Aujourd’hui au Vatican. Ampère, III
3 . « Cum veteribus amicis, id est, cum libris nostris. » (Ad fam., IX, 1.)
une bibliothèque. C’est sur vos soins obligeants qu’est fondée l’espérance de la douceur que je me promets de goûter un jour, quand je serai tiré de l’embarras des affaires Ne traitez avec personne de vos li-
vres, quelque prix qu’on vous en offre; je destine à
cette acquisition toutes mes petites épargnes
J’en ai autant d’envie que j'ai de dégoût pour toute autre chose. » Et ailleurs : « Gardez toujours vos livres et ne désespérez pas que je les puisse acheter un jour. Si ce bonheur m’arrive jamais, je me croirai plus riche que Crassus, et je regarderai avec mépris tous les palais et tous les domaines du monde. »
Dans deux autres lettres datées de 6o‘, à propos d’une collection de livres dont on lui a fait présent, avec quelle sollicitude il prie Atticus de la lui faire parvenir ! « Je vous prie, si vous m’aimez et si vous comptez que. je vous aime, employez vos amis, vos hôtes, vos affranchis, vos esclaves, pour qu’il ne s’en égare pas un feuillet... Vous m’obligerez, je vous le répète, vous m’obligerez infiniment, si vous y apportez tout le soin que vous mettez aux affaires que vous savez me passionner le plus Si vous m’ai-
mez, tâchez qu'aucun livre ne se perde, et expédiezmoi le tout; vous ne pouvez me faire un plus grand plaisir. Veillez bien sur les livres grecs, et encore plus sur les latins; je vous en saurai autant de gré que si le-présent venait de vous-même!»
Cicéron avait des livres dans toutes ses villas,
i. Ad Att., 25 et 26.
mais ses principales bibliothèques étaient àTusculum, à Antium et à Cumes. « Je ne saurais exprimer, dit-il, combien j’ai de plaisir, non-seulement quand j’y suis, mais même quand j’y pense. »
Il soignait ses beaux manuscrits avec amour; il avait pour eux toutes les attentions délicates, toutes les coquetteries du bibliophile. Un grand nombre étaient sur parchemin ; les textes étaient écrits et revus avec un soin minutieux par les copistes les plus experts. Il se faisait envoyer par Atticus deux de ses ouvriers grecs, Denys et Ménophile, pour mettre ses livres en état : « Vous leur recommanderez bien de m’apporter de ce parchemin spécial dont on se sert pour écrire les titres, et que vous autres Grecs appelez, je crois, (rtXXuêouç *. »
C’est Tyrannion i 2 lui-même qui surveillait la copie des manuscrits et dressait les catalogues. « Rien n'est plus élégant que ma bibliothèque avec ses rayons de livres ornés de leurs belles étiquettes; ma demeure me paraît maintenant douée d’intelligence »
Plus d’un siècle après la mort de Cicéron, cette précieuse collection, qu’il avait composée et embcl-
i .Ad Att., io 5 , 106. Le mot grec est contesté.
2. Tyrannion, grammairien et géographe distingué. Il était natif du Pont. Fait prisonnier par Lucullus, il vint à Rome, où il fut chargé de la bibliothèque de Sylla ; il passa ensuite à Murena, puis devint l’esclave de Terentia, la femme de Cicéron, qui l’affranchit. Dionysius, précepteur des enfants de Cicéron, fut également son bibliothécaire.
lie avec tant d'amour, eut encore comme un regain de splendeur.
Le poëte Silius Italicus, admirateur passionné du grand orateur, était un bibliophile et un amateur intrépide : « Erat çtXo'xaXoî usque ad emacitatis reprehenskmem, » dit son ami Pline le jeune. Il acheta avec les manuscrits de Cicéron sa villa même de Tusculum, et la repeupla d’objets d’art et de beaux livres 1 2 .
Aujourd’hui, près de Frascati , au-dessous de l’ancien Tusculum, parmi les, villas des Torlonia et des Borghèse, qui ont succédé aux Lucullus et aux Pompée, on découvre à peine où fut la villa favorite de Cicéron, et cette bibliothèque qui lui inspira tant de chefs-d’œuvre.
Une des premières bibliothèques introduites à Rome fut celle de Sylla *. L’histoire en est curieuse. Elle avait appartenu primitivement à Aristote, et contenait, entre autres raretés , les manuscrits originaux du grand philosophe 3 .
Aristote l’avait léguée à son disciple Théophraste,
1. Corpet, Vie de Silius Italicus, en tête de sa traduction. Silius acheta aussi l’endroit où se trouvait le tombeau de Virgile. Pline le jeune, III, 7 . Martial ne manque pas de nous apprendre que ses propres ouvrages figuraient dans la riche collection de Silius. XI, 48, VI, 64.
2. Paul-Émile avait déjà fait transporter à Rome une certaine quantité de livres après la défaite de Persée.
3. Aristote, après la mort de Spcusippe, paya trois talents attiques (environ i4,ooo fr.) quelques livres composés par ce philosophe. Aulu-Gelle, III, 17 .
DE LANCIENNE ROME. j3
et celui-ci à son disciple Neleus. Neleus emporta à Scepsis, sa patrie, les précieux manuscrits de ses maîtres. A sa mort, ses descendants, gens ignorants et grossiers, enterrèrent tous ses livres dans une fosse où ils demeurèrent inconnus pendant près de deux siècles, jusqu'à l’époque des Attales, rois de Pergame. C’est alors seulement qu’ils furent découverts par Apellicon de Teos, qui paya un prix considérable ces fragments rongés par les vers et altérés par l’humidité 1 .
Sylla, passant par Athènes, s’empara de la bibliothèque d’Apellicon et l’apporta à Rome. Il chargea Tyrannion, le même qui devint depuis bibliothécaire de Cicéron, de mettre en ordre, avec l’aide d'Andronicus de Rhodes, les fragments des manuscrits d’Aristote, et d’en rédiger les sommaires. Ces résumés que l’on possède encore font regretter plus vivement la perte des originaux.
Je remarquerai à ce propos que le Tusculanum de Cicéron avait appartenu à Sylla , et que Tyrannion, bibliothécaire de ce dernier, remplit plus tard les mêmes fonctions auprès de Cicéron 2 . Il est donc à présumer qu’une partie au moins de la Bibliothèque de Sylla prit la même route et passa, avec Tusculum et Tyrannion, aux mains de Cicéron. Si cette conjecture était fondée, nous pourrions suivre la trace de ces précieux manuscrits depuis Aris-