VERRÈS
armi les galeries princières, il en est une plus particulièrement intéressante, tant par sa richesse exceptionnelle que par la fortune véritablement extraordinaire de son possesseur : je parle de la galerie de Verrès.
Elle mérite que nous nous y arrêtions tout d’abord. En effet, c’est la seule qui forme un ensemble assez complet et qui puisse donner une idée de ce qu’était, à la fin de la République, un collectionneur et une collection.
II convient donc de l’étudier avec soin, et je demande l’indulgence du lecteur pour la longueur et la sécheresse inévitables de certains détails; s’il veut bien me tenir compagnie jusqu’au bout, j’espère que cette étude ne lui paraîtra pas sans intérêt.
Verrès était né au moment où le luxe envahissait
IO
Rome, le luxe chargé des vengeances de l’univers vaincu *. Fils de patricien, connaisseur excellent, mais sans fortune pour soutenir son rang et s’entourer des chefs-d'œuvre qu’il convoitait, il ne recula devant rien pour réussir.
L’histoire nous le montre servant d’abord Marius; passant ensuite à Sylla et s’enrichissant des dépouilles des proscrits que le Dictateur lui abandonne, puis chargé en Asie, comme lieutenant de Dolabella, de conduire la guerre contre les pirates. « Pendant cette période, dit un de ses biographes *, à une insatiable cupidité il joignit une horrible dissolution de mœurs et une inflexible cruauté. » J’ai peine à croire que ce portrait, reproduit d’après Cicéron, n’ait pas été un peu chargé pour les besoins de la cause. En effet, quelques années plus tard 3 , on retrouve Verrès à Rome, préteur de la ville, et investi à ce titre de la fonction la plus éminente, de celle qui conférait la direction de toute la justice civile 4 .
Mais c’est en Sicile, où Verrès fut envoyé comme préteur en 73, que sa passion éclata sans frein et sans contrôle.