‹ Les collectionneurs de l'ancienne RomeChapitre 49 sur 74 · ARGENTERIE, BRONZES · texte numérisé non relu

ARGENTERIE, BRONZES

out ce qu’on peut imaginer en fait d'argenterie, tu l’as acheté, dit Martial à un amateur de son temps. Tu possèdes les antiques chefs-d’œuvre de Myron, les merveilles des ciseaux de Scopas et de Praxitèle, lés beaux vases que sculptait Phidias, les ouvrages de Mentor, sans compter les pièces authentiques de Gratianus, les vases dorés de la Galice, et la vaisselle ciselée de tes aïeux*. »

Quand on songe que l'argenterie romaine portait

i. Ce Praxitèle n’est pas le grand statuaire, mais un autre artiste, contemporain de Pompée. Gratianus était un célèbre orfèvre romain. A cette nomenclature de Martial on peut ajouter, parmi les ciseleurs en argent, Euphranor, Calamis, Boethus, Mys, Pasitèle, Posidonius, etc., presque tous les grands sculpteurs de l’antiquité.

de pareilles signatures, on comprend les folies des collectionneurs.

En effet, ces admirables artistes avaient poussé l’art de l’orfévre à sa dernière perfection. Travail au marteau, repoussé, estampage, ciselure en relief et en creux, dorure au mercure, incrustations, plaqué, ils n’ignoraient rien, ils excellaient dans tout 1 .

La Bibliothèque impériale possède en ce genre des ouvrages incomparables. Les vases de Bernay, exécutés presque entièrement au repoussé, sont d'une sûreté et d’une légèreté de main, d’une délicatesse d’outil qu’aucun artiste moderne ne pourrait assurément égaler*. Souvent le maître se bornait à ciseler 1 ’emblema, — on appelait ainsi de petites plaques ornées de bas-reliefs, — laissant à l’orfévre le soin de monter ces plaques et de les adapter sur les coupes. On pouvait les détacher facilement,

1. Voir Pline, XXXIII, i4, 29, 3o, 4 g. — Juvénal, Sat. 1, dit :

A rgentum vêtus et stantem extra pocula caprum.

Certaines pièces du trésor de Bernay rappellent ce hautrelief, qui dénote du reste un art moins ancien que les reliefs discrets de la belle époque.

Il me semble que, d’après leur étymologie même, les « chrysendeta » dont parle Martial sont des pièces revêtues, plaquées d’or. Voir aussi Winckelmann, III, 1 54 ; Perse, II, v. 52, et Sénèque, Ep. V.

2. Une partie de ces vases a été attribuée à un Çaulois, Zénodore l’Arverne, celui qui fit pour Néron' sa statue colossale en bronze. Pline, XXXIV, 18. Les œuvres d’orfèvrerie antique sont très-rares et les collections publiques n'en possèdent qu’un petit nombre d’échantillons.

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et le lecteur se souviendra que Verrès décorait ainsi son argenterie aux dépens de celle des Siciliens 1 2 .

Tous les amateurs ne s’y prenaient pas comme Verrès, mais tous avaient, comme lui, à leurs gages un ou plusieurs orfèvres, la plupart grecs, pour restaurer leur argenterie, la recomposer avec des fragments anciens, ou fabriquer de nouvelles pièces à la mode du jour*.

« O mes petits Lares 1 dit plaisamment un personnage de Juvénal, vingt mille sesterces de rente sur bonne hypothèque, un peu d’argenterie bien

unie voilà tout ce que je vous demande. Joignez-

y un ciseleur bien intelligent et un modeleur pour lui tailler la besogne, c’en est assez pour un homme qui doit toujours rester pauvre 3 . »

L’orfèvrerie antique comprend les modèles les plus variés, depuis les pocula que Pytheaô couvrait de ciselures microscopiques, et qu’il vendait 10,000 sest.les 2 onces (env. 1 8,000 fr. le kil. 4 ) , jusqu’aux grands tympana , plateaux énormes

1. « Ornabantur etiam vasa emblcmatis, dictis &x6 tou ipfkëï.ri'jbtii , quod vasis adjicerentur et revellerentur quum libitum erat. ■> Lazare de Baïf, de Vasculis, 1 54g.

2. Elle variait beaucoup, au dire de Pline, XXXIII, 4g. Plutarque cite, dans le personnel de la maison de Crassus le triumvir, des orfèvres, des argentiers. ( Crassus , III.)

3 . Juvénal, Sat. IX. Trimalchion a de même un cerarius (voir page 94).

4. Le prix courant de l’argenterie ciselée était de 5, 000 sest. la livre, soit 1,000 fr. les 327 gr. ou 3, 000 fr. env. le kilogr.

Libra quod argenti millia quinque rapit.

, Martial, III, 62.

pesant 85 o livres d'argent, environ 278 kil. (les plus petits étaient de 32 kil.), et tellement recherchés qu'ils valurent souvent la proscription à leurs malheureux possesseurs 1 2 .

Cette admirable vaisselle garnissait des consoles de bronze, de marbres précieux, d’woire, garnies d'argent et placées dans le triclinium du côté opposé aux lits de table, pour l’agrément des convives et la commodité du service.

Verrès et son ami Sisenna étaient de grands amateurs d’argenterie; le triumvir Antoine, qui ne leur cédait en rien, « se servait de vases d’or pour ses usages les plus impurs, inconvenance dont eût rougi Cléopâtre elle-même*. »

Plutarque a une jolie anecdote sur l’orfèvrerie d’Antoine; la voici dans cç bon vieux français d’Amyot :

« Philotas, médecin, natif de la ville d’Amphissa, disoit d’auantage à mon grand-père Lampryas que quelque temps depuis il fut au seruice du fils aisné d’Antonius, qu’il auoit eu de Fuluia, et qu’il mangeoit ordinairement ù sa table auec ses autres familiers, toutes les fois qu’il ne mangeoit point auec son père : comme donques il fust un iour uenu un médecin qui faisoit merueille d’alléguer et d’arguer, tant qu'il rompoit la teste à tous ceux qui estoient à

1. Pline , XXXIII, 52 et suiv. Athénée compte soixantedouze vasés à boire ayant chacun un nom et un usage différents.

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