‹ Les collectionneurs de l'ancienne RomeChapitre 54 sur 74 · Pétrone, Satyricon XXXII et suiv · texte numérisé non relu

Pétrone, Satyricon XXXII et suiv

DE LANCIENNE ROME.

« Tout à coup une symphonie éclate, et Trimalchion paraît. Il est porté par des esclaves, qui le déposent mollement sur un amas de petits coussinets. Figurez-vous une tête entièrement chauve s’échappant d'un pallium de pourpre, le cou empaqueté d’une serviette en manière de laticlave , franges pendantes de çà, de là ; au petit doigt de la main gauche un énorme anneau doré, à la dernière phalange du doigt voisin un anneau plus petit tout en or constellé d’acier. Et comme si ce h’était pas encore assez, le voilà qui met à nu son bras droit orné d’un bracelet d’or s’enroulant dans une torsade d’ivoire. Puis, après s’être fouillé la mâchoire avec un curedents d’argent : « Mes amis, dit-il, je ne me sentais « pas encore en goût de vous rejoindre ; mais mon « absence vous eût fait languir, et j’ai coupé court « à mon amusement. »

Alors commence le festin le plus excentrique, chef-d’œuvre de l’imagination du cuisinier d’un pareil maître. Et Trimalchion fait défiler toute sa vaisselle, verrerie en cristal de roche, surtouts de corinthe, argenterie ciselée avec le nom du maître et le poids du métal gravés sur chaque pièce, bassins d’argent pour parfumer les pieds des convives, squelette d’argent pour divertir la société; tables, réchauds, plateaux, tout est pour le moins en argent massif, jusqu’au plat dans lequel le portier, vêtu de vert *

l. Trimalchion, qui est de la Faction Verte, en a donné les couleurs à sa livrée.

avec une ceinture cerise , épluche des pois sur le pas de la porte, jusqu’au vase beaucoup plus intime que Trimalchion demande en faisant craquer ses doigts, et que des eunuques lui présentent majestueusement. Si un esclave laisse tomber un plateau d’argent et le ramasse, notre homme fait souffleter l’impertinent et ordonne qu’on rejette le plat à terre pour le balayer avec les ordures.

Enfin, après je ne sais quel coup de théâtre du cuisinier, Trimalchion enchanté le fait venir, lui donne une couronne d’argent et une coupe pleine de vin servie sur un plateau de corinthe.

« Comme un des convives considérait de près cette pièce, — « Je suis le seul, fit Trimalchion, qui « possède de véritables corinthes. » — Je m’attendais qu’il allait dire, avec son impertinence ordinaire, qu’on lui apportait sa vaisselle tout exprès de Corinthe; il fit mieux : — « Peut-être, dit-il, allez- « vous demander comment je suis seul ù posséder « les vrais bronzes de Corinthe ? C’est que l’ouvrier « qui me les fabrique s’appelle Corinthe; or, qui « peut avoir des ouvrages de Corinthe, si ce n’est « celui qui a Corinthe à ses ordres? Oh! n’allez pas « me prendre pour un ignorant I Je sais à merveille « l’origine de ce métal. A la prise de Troie, Anni- « bal, un matois et un fier coquin celui-lù! fit jeter « sur un bûcher toutes les statues d’airain, d’or et « d'argent, et y mit le feu. Ce mélange en fusion a « produit un seul métal; les orfèvres ont puisé à la « masse et en ont tiré des plats, des bassins, des fi-

« gurines. De là, le corinthe, métal unique né du « mélange de trois métaux , et qui n’est pas plus « l’un que l’autre. »

Notre roi Midas continue de plus belle :

« L’orfèvrerie! j’en suis fou. J’ai des coupes qui tiennent une urne, un peu plus, un peu moins 1 ; on y voit comment Cassandre égorgea ses enfants; les cadavres sont si bien jetés qu’on dirait la nature. J’ai une aiguière que Mys a léguée à mon patron ; c’est Dédale qui enferme Niobé dans le cheval de Troie. J’ai aussi des coupes qui représentent les combats d’Hermeros et de Pétracte 2 . Tout cela bien massif et d’un bon poids, et c’est bien à moi, voyez- vous; je ne le céderais à aucun prix ! »

Le portrait n'est-il pas achevé? On ignore quel en est l’original ; mais à coup sûr, il est peint sur le vif 3 .

1. L’amphore équivaut à 26 litres environ; l’urne, soit la moitié de l’amphore, est donc de i 3 litres.

2. Hermeros, Pétracte, Cassandre égorgeant ses enfants; Dédale et Niobé dans le cheval de Troie, c’est toujours le même galimatias.

3 . On a fait bien des conjectures sur ce personnage, comme sur Pétrone lui-même. On les trouvera résumées dans les Recherches sceptiques sur le Satyricon, par M. de Guerle.

TIERRES TRÉCIEUSES.

T) A CTYLIO THÈQUES.

es pierres antiques se trouvent encore en abonjance dans la campagne romaine; bien que les fouilles durent depuis le ^ XVI e siècle, le sol parait toujours inépuisable * . C’est que les Romains avaient la passion des pierres gravées, ils les prodiguaient partout et en formaient de nombreuses collections d’une richesse inouïe.

Quand on étudie les camées et les intailles de la Bibliothèque impériale, on est tenté d’excuser ces grands amateurs. Les Grecs ont fait de la glyptique, — leur sculpture en miniature*, un art achevé; les monuments qui nous en restent sont presque tous

i. Winckelmann, I, 2, 7; Ampère, III, 6o6, note. Voir aussi dans !e Cabinet de Famateur, les Chercheurs d’or et de pierres de Sainte-Marie-de-Capoue (années 1861-62).

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