Cicéron, Parad., V
hommes qui se passionnent pour ces objets occupent le dernier échelon de l'esclavage * Vous
voilà stupéfait devant une peinture d’Eschion, devant quelque figure de Polyclète. Je ne veux pas savoir d’où elles vous viennent, ni à quel titre vous les possédez. Mais quand je vous vois en contemplation, en pâmoison, poussant des cris, je dis que vous êtes l’esclave de niaiseries ( ineptiarum ). Quoi doncl tout cela n'est-il pas agréable? Assurément, et nous aussi, nous avons l’œil connaisseur ; mais, au nom des dieux, ne tenez pas que ces beautés sont faites pour enchaîner des hommes, mais bien pour amuser les enfants ( oblectamenta puerorum ), etc. »
Cicéron avait soixante ans quand il faisait ces beaux raisonnements; on ne peut donc les mettre sur le compte de la jeunesse, encore moin$ y chercher une tactique d’orateur qui veut ménager le vieux puritanisme romain. Les Paradoxa ne sont pas des plaidoyers, mais de petits traités philosophiques, « tout-à-fait socratiques et la vérité vraie*.»
1. Avec la même logique, disait Falconet, on peut dire: « Ceux qui seraient passionnés pour la lecture d’Homère, de Démosthèncs, de Cicéron, etc., seraient dans le dernier degré de l’esclavage, par la raison que les moindres valets du logis épousseteraient les volumes qui contiennent les productions de ces grands hommes. »
2. Socratica longeque verissima. Cicéron, Parad. preef.; et ailleurs : « Vous traitez de fiction ce que dit Carnéade d’une tête de Faune (trouvée dans une carrière de marbre), comme si cela n’eût pu arriver par hasard, et comme si tous les mar-
Pour Cicéron, l’art n’est qu’un moyen de décoration à la mode. « Cherchez-moi, dit-il à Atticus,
tout ce qui sera propre à orner mon Tusculum
Votre Hermathena sera un excellent ornement pour mon Académie; les Hermès se placent dans tous les lieux d’exercice, et la Minerve convient tout spécialement à celui-ci *.» Plus tard, il écrit à Gallus, qu’il a chargé aussi de lui faire des achats , car Cicéron a le bon esprit de ne jamais acheter directement luimême : « Mon usage est d’acquérir des statues qui puissent donner à ma Palestre l’air des Gymnases
de la Grèce J’ai fait construire ici des exhèdres
dans le dernier goût, je voudrais les orner dé tableaux; si quelque chose me plaît pour décorer les pièces de ce genre, c’est bien la peinture*. »
Tout était donc à la mode grecque chez Cicéron ! Son Tusculanum avait une Académie, un Lycée,
bres ne contenaient pas des têtes, même celles de Praxitèle. Car ces têtes se font en ôtant le superflu, et un Praxitèle luimême, pour les faire, ne met rien du sien; mais quand on a ôté beaucoup du bloc et qu’on est parvenu aux linéaments du visage, tout ce qui se trouve perfectionné était auparavant renfermé dans le marbre. Il a donc bien pu se trouver naturellement quelque chose de semblable dans les carrières de Chios. » Cicéron, de Div., II, 61. Falconet, à qui j’emprunte cette traduction, ajoute : « O Cicéron, je vous vénère assurément, mais quelles pitoyables idées vous avez de mon métier! Comme vous en parlez ! » Falconet, Observ. sur la statue de Marc- A urèle.
1. Hermathena, buste de Minerve sur une gaine; on disait de même Herméros, Hermêracle.