Pline, XXXIII, i4. Plutarque, Ant. XIII
table, pour lui clorre la bouche Philotas luy fit cet argument sophistique : « Il est bonde donner à boire « de l’eau froide à un malade qui a fieuure en quel- « que manière; or est-il que tout malade qui a fieuure « l’a en quelque manière : il s’ensuit donc qu’il est « bon de donner de l’eau froide à tout malade qui a « fieuure. » Le médecin demeura muet , et fut si estonné qu’il ne sceut plus que dire. Dequoy le ieune enfant se prit à rire, et en fut si aise qu’il luy dit : « Philotas, ie te donne tout cela, » en luy monstrant un buffet tout chargé de grands pots d’or et d’argent. Philotas l’en remercia, et dit qu’il se sentoit bien tenu à luy de ceste tant libérale uolonté ; mais il n’eust iamais pensé qu’il eust eu la permission de pouuoir donner tant de choses et de si grande ualeur : toutesfois il fut toutesbahy qu’un peu après l’un des seruiteurs de la maison luy aporta dedans une corbeille tous lesdits pots, luy disant qu’il les fist marquer de sa marque et serrer*. Philotas renuoya le porteur, craignant d’estre repris s’il les acceptait ; et adonc le ieune seigneur lui dit : « Com- « ment, pauure homme que tu es, pourquoy fais-tu « difficulté de les prendre? Ne sçais-tu pas que c’est le « filsd’Antoniusqui te les donne, qui a le pouuoir de « ce faire? Toutesfois, si tu me crois, prensiplustot 0 de moy l’argent qu’ils peuuent valoir, pource que
1 . Chaque pièce de vaisselle portait le nom du propriétaire et le poids du métal. (Voir Catalogue de la Bibloth. Imp., Vases de Bernay, et plus loin, page 93.)
COLLECTION NEURS
« mon père à l'auanture pourrait demander quel- « qu’un de ces uases qui sont faits à l’antique, et sont « beaucoup estimez pour l'excellence de l’ouurage. » J 'ai souuent ouy réciter ce conte à mon grand-père 1 . »
Un excellent type d’amateur de vieille argenterie, c’est le bonhomme Euctus de Martial*! Ne l'avez vous pas rencontré quelque part?
« Est-il assez assommant ce vieil Euctus avec son argenterie historique ! En vérité, j’aimerais mieux des écuelles en terre de Sagonte. Pendant que l’enragé bavard vous entreprend la généalogie de chaque pièce, son vin a le temps de s’éventer. — «Ces coupes,
« dit-il, ont figuré sur la table de Laomédon ; pour « les avoir, Apollon éleva au son de la lyre les murs « de Troie ; — ce crater fut cause des batailles que « le farouche Rhecus livra aux Lapithes, il porte « encore les traces du combat; — et ces vases? ils « passent pour avoir appartenu au vieux Nestor lui- « même 3 . Tenez! cette colombe, c’est la main du « roi de Pylos qui l'a tout usée; — voici la coupe « même où le fils d'Eacus fit verser à ses amis un « vin généreux ; — voilà celle où la belle Didon but « à la santé de Bytias lors du souper quelle offrit au « héros de Phrygie » — Et quand vous aurez ad-
miré bien longuement ces vieilles ciselures, Euctus