Auguste ouvrit plus tard au public la Bibliothèque Octa
de ce grand homme. Cette collection faisait partie de ses Monuments sur l’Aventin. Pollion adorait les lettres; il avait profité de ses campagnes en Dalmatie pour amasser un 'nombre considérable de manuscrits. A son retour, il imagina de faire faire les bustes des grands hommes de l’antiquité et d’en orner sa bibliothèque. Ceux dont les traits étaient inconnus, Homère par exemple, furent remplacés par des têtes de fantaisie, et, pour le dire en passant, c’est de là que proviennent vraisemblablement la plupart des Homères que nous possédons 1 . Dans cette galerie des plus beaux génies de l’antiquité, Pollion n’admit qu’un moderne, Varron.
Varron était en effet une des gloires les plus pures de Rome, le plus érudit des Romains, IhAu-rpaçtoTaroç, comme on l’avait surnommé, et d’une fécondité prodigieuse : il avait composé 490 volumes et il travaillait encore à quatre-vingt-dix ans, sur son lit de mort*. Varron est aussi un des plus illustres bibliophiles de l’antiquité. Il avait réuni une superbe collection de livres; Cicéron, faisant allusion à l’étendue de sa bibliothèque, lui écrit en riant qu’il n’y manque plus qu’un jardin au milieu
vienne et la Palatine. Cette dernière avait à sa tète Pomponius Macer et le célèbre Julius Hyginus, ancien esclave de César, affranchi par Auguste. Je ne parle pas de ces deux établissements, ce sont des collections publiques. .
t. Pline, XXXV, 2 ; Ampère, III, 53g, 54o.
2 . A quatre-vingt-un ans il composait son Traité sur l'agriculture. Pline, XVIII, 5.
pour la compléter 1 . On se souvient que César avait désigné Varron pour diriger la grande Bibliothèque latine et grecque qu’il comptait ouvrir au public à Rome.
Malheureusement pour notre savant amateur, ses anciennes relations avec Pompée et avec Cicéron, sa grande fortune personnelle, ses beaux livres, attirèrent sur lui l’attention d’Antoine, qui formait son cabinet à l’aide des proscriptions. Tous ses livres et une partie de ses villas furent impitoyablement pillés par le triumvir. Varron parvint plus tard, on ne sait comment, à se faire rayer de la liste des proscrits, et ih put sans doute composer une nouvelle bibliothèque, car nous le retrouvons à Rome, au milieu de ses livres et d’une société d’érudits, passant en repos les quinze dernières années de sa vie.
C’est Varron qui le premier imagina les iconographies illustrées. Pline a un curieux passage à ce sujet 2 , et l’on s'accorde à y reconnaître un essai de
i. Cicéron, ad Varr., 443.
». « Varron imagina, idée vraiment généreuse, d’insérer parmi scs nombreux ouvrages non-seulement les noms, mais en quelque sorte les portraits de 700 hommes illustres. Il voulait, par ce moyen, mettre leurs traits à l’abri des injures du temps et empêcher la durée des siècles de prévaloir contre l’homme; invention capable de rendre les dieux mêmes jaloux, puisque non-seulement elle donne l’immortalité à ces grands hommes, mais encore permet de les envoyer par toute la terre et de les rendre pour ainsi dire présents et visibles partout. » Pline, XXXV, 2. Les curieux peuvent lire également Rich, Dict. antiq., page 469; et Martial, XIV, 186,
la gravure en relief qui aurait disparu tout à coup, sans laisser de traces, pour ne reparaître que seize siècles plus tard. L’honneur de la découverte de la gravure appartiendrait donc à un bibliophile romain ; à ce titre, je ne devais pas l’omettre.
On sait que les manuscrits étaient copiés sur des bandes de papyrus ou de parchemin, enroulés autour d’un cylindre ( volumen ) en cèdre, en buis ou en ivoire. On employait aussi quelquefois les livres carrés, que l’on couchait à plat sur les rayons; mais ce format, malgré sa commodité, eut bien de la peine à détrôner les rouleaux. Les livres étaient trempés dans l’huile de cèdre, pour les préserver des vers. On les revêtait ensuite d'une sorte de couverture en parchemin colorié à l’extérieur en jaune, en rouge ou en noir, et le rouleau était retenu par une courroie.
« Format royal, papier n’ayant jamais servi, cylindre neuf, courroies couleur de pourpre, les pages réglées à la mine de plomb et soigneusement polies à la ponce, » voilà, selon Catulle, le cachet d’une édition soignée. Enveloppez délicatement le tout dans un bel étui en étoffe de pourpre, ajoute Martial, et vous aurez un véritable exemplaire d’amateur.
qui cite un Virgile en parchemin avec le portrait du poète sur la première page :
Jpsius vultus prima tabella gcrit.
Voir aussi Sénèque, De tranq. animi, IX; et Ampère, IV, 1 19.
8 O COLLECTIONNEURS
Puisque je parle des manuscrits, je dirai un mot des autographes, car on les collectionnait aussi à Rome. Mais la rareté du papier et l’habitude de le gratter ou de le laver pour en faire disparaître l’écriture, afin de s'en servir de nouveau, empêchaient ces collections de prendre l’importance quelles ont acquise de nos jours. Je vois cependant qu’un poète peu connu de la décadence, ami de Pline et de Tacite, Pomponius Secundus, possédait dans sa bibliothèque les mémoires de Tibérius et de Caius Gracchus écrits de leur propre main '. Fidus Optatus, grammairien, avait payé 20 aurei (env. 400 fr.) le manuscrit original du deuxième livre de l’Enéide*. Du temps de Pline, quelques cabinets conservaient aussi des autographes de Cicéron, d’Auguste, de Virgile, et nous voyons Martial envoyer à son frère, pour sa bibliothèque, le manuscrit des sept premiers livres de ses épigrammes, corrigés de sa main ; ce qui leur donne un grand prix, ne manque pas de dire le poète 3 .
Les Romains plaçaient leurs livres tantôt dans de petits meubles destinés surtout à contenir les auteurs favoris, tantôt dans des placards creusés à cet effet dans l’épaisseur du mur et divisés en casiers, tantôt enfin dans de véritables corps de bibliothèques.
On en a retrouvé un curieux spécimen à Hercu-