais regorge de vases de Corinthe et de Délos. C’est là que se trouve ce fameux réchaud (. authepsa ) acheté par lui naguère à un prix tel que les passants entendant la voix du crieur, croyaient qu’il s’agissait d’un fonds de terre. Et l’argenterie ciselée? et les étoffes précieuses? et les tableaux? et les statues? et les marbres? combien lui en croyezvous? Comptez ce qu’on a pu enlever à tant

1. Stace (Silv. IV) vante la richesse de sa collection et la sûreté de son goût. (Voir page 121.)

2. Licinius Murena, un autre lieutenant de Sylla, avait aussi son Tusculanum décoré d’objets d’art. On y a trouvé quelques morceaux excellents.

DÉ L’ANCIENNE ROME. 2 g

de familles opulentes, dans ces temps de troubles et de rapines, pour l’entasser dans un seul palais'.»

Le gendre et l’héritier de Sylla, l’édile Scaurus, qui commit tant de malversations, et que Cicéron eut la faiblesse de défendre, surpassa tous ses contemporains par le scandale de son luxe, a II avait pour beau-père un Sylla, pour mère une Metella, adjudicataire des proscrits; pour père un Scaurus, si souvent prince du sénat, associé de Marius, et recéleur des dépouilles des provinces*.» Avec ses spéculations personnelles, Scaurus pouvait donc bien faire les choses. Son théâtre, construit pour ne durer qu’un mois, contenait 3 ,ooo statues, 36 o colonnes et 80,000 spectateurs. Si, comme on doit le supposer, ces 3 ,ooo statues rentrèrent pour la plupart dans sa galerie particulière après avoir décoré son théâtre, Scaurus est assurément le plus étonnant collectionneur qui ait jamais existé 1 2 3 . Nous savons, du reste, que son Tusculanum possédait, — entre autres raretés , — tous les tableaux que Pau-

1 . Cicéron, pro Rose. Amer., 46. On peut en dire autant des autres affranchis, Héron de Lucullus, Hipparque de Marc- Antoine, Menas et Ménécrate de Sextus Pompée, et surtout Demetrius de Pompée.

2. Pline, XXXVI, 24. Scaurus avait aussi à Rome un palais magnifique, placé sur le Palatin, suivant les uns (Asconius), sur le Cœlius, suivant les autres (Pline). Voir le Palais de Scaurus, par Mazois, Paris, 1819.

3. Scaurus a dû probablement en emprunter une partie, — • ces emprunts étaient d’usage, — mais le plus grand nombre lui appartenait sans aucun doute.

sias avait faits pour Sicyone, sa patrie 1 , le premier cabinet connu de pierres gravées, et une telle quantité de tapisseries brodées d’or, qu’un incendie ayant dévoré cette villa, la perte fut évaluée, pour le mobilier seulement, à 20 millions de francs.

Les Serviliens , — une Servilia fut sœur de Caton, maîtresse de César et mère de Brutus, — avaient réuni dans leurs jardins des morceaux de premier ordre, un Triptolème , une Flore et une Cérès de Praxitèle, la belle Vesta assise avec deux Vestales de Scopas, l'Apollon de Calamis, et d’autres ouvrages des grands maîtres 2 . Les Jardins serviliens passèrent plus tard aux empereurs, et Néron s’y retira la veille de sa mort 3 . C’est là que seul, abandonné de tous, même du poste de soldats et des valets de chambre qui s’étaient sauvés après l’avoir dévalisé, Néron errait de salle en salle, demandant quelqu’un pour l’égorger et ne rencontrant que ces grandes statues muettes et immobiles.

Les jardins des Crassi, horli Liciniani, sur l’Esquilin, ne devaient pas être moins riches en antiques. Créés probablement par Licinius Crassus, ce-

1 . Pline, XXXI, 4o. Ils devaient être nombreux; Pausias passa sa vie à Sicyone.

2 . Les jardins des Servilii étaient entre le Palatin et la porte Saint-Paul. On y a découvert une mosaïque très-fine, aujourd’hui au musée de Saint-Jean de Latran. Elle représente un plancher non balayé, sur lequel sont demeurés les débris d’un festin ; « elle ornait probablement une salle à manger où César a pu souper avec Servilie. » Ampère, IV, i34.

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