Cornélius Nepos, Vie d' Atticus
DE LANCIENNE ROME. 'jb
sait de jeunes esclaves et de lecteurs parfaitement instruits , et d’un grand nombre de copistes et d'ouvriers attachés à sa bibliothèque (librarii). Tous les gens de service, jusqu’au moindre valet de pied , étaient au courant du métier de lecteur et de copiste Élégant sans faste, brillant
sans somptuosité, Atticus se piquait de bonne tenue dans sa maison , non d’étalage. L’ameublement modeste et peu considérable ne se faisait pas remarquer Bien qu’il traitât grande-
ment des hommes de toute qualité, on sait par son livre de dépenses que sa table ne lui coûtait régulièrement par mois que 3,ooo as (environ 35o fr.)... On n'y entendait d’autre concert qu’un lecteur, et c’est, à mon sens, le plus agréable de tous. »
Atticus était aussi un excellent connaisseur en antiques; ses longs séjours en Grèce l’avaient formé. Les gens les plus considérables le recherchaient, et Pompée l’avait chargé de l’arrangement des statues de son théâtre. Esprit aimable , sage, adroit et prudent , ami de Sylla et du jeune Marius, de César et de Pompée, de Cicéron et d’Hortensius, d’Antoine et d’Auguste*, mettant sa bourse à là disposition de chacun, Atticus sut parvenir, dans ces temps difficiles, jusqu’à soixante et dix-sept ans sans s’être brouillé avec personne. Atteint d'une maladie douloureuse, il se laissa mourir de faim.
i. M. Ampère appelle Atticus l’Ami de tout le monde; le mot est assez juste.
Lucullus avait à Tusculum une bibliothèque princière. « Une honeste et louable despence, dit Amyot', estoit celle qu’il faisoit à recouurer et faire acoustrer des liures ; car il en assembla une grande quantité, et de fort bien escrits, desquels l’usage luy estoit encore plus honorable que la possession, pourceque ses librairies estoient tousiours ouvertes à tous venans ; et laissoit-on entrer les Grecs, sans refuser la porte à pas un *, dedans les galeries, portiques, et autres lieux propres à disputer qui sont alentour, là où les hommes doctes et studieux se trouuoient ordinairement , et y passoient bien souuent tout le iour à conférer ensemble, comme en une hostellerie des Muses, étant bien aises quand ils se pouuoient despestrer de leurs autres affaires pour s’y en aller Brief, sa maison estoit une retraite et un recours pour tous ceux qui uenoient de la Grèce à Rome. »
C’est dans cette « hostellerie des Muses» que Cicéron allait souvent, en voisin, causer littérature et politique ou philosopher avec Lucullus et son docte entourage.
La première bibliothèque publique à Rome fut celle d’Asirtius Pollion, qui eut la gloire, cinq ans après la mort de César 1 2 3 , de réaliser le projet
1 . Plutarque, Vie de Lucullus. La meilleure partie de ses manuscrits avait été recueillie dans ses campagnes d’Asie.
2. L’aveu est précieux dans la bouche de Plutarque. Il démontre une fois de plus combien cette hospitalité bienveillante, si honorable pour Lucullus, était une exception à Rome.